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Année B

Pentecôte (20/5) : Commentaire

Pentecôte, c’est encore Pâques - et plus que jamais. C’est Pâques à son dernier sommet. Car au dernier jour de la grande fête éclate avec magnificence ce qui s’était accompli dans le divin silence du matin de la Résurrection.

Le « Je viendrai à vous » commence presque discrètement par les apparitions pascales dans le secret de la chambre haute, au crépuscule du soir à Emmaüs, sur le rivage solitaire du lac, ce « Je viendrai » se réalise maintenant dans le tourbillon et le feu.

Votre cœur se réjouira. Cette joie amorcée à Pâques - encore timidement, ils n’osaient y croire, ils se retranchaient dans leurs maisons - voici que cette joie fuse en un enthousiasme tel qu’on croit les disciples pris de vin.

Vous me verrez vivant et vous connaîtrez (expérimenterez) que je suis à mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous (Jn 14,20). Voilà que cette lente expérience va devenir une foi inébranlable. Les apôtres vont être littéralement « habités », la communauté elle-même et non plus le temple de Jérusalem sera le lieu de la présence divine. Cette foi, cette expérience, cette présence, ils vont les communiquer aux quatre coins du monde.

Après la naissance pascale, voici la maturité spirituelle. Ce qui est né dans les eaux du baptême, la nuit de Pâques, va être, au grand jour, affermi, confirmé dans le feu.

C’est toujours Pâques, c’est l’accomplissement pascal. Et le soleil du matin de la résurrection brille maintenant à son midi.

Inversement, Pâques était déjà une fête de l’Esprit. L’Esprit de Jésus était déjà venu et l’envoi missionnaire déjà ordonné le soir du premier jour (Jn 20,19-22).

Mais comment s’exprimer : Jésus lui-même, le Jésus pascal est un Christ dans l’Esprit Saint. L’Esprit a transformé le corps mortel du Christ en un corps glorifié, ressuscité (Rm 8,11 ; 1 Co 15,45), Jésus est rempli de l’Esprit du Père.

Ne nous imaginons pas l’Esprit à la manière d’un troisième personnage dont on ne saurait le rôle exact, mais comme le feu présent dans le fer rougi. On ne peut prendre un fer rougi sans aussi prendre son feu. De même on ne peut atteindre le Christ sans avoir aussi son Esprit et inversement. C’est donc mal connaître le Christ que d’ignorer qu’il est de feu, qu’il est de l’Esprit. Et comme il est étrange, alors qu’ils sont inséparables, de chercher le Christ en ignorant son Esprit !

Pâques et Pentecôte ne sont donc pas, à proprement parler, deux fêtes différentes, elles célèbrent le Ressuscité transformé par l’Esprit et l’Esprit envoyé par le Ressuscité. Non deux étapes à la manière d’un train qui rejoint des endroits où il n’était pas encore, il faudrait plutôt parler de mûrissement : tout est déjà dans le bourgeon pascal, mais le bourgeon a gonflé, maintenant il éclate.

Cinquante jours pour une seule grande fête pascale dominée par l’Esprit, fête étalée dont c’est aujourd’hui le dernier jour !

Mais un dernier jour qui est, lui aussi, un sommet : « Dieu, tu accomplis le mystère pascal dans l’événement de la Pentecôte » (oraison, messe de la veille au soir). Et l’Eglise, sortie du Christ en croix comme un enfant du sein de sa mère, la voici debout, dans sa mûre jeunesse, déjà le pied sur le seuil pour annoncer au monde les merveilles dont elle a été le témoin.

Cette imbrication de Pâques et de Pentecôte nous aidera à ne pas dissocier le Christ et son Esprit. Comme si le Christ était le Dieu de Pâques et l’Esprit celui de Pentecôte ! Un seul Dieu se manifeste de manières diversifiées, éminemment personnalisées. Le Christ m’envoie son Esprit et l’Esprit me met en communion avec Jésus.

Saint Jean condense le mystère pascal en un seul épisode. Il en a une vue globale, encore plus serrée. Pour lui, tout est accompli déjà sur la Croix (Jn 19,30). Jean voit la Résurrection déjà réalisée avec la mort de Jésus ; avec un de ces jeux de mots dont il a le secret, il dit que le Fils de l’Homme doit être élevé ; ce mot, qui fait penser à l’élévation en Croix, signifie aussi l’élévation dans la gloire, puisqu’alors Il attirera tout à lui (Jn 12,32). Autre mot génial au double sens : Jésus sur la croix remit l’esprit (Jn 19,30.34) : Il remet son esprit au Père, Il donne l’Esprit au monde.

Ici Croix, Résurrection et Pentecôte sont vues comme en un seul acte : pour notre « éducation », saint Luc - et la liturgie avec lui - l’étaient, dans le temps.

Pentecôte - du grec : pentecostè, cinquante - le cinquantième jour après Pâques, était, chez les Juifs, avec Pâques et la fête des Tentes, une des trois grandes fêtes de pèlerinage. Une fête de la récolte du blé, plus tard commémoration de l’Alliance du Sinaï. Certains éléments de la fête juive ont été retenus par la liturgie ; ainsi le thème de l’Alliance, à la messe du samedi soir (2e lecture). Mais, alors que Pâques et Pentecôte n’avaient pas de rapport direct dans le culte juif, la liturgie chrétienne les a unies.

Pendant les premiers siècles, on n’a jamais considéré le jour de la Pentecôte comme une fête à part, mais comme le dernier jour de la grande fête de Pâques. Peu à peu cependant, Pentecôte se détacha du cycle pascal pour constituer finalement, assez tard d’ailleurs, un cycle particulier de huit jours, en imitation de l’octave de Pâques dont elle avait repris certains traits.

La réforme conciliaire a fort heureusement rétabli l’ancien ordre. Le lien avec Pâques est particulièrement visible dans l’évangile du jour qui rapporte une apparition le soir de Pâques.

Quelques-uns déplorent la suppression de l’octave, craignant que la dévotion à l’Esprit Saint y perde encore de son impact déjà faible. C’est oublier que tout le temps pascal est le temps fort de l’Esprit.

Comme les apôtres rassemblés dans la chambre haute, nous voici rassemblés, attendant l’Esprit de Jésus. Le moment est particulièrement solennel. Nous voici Eglise comme jamais, et l’Esprit veut nous le faire devenir encore davantage. L’Esprit veut nous « confirmer », nous affermir, nous unir avant de nous envoyer aux frontières. C’est le maximum de concentration avant le grandiose éclatement.

Nous nous sentons aujourd’hui, plus qu’à l’ordinaire, l’Eglise une et sainte unie et sanctifiée par l’Esprit. Catholique : universelle, composée de ces hommes issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Apostolique : fondée sur le roc des apôtres et, comme eux, envoyée aux quatre coins du monde (première lecture).

Il vient maintenant, pendant cette eucharistie, l’Esprit que Jésus avait promis à la dernière cène, puis communique aux apôtres dès le jour de Pâques (évangile). C’est dans l’eucharistie que nous recevons, avec le plus de réalisme et d’intensité, le « Christ spirituel » : quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint (prière eucharistique III).

L’ayant reçu, vivons-en et développons en nous les fruits de l’Esprit que nous détaille Paul dans la deuxième lecture.

Viens, Esprit Saint Remplis le cœur de tes fidèles (Séquence).

Une de ces liturgies riches et denses qu’il nous faut vraiment « célébrer », vivre intensément, et jusque dans le rouge feu des couleurs liturgiques, la profusion des lumières, le langage des fleurs, les variations du chant tantôt grave, mystique, tantôt impétueusement joyeux, et surtout dans la chaleureuse participation d’un chacun.

Première lecture : Ac 2,1-11

Une méditation d’une portée extraordinaire, bien que fort éloignée d’un reportage sensationnel. Il importe de dépasser la description matérielle pour saisir sa signification spirituelle.

Voici donc les frères, non seulement les apôtres mais toute la communauté, réunis tous ensemble. Le texte insiste : la communauté, l’Eglise, tous furent remplis de l’Esprit-Saint.

Cette Pentecôte, réalité spirituelle impossible à photographier, est traduite en des signes visibles.

Le violent coup de vent qui renverse les routines, les barrières légalistes, qui nous entraîne et nous emporte dans le dynamisme de la foi.
Le feu de l’amour qui purifie les motivations et embrase le coeur. Le feu semble actuellement le moins bien partagé, en regard d’un essoufflement, d’une espèce de fatigue généralisée. L’Esprit est bouillonnement, effervescence, parole brûlante.
Les langues : le feu se partagea en langues et se posa sur chacun d’eux alors ils se mirent à parler en langues. Ne t’arrête pas au côté spectaculaire de l’événement. Ce dont il s’agit pour toi, c’est de recevoir de l’Esprit le don du « langage » qui puisse atteindre le coeur et le remuer. Sans ce don, pas d’évangélisation. Les différentes langues expriment encore l’universalité de l’Eglise faisant craquer les cadres racistes et nationaux.
L’effet de cette plénitude de l’Esprit Saint est visible : les frères. Jusque-là timides, se mirent à parler, à proclamer les merveilles de Dieu, chacun selon le don particulier de l’Esprit. Ils n’ont pas reçu ce don uniquement pour eux-mêmes, mais pour proclamer les merveilles. Inversement, on ne donne que ce que l’on a, on ne peut rayonner Dieu que si on en est rempli.

II se réalise aux débuts de l’Eglise ce qui s’était déjà accompli aux débuts de la mission de Jésus. Alors l’Esprit Saint était venu sur lui pendant son baptême (Lc 3,22), alors Jésus disait, dans son premier grand sermon : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, il m’a envoyé proclamer la bonne nouvelle » (Lc 4,18). Maintenant les apôtres sont baptisés dans le feu de l’Esprit, ils sont envoyés. Le rapprochement montre à l’évidence que les nôtres doivent continuer l’oeuvre du Christ, et l’Esprit agit en eux de la même manière qu’en Jésus.

C’est bien d’un baptême qu’il s’agit dans cette Pentecôte, d’un baptême d’envoi. J’ai reçu ce baptême de l’Esprit par les sacrements du baptême et de la confirmation. Simples rites ou baptême de feu ? Ce feu couve sous la cendre. Viens, Esprit Saint, ranime à nouveau le feu de ton amour !

Psaume : Ps 103

Hymne au Dieu créateur.

Bénis le Seigneur, ô mon âme ! Fais action de grâce. Quelle profusion dans tes oeuvres dont la plus merveilleuse est la résurrection de Jésus et l’envoi de ton Esprit ! La terre qu’est ton Eglise s’emplit de tes biens, des dons de ton Esprit. Toi qui as créé le monde par ton souffle, envoie ce souffle pour recréer, renouveler la terre qu’est ta communauté. Elle est usée. Rends-la fraîche. Jeune. Fais du neuf en elle.

Deuxième lecture : Ga 5.16-25

Paul parle d’un affrontement entre la chair et l’esprit. Ces deux mots n’ont pas ici le sens courant de corps et âme. La chair évoque la nature humaine marquée par le péché. L’esprit désigne la vie avec Dieu, parfois l’Esprit Saint lui-même. Paul passe ici de l’un à l’autre.

Vivez sous la conduite de l’Esprit. Voilà le leitmotiv de ce texte. Paul y revient trois fois. Alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair. Car la chair s’oppose à l’esprit, il y a affrontement. On ne peut contenter les deux à la fois. D’ailleurs les faits parlent : on sait bien à quelles actions mène la chair. Et Paul de citer quelques spécimens qui fleurissent encore aujourd’hui : Haines... sectarisme... rivalités...

Mais voici ce que produit l’Esprit. Et de citer pêle-mêle : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi, sans vouloir épuiser la liste.

J’ai beau fulminer des commandements, me barder de lois morales et même de la Loi juive - si je n’ai pas l’Esprit du Christ, je ne ferai rien de bon. Mais si j’ai l’Esprit de Jésus, plus besoin de lois, il n’y a plus de loi qui tienne. Je fais le bien poussé de l’intérieur. Et aller à la messe parce que c’est un ordre, rester fidèle à son partenaire parce que c’est un commandement ne fera jamais qu’une morale d’esclave. « Aime et fais ce que tu veux. » Accédons à une conduite d’hommes libres. Laissons-nous donc conduire.

Séquence

Une séquence est une suite chantée dont le Moyen Age faisait un abondant usage. Elle est à l’origine de nos cantiques populaires. La liturgie conciliaire en a gardé quelques unes : Le « Victimae pascali » de Pâques, le « Lauda Sion » de la Fête-Dieu, le « Dies irae »...

La séquence de Pentecôte « Veni Sancte Spiritus » est une extension du cri initial : Viens Esprit Saint. Sa manière simple mais chaleureuse, sa fraîcheur et son feu, sa force et sa douceur ont fait d’elle la prière préférée et parfois journalière de beaucoup.

Evangile : Jn 15,26-27.16,12-15

Jésus explique à ses disciples ce que sera la Pentecôte - et ce que l’Esprit veut faire en nous.

Tout d’abord, il nous le promet : je vous l’enverrai quand je serai ressuscité, quand je serai auprès du Père. Moi et le Père nous vous l’enverrons.

Ensuite il nous révèle qui est l’Esprit : pas un dieu de plus, mais l’Esprit du Père, il procède du Père. Père, Fils, Esprit s’interpénètrent. Jésus dit plus loin : Tout ce qui appartient au Père est à moi. Les trois personnes divines viennent à nous l’une dans l’autre.

Enfin, il nous dit ce que l’Esprit veut faire en nous. L’Esprit nous travaille dans deux directions : - d’une part il nous protège d’un monde hostile devant lequel il nous rend intrépides. Jésus l’appelle notre défenseur, en grec le Paraclet, l’avocat qui prendra notre cause en main quand nous serons en butte à la contradiction. Interrogez les chrétiens persécutés, ils vous diront comme ils sentent la présence réconfortante de l’Esprit ;
- de l’autres il nous conduit vers le Christ Jésus. Il nous met en communion avec lui. C’est l’Esprit de vérité. Il vous dira tout ce qu’il aura entendu. L’Evangile resterait lettre morte si l’Esprit ne le faisait parler en nous pour que nous soyons bousculés, interrogés, poussés... Il préserve l’Eglise des réductions, des déviations. C’est cela, au fond, l’infaillibilité. Voilà l’oeuvre de l’Esprit.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 20/03/2018