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Août - Je suis le Pain vivant

1. « Moi, je suis le Pain de la vie. » On comprend que les auditeurs de Jésus furent étonnés, voire abasourdis en entendant ces paroles. De pain, ils savaient combien ils en avaient besoin pour vivre. Il y a longtemps déjà, 8000 ans, que les hommes ne vivaient plus de la cueillette et de la chasse mais de ce premier blé qui était venu on ne savait d’où et qu’ils avaient découvert et cultivé dans ce qu’on appelle le Croissant fertile, le Moyen Orient. Pour d’autres civilisations ce furent le maïs ou le riz. Pourtant ils connaissaient tous cet épisode de la famine dans l’histoire de l’exode et le don de la manne. Tombée du ciel, à la prière de Moïse, comme une rosée, exsudat recueilli sur le tamaris, disent les exégètes, le récit ajoute qu’elle les nourrit 40 ans. Alors d’entendre Jésus leur dire : « Ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel… Moi, je suis le pain de la vie. » Il y a quoi prendre ses distances avec cet homme. Mais le pire est à venir lorsqu’ils entendront : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » « Qui pourrait entendre cela » diront un grand nombre de ses auditeurs qui alors le quittèrent.

2. L’évangéliste Jean développe ici tout le mystère de l’eucharistie, pratiquée déjà depuis soixante ans lorsqu’il écrit ce récit. On devine derrière les mots les réticences, non seulement des auditeurs de ce jour-là, mais aussi des premiers chrétiens issus du judaïsme : « N’est-ce pas là Jésus, fils de Joseph ? » Certes, ils ont vu en Jésus le Messie envoyé par Dieu pour une révolution spirituelle. Mais quant à voir en lui un pain de vie envoyé pour être mangé, il y a des distances. Nous nous sommes habitués à ces mots. Mais il faut reconnaître qu’ils sont plus que surprenants et qu’il nous est impossible de les expliquer à un non-chrétien. Parce qu’on ne peut pas les expliquer. Parce qu’il n’y a rien à expliquer. Les théologiens du Moyen Age comme saint Thomas d’Aquin ont essayé une approche philosophique en interprétant le réel comme un composé des apparences et de la nature des choses. La nature d’une table est d’être et de servir de table, mais nombreuses en sont les formes. Faible image ce que Dieu peut comme contenu aux apparences du pain eucharistique. Derrière celles du pain, de sa composition faite d’eau et de farine, derrière sa couleur, derrière sa saveur, est cachée une autre réalité, le don que Jésus fait de lui-même jusqu’à celui de sa vie. Seule la foi permet d’adhérer à ce qui peut n’être que révélé, jamais expliqué.

3. Oui, derrière ces paroles si surprenantes se cache l’immense attention de Jésus à chacun, hier comme aujourd’hui. Son bonheur durant sa vie terrestre fut de dire et de montrer à ses disciples à travers sa personne l’immense tendresse de son Père. « Mon Père vous aime et moi aussi je vous aime... Je fais tout ce que vois faire à mon Père. » Personne n’a jamais entendu parler de Dieu ainsi. Une fois Jésus parti, lui, Jean avait continué à vivre avec lui, pour lui. Ses paroles, il les avait fait remonter de sa mémoire pour les écrire, il les avait méditées. C’était comme sa nourriture de chaque jour, y trouvant sa force de croire, le courage de résister à tout découragement, inévitable vu l’ampleur de la tâche et l’opposition qu’il rencontrait. Non, « Personne n’a jamais vu le Père » mais, lui Jean et tous les disciples, ils avaient vu Jésus, avaient marché avec lui, s’étaient enthousiasmés pour lui à cause de ce qu’il disait, de ce qu’il faisait, de ce qu’il était. Et maintenant qu’il était parti, il continuait invisiblement à les instruire, à leur communiquer toute sa force de conviction. Leur confiance, leur foi chaque jour les animait, les faisait vivre avec lui. Oui, Jésus était vraiment devenu leur pain quotidien.

4. Nous le savons bien par notre expérience personnelle, lorsque nous avons un projet auquel nous tenons beaucoup, qu’il soit familial, professionnel, lorsque nous sommes convaincus d’avoir une vocation ou une mission, alors nous trouvons toutes les forces nécessaires pour les réaliser ; nous savons faire face aux obstacles, nous résistons aux moments de découragement. C’est notre foi en ce projet qui nous fait avancer parce que nous sommes comme habités par lui. C’est bien cet esprit qui anime les athlètes des Jeux olympiques et qui les fait atteindre les plus hautes performances. Et inversement nous savons aussi que lorsque qu’il n’y a plus de motivation, les projets s’écroulent. Jésus va plus loin. Même si nos projets s’écroulent, même si le découragement nous prend, il nous dit qu’il est toujours à côté de nous, qu’il veut nous parler si nous voulons bien lui parler. Le temps de l’eucharistie est un temps privilégié d’union, de communion. Venons-y comme à la rencontre d’un ami très cher.
• Il nous apprendra à regarder les personnes, les événements comme lui les regardait.
• Il nous apprendra comment l’on peut garder la foi, l’espérance et la joie de vivre au milieu des épreuves.

Seigneur, tu nous vois battre la campagne et nous occuper pour ne pas nous ennuyer mais sans bien savoir vers quel but ultime nous marchons. Tout est tellement éphémère. Sans savoir que tu es là, invisible dans la lumière du jour, dans l’attente que nous levions le regard vers toi. Sans savoir qu’un trésor est à la porte de notre cœur qui pourtant ne s’ouvre pas assez. Sans savoir que tu es le pain qui ne nous laisserait plus sur notre faim d’autre chose que ce qui fait l’ordinaire de nos jours. Par grâce, Seigneur, fais-nous aller te rencontrer.


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 05/08/2018