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26e dimanche du temps ordinaire

1. Se couper la main, le pied, s’arracher l’œil ! Jésus n’y va pas de main morte, lui qui avait rendu la vue à un aveugle, donné à un paralysé de marcher à nouveau. On retrouve le langage des prophètes d’antan qui n’avaient pas de mots assez forts pour rappeler à Israël ses devoirs. Comme le prophète Osée qui déjà entendait le Seigneur parler ainsi des chefs du peuple : « Parce qu’ils ont vendu le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales, parce qu’ils sont avides de voir la poussière du sol sur la tête des indigents et qu’ils détournent les ressources des humbles… me voici pour écraser sur place comme on écrase un char qui est tout plein de paille. » L’apôtre Jacques a le même ton dans sa lettre, entendue en seconde lecture : « Des travailleurs ont moissonné vos terres, écrit-il, et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance… Vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens. …Quiconque sait faire le bien et ne le fait pas se charge d’un péché. » Toujours de grande actualité.

2. La main, le pied, l’œil, dont la privation constitue des handicaps qui mettent dans la dépendance les aveugles et les amputés, représentent autant de moyens offerts à nos choix de comportements. Nos mains, nos pieds peuvent être secourables mais aussi servir nos égoïsmes. Nous regardons d’un œil différent qui nous agrée et qui nous déplaît. Jésus utilise des termes forts pour nous dire que ce n’est pas la main qu’il faut arracher mais la malfaisance qu’elle est capable de faire. Ce n’est pas le pied qu’il faut couper mais tout ce qui conduit vers les chemins de malveillance. Ce n’est pas l’œil qu’il faut arracher mais la mauvaiseté qu’il est capable de porter.

3. Jésus a introduit ces anathèmes à propos du scandale. Le scandale, source d’indignation, naît de la découverte et de la dénonciation de comportements contraires à ceux attendus de la part de ceux qui devraient en être exempts. Aujourd’hui la corruption, la pédophilie, le dopage dans le sport sont reconnus comme des plus scandaleux. Leurs auteurs, qui devraient être des modèles, sont devenus des contre-exemples et trahissent la confiance mise en eux. L’époque de Jésus n’en était pas exempte. Ananias et Saphira prétendirent apporter à la communauté tout le produit de la vente de leur propriété, tout en en retenant une partie. Pierre les en accusa. Aujourd’hui, la pédophilie ou l’abus de confiance sous couvert de spiritualité à des fins perverses par des personnes « hors de tout soupçon » sont de lourdes croix pour l’Eglise. Insupportables, il faut tout de même qu’elle les supporte. Ces personnes, aussi condamnables soient-elles, ne doivent pas pour autant être jetées dans la géhenne, même s’il eût mieux valu que ces faits n’eussent pas eu lieu. C’est alors que notre œil peut devenir mauvais. En effet, que savons-nous de leurs antécédents ? On sait que ceux qui ont été d’abord victimes peuvent devenir des prédateurs ? Si la misère matérielle pousse des familles en Birmanie, en Inde et ailleurs à vendre leurs enfants dans un commerce sexuel avec les Européens, la misère morale, une spiritualité déviante peuvent conduire partout à de mêmes contresens.

4. On doit regretter que ces scandales donnent de l’Eglise une image contraire à celle qu’elle souhaite donner. Le silence des autorités, leurs atermoiements, n’avaient pas d’autre but. Cela s’est retourné contre tous et a noirci l’Eglise davantage. Pour lui rappeler qu’elle est faite de pécheurs. Qu’elle ne peut se permettre de donner des leçons de morale à ceux qui n’en sont pas et qui le font mieux qu’elle, comme le dit Jésus à ses disciples qui voulaient se réserver le monopole de parler en son nom. Tout le monde en est d’accord : il vaut mieux vider l’abcès plutôt que de le cacher ? Les scandales sont des appels pressants à l’humilité, à mettre en conformité nos paroles et nos actes ? L’histoire de l’Eglise montre que des hommes, fut l’un deux. En 1205, en prière devant le crucifix de la chapelle Saint-Damien, il entend une voix lui demander de « réparer son Église en ruine ». Prenant l’ordre au pied de la lettre, il se rend à la ville voisine pour y vendre des marchandises du commerce de son père afin d’acheter des pierres restaurer la vieille chapelle. En 1208, en prière dans celle de la Portioncule rebâtie, il comprend qu’il s’agit d’une restauration spirituelle, qu’il ne fallait pas l’attendre d’en haut, qu’il devait en être le missionnaire.

« Sainte Marie, Mère de Dieu, gardez moi un cœur d’enfant, pur et transparent comme une source ; obtenez moi un cœur simple, qui ne savoure pas les tristesses ; un cœur magnifique à se donner, tendre à la compassion ; un cœur fidèle et généreux, qui n’oublie aucun bien et ne tienne rancune d’aucun mal. Faites moi un cœur doux et humble aimant sans demander de retour, joyeux de s’effacer dans un autre cœur devant votre divin Fils. Un cœur grand et indomptable qu’aucune ingratitude ne ferme, qu’aucune indifférence ne lasse. » (Léonce de Grandmaison sj, † 1927)

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 26/09/2021