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29e dimanche du temps ordinaire

1. "Lorsqu’un membre souffre, tout le corps souffre" écrivait Paul aux chrétiens de Corinthe en proie aux divisions. Combien vrai, ce constat, pour les victimes d’abord, pour tous les croyants de notre Eglise, vous et tout spécialement nous, les prêtres, les diacres, les évêques avec le pape. Des prêtres ont été insultés et se sont retrouvés dans la situation des croyants musulmans soupçonnés à tort d’approuver les actes des terroristes. Des pratiquants, non seulement des victimes, ont quitté l’Eglise. Avec la honte pour ce qui est arrivé aux victimes, avec la honte ressentie pour les actes de leurs auteurs, viennent le découragement et l’envie de se taire. Comment parler sereinement du Christ avec, en arrière fond, dans la pensée de tous, la présence des victimes marquées à vie et celle des comportements insupportables venant des nôtres ? Le silence donc, pour nous délivrer de cette trop douloureuse mission. Mais ce silence est une forme d’abandon. « Je ne connais pas cet homme » avait dit Pierre. Il ne voulait pas reconnaître comme son ami cet homme souffrant. Il se cachait dans le silence autant qu’il cachait les auteurs de cette souffrance. Mon silence, notre silence nous feraient lui ressembler. Le Christ a porté les péchés du monde, mais nous a demandé aussi de porter, à sa suite, notre croix faite des souffrances des victimes, des nôtres, de nos péchés, les nôtres et ceux de l’Eglise.

2. L’évangile de ce jour nous y invite. « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Au sens figuré, boire à la coupe signifiait se rendre solidaire. Les apôtres pensaient que la destinée de Jésus serait glorieuse, qu’il établirait ce royaume attendu par tout le peuple et dont il parlait tant. Mais Jésus parlait d’une autre destinée, d’un autre avenir : son arrestation, l’abandon de ses disciples, sa condamnation, sa mort sous les injures. Les apôtres ne pouvaient pas savoir, ne pouvaient pas accepter. Ce que refusa Pierre : « Non, Seigneur, cela ne t’arrivera pas », qui s’entendit traiter de tentateur : « Arrière, Satan, tu es un piège pour moi, car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. »

3. Aujourd’hui, il nous faut prendre à la lettre plus que jamais ce qu’il leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. » Depuis que Constantin, au 4e siècle, a fait de la religion chrétienne la religion des empereurs, des rois et de tous les sujets de l’empire, l’Eglise a épousé les structures d’un royaume. L’histoire chrétienne de l’Eglise ne fut guère que celle de ses princes. Ce qu’on appelle le cléricalisme aujourd’hui en est encore une trace. Il y eut pourtant des rebelles, comme François d’Assise, qui se dévêtit sur la place publique et rendit à son père ses habits pour ne plus rien avoir à faire avec son mode de vie. Tous ceux qui ont charge de parler dans l’Eglise, clercs ou laïcs, sont appelés à revenir à cette modestie demandée par Jésus : « Soyez comme quelqu’un qui sert. » Servir au lieu d’être servi, honorer au lieu d’être honoré, aller vers au lieu d’attendre que l’on vienne à vous. L’apôtre Pierre savait de quoi il parlait lorsqu’il écrit : « Dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité, car Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais aux humbles il accorde sa grâce. » Il rappelait ainsi que l’histoire chrétienne avait commencé lorsque le Seigneur « s’est penché sur son humble servante ».

4. Voici comment Benoît de Nursie, fondateur au 5e siècle de l’ordre des Bénédictins, voyait le rôle de l’abbé du monastère : « Tout ce qui est bon et saint, il le montre par ses paroles, et encore plus par son exemple. L’abbé doit toujours se rappeler : “Plus on confie de biens à quelqu’un, plus on lui demande de comptes.” Ainsi, en faisant attention aux comptes qu’il va rendre pour les autres, il devient attentif aux comptes qu’il va rendre pour lui-même. En aidant les autres à se corriger par ses remarques, l’abbé lui-même est amené à se corriger de ses défauts. ».

Seigneur, donne-nous de ne pas passer indifférent à côté de la souffrance.
Seigneur, donne-nous de parler en ton nom avec beaucoup d’humilité
Seigneur, donne-nous de nous conduire en serviteurs et non en maîtres.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 17/10/2021