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22e dimanche du temps ordinaire

1. Enfants, nous avons certainement entendu cette injonction : « Lave-toi les mains ! » Pour motif d’hygiène. Au temps de Jésus, les Juifs les plus religieux, tels les pharisiens, pratiquaient de fréquentes ablutions d’eau pour se purifier des nombreuses impuretés rituelles recensées dans le livre du Lévitique. Parmi celles-ci, figurait le contact avec un païen, un non-pratiquant ou même avec un objet leur ayant servi. Ces pratiques s’adressaient initialement aux prêtres du Temple qui ne pouvaient en assurer le service que sous ces conditions. Mais les pharisiens voulaient les étendre à tout le monde. Et comme on ne pouvait pas vivre en communauté sans entrer en contact avec les non-juifs ou les non-pratiquants, ne serait-ce qu’en faisant son marché, ces purifications lustrales leur paraissaient nécessaires pour rester « purs » devant Dieu. Alors pourquoi les disciples de Jésus et Jésus lui-même qui parle tant de Dieu donnent-ils le mauvais exemple ?

2. Ce n’est pas la première fois que Jésus provoque la contestation. De mémoire d’Israélite, personne autant que lui n’avait contesté la loi de Moïse. Il ne craint pas de s’asseoir à la table de ces publicains, ces percepteurs d’impôts au service de l’occupant romain honni. Il appelle à sa suite Matthieu, l’un d’entre eux, demande l’hospitalité à Zachée, l’un de ses chefs. Il se laisse approcher par des lépreux intouchables et considérés comme des punis de Dieu. Il demande à boire à la cruche d’une femme de l’hérétique Samarie. La discussion a dû être véhémente, au vu de la réponse enflammée de Jésus : « Hypocrites, vous laissez de côté les commandements de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Ne leur jetons pas la pierre. Dans toutes les religions, des légalistes contestent tout changement. Dans le passé chrétien, on a condamné à des peines, voire à celle de la mort, ceux qui ne suivaient pas à la lettre les prescriptions exigées. Ce qui se passe en Afghanistan nous émeut. Les pharisiens n’ont jamais été jusque là.

3. Jésus est clair : c’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent toutes ces malfaisances. Il nous invite à un regard sur nous-mêmes. Nous en sommes bien d’accord. Il ne faut pas chercher à l’extérieur un tentateur que Dieu enverrait pour nous mettre à l’épreuve. On lit dans la lettre de saint Jacques : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : “Ma tentation vient de Dieu.” Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. » (Jc 1,13). Le Seigneur ne nous met pas à l’épreuve comme on pouvait le penser il n’y a pas si longtemps. On ne peut pas se laver les mains, s’innocenter en pensant que le mal vient d’ailleurs. Certes, nous ne nous sentons pas concernés par le meurtre ou le vol mais par beaucoup d’autres vilenies comme la méchanceté, diffamation, orgueil, démesure et bien d’autres semblables. Il faut bien reconnaître que nous sommes pécheurs, solidaires du péché du monde qui est le non-amour sous tant de formes. En disant dans le Notre Père « ne nous laisse pas entrer en tentation », comprenons « protège-nous de nous-mêmes ». Saint Philippe Néri en était très conscient lorsqu’il écrit : « Seigneur, méfie-Toi de moi aujourd’hui. J’ai peur de Te trahir ! »

4. Vous l’aurez remarqué aussi. Alors que les pharisiens, en ces pratiques rituelles, pensaient se rendre « purs » devant un Dieu les exigeant, celles que Jésus énumère ne concernent que le prochain, nos rapports avec lui. Ils sont nos chemins qui conduisent ou éloignent de Dieu. Ce sont nos actes qui nous jugent, maintenant, chaque jour que Dieu nous donne. Quant au culte divin, relisons Paul : « Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. » (Rm 12,1)

Seigneur, renvoie-nous notre image lorsque nous nous sommes tentés d’exiger d’autrui plus que nous exigeons de nous-mêmes.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 29/08/2021