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Baptême de Jésus

« Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. »

1. S’il y a une affirmation de notre foi chrétienne qui ne nous surprend plus, qui ne nous bouleverse plus, tant nous sommes habitués de l’entendre, c’est bien celui de croire qu’un homme, d’abord fragile comme un enfant, mortel comme n’importe qui d’entre nous, puisse être déclaré Fils de Dieu. Ce ne sont pas des docteurs de la Loi, des spécialistes des Ecritures, qui l’ont affirmé mais des gens sans études, sans culture, sans mission, sans autorité. Ils appartenaient pourtant à une religion qui a mis au plus haut sommet de ses commandements, comme aucune ne l’avait fait avant elle : Dieu est unique, et il n’y en a pas d’autre, le prétendre est un blasphème. L’évangéliste Marc, un inconnu, déclare d’emblée dès le début de son récit : « Commencement de l’Evangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ! » Aujourd’hui, il le réitère : « Il y eut une voix venant des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé. » Et cet homme déclaré Fils de Dieu se fait baptiser pour faire comme tout autre qui veut accomplir une confession de ses péchés. C’est à nouveau Noël qui se redit d’une autre manière. Dieu s’est fait homme et les siens ne l’ont pas reconnu. Si aujourd’hui tant de chrétiens ont cessé de croire, ont abandonné les églises, si nous n’y venons que par habitude sans plus d’émotion, c’est que, ou on n’y croit plus, ou bien on ne s’en rend pas compte. Je parle pour moi d’abord. Quelle désolation ! Quelle tristesse pour nos cœurs !

2. Le baptême de Jésus par Jean le baptiste, peut nous aider à en sortir. Prenons le temps d’entrer dans ce qui restera pour notre raison un mystère. Il ne faut que notre cœur pour aller plus loin que notre raison. Il faut d’abord nous rappeler que être baptisé vient d’un mot grec qui signifie être plongé, immergé. L’eau, nous le savons bien, a le pouvoir rendre propre ce qui est sale. Et dans cette perspective, de tout temps, on s’y est plongé pour obtenir une purification morale, comme les Egyptiens dans le Nil, les indous dans le Gange. L’eau est aussi porteuse de vie : sans elle il n’y a pas de vie ni pour les plantes, ni pour les animaux ni pour l’homme. Elle est le sang de la terre. Mais elle peut être aussi dévastatrice, porteuse de mort lorsqu’elle devient tempête dans les océans, lorsqu’elle déferle dans les inondations. L’eau est donc tout à la fois force destructrice, et source de vie.

3. A Noël, Jésus descendait dans l’humanité chargée du mal dans lequel elle s’enfonçait. Trente ans plus tard, Jésus entrera dans la haine qui le défigurera jusqu’au sang pour finalement le plonger dans la mort. La descente de Jésus l’eau du Jourdain pourrait en être le signe prémonitoire. Mais il est remonté du Jourdain, a entendu cette voix qui venait d’en haut : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. » Il sortira de l’ensevelissement du tombeau et les disciples le virent, transfiguré par une autre vie. La voix céleste entendue lors de la remontée du Jourdain, signe prémonitoire de la résurrection. L’immersion dans l’eau, image de l’immersion dans la mort. La purification par l’eau, image de la renaissance à la vie éternelle. Il fallait du sang et de l’eau, écrit l’évangéliste Jean. Jésus a accepté de descendre dans cette humanité qui conduisait à la mort pour lui montrer qu’une renaissance l’attendait. Paul l’a compris et l’écrira aux chrétiens de Rome : « Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. »

4. Ainsi, nous sommes concernés pour notre aujourd’hui. Jean le Baptiste avait proclamé : « Moi je vous ai baptisé dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit. » Nous sommes plongés dans l’obscurité de notre raison, incapables de dépasser nos horizons et le constat de cette inconscience citée au début en est le signe visible. Mais en nous mettant à la suite du Christ Jésus, dans une adhésion plus prégnante à sa personne, dans la mouvance de son Esprit, nous émergerons de notre humanité en souffrance et vivrons de nouveaux matins. Maintenant la résurrection peut commencer et la joie de la foi éclater avec enthousiasme et reconnaissance. Sur les marches du Temple, « le dernier jour de la fête, qui est aussi le plus solennel, Jésus, debout, se mit à proclamer : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi” ». Mais il faut d’abord avoir soif. Ce sera notre prière.

Seigneur, tu as vu et tu vois toujours combien nous sommes incapables de voir plus loin que nos horizons, de nous libérer de nos choix et de nos pulsions destructrices, d’aller plus avant dans ton cœur. Fais-nous entendre cette voix qui vient d’en haut, qui vient de toi et nous dit : « N’ayez pas peur, je suis passé devant vous ! »

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

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(re)publié: 10/01/2021