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Homélies

7e dimanche de Pâques - Jésus en prière

1. « A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait … »
Aujourd’hui l’évangéliste Jean nous fait assister à la prière de Jésus. Les disciples l’avaient vu s’éloigner souvent, tôt le matin ou même la nuit, pour prier. Mais ils ne savaient pas sa manière de prier. Aujourd’hui ils le voient non pas parlant de la prière, non pas récitant une prière officielle, liturgique. Mais Jésus en état de prière, les yeux levés au ciel, en dialogue avec son Père. Et ce qu’ils entendent est tellement différent de ce qu’ils avaient l’habitude de faire. Toute leur éducation les avait conduits à prier Dieu avec beaucoup de respect, beaucoup de déférence, de crainte même du créateur, du juge. Moïse a dû ôter ses sandales, se tenir à distance et ne pas interroger celui dont il n’a jamais su le nom et qui lui parlait au creux du buisson ardent inapprochable. Et depuis, il est interdit au croyant juif de prononcer les quatre lettres qui le désignent, ‘Yahvé’, ce qu’on appelle le tétragramme sacré. On utilise des adjectifs comme l’Eternel, le Très Haut, le Tout Puissant, le Seigneur. Encore aujourd’hui on n’écrit pas Dieu mais ‘D.’.

2. Jésus s’adresse à Dieu autrement : « Père saint… » Comme un fils à son Père. La tradition juive parlait aussi de Dieu comme d’un père, mais en tant que père géniteur de la création. Il n’était pas concevable de prétendre lui être si proche et lui parler comme un enfant parle à son père. Jésus le pouvait en Fils qu’il était. Il a scandalisé les religieux juifs lorsqu’il leur dit : « Le Père et moi nous sommes un. » Là est le secret de la prière de Jésus. Il invitera par la suite ses disciples à faire de même en son nom : « Quand vous priez dites : “Notre Père qui êtes aux cieux” parce que mon Père est aussi votre Père. » Il faut méditer cela longuement. On raconte que le curé d’Ars, remarquant un paroissien ne disant que « Notre Père » sans aller plus loin, entendit celui-ci lui répondre : « Cela me suffit. »

3. Il y a la manière mais il y a aussi le contenu de cette prière de Jésus. Nous le savons bien, les hommes se mettent à prier au moment des épreuves. Les églises se remplissent en temps de guerre. Nous avons besoin de Dieu lorsque nous ne savons plus que faire, lorsqu’une épreuve de santé nous touche ou menace l’un de nos proches. « Seigneur, fais que je vois, fais que j’entende, fais que je sois guéri » imploraient ces malades de la Galilée. Ils priaient pour eux-mêmes comme nous. Mais ici, au cénacle, Jésus prie pour ses disciples : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom. » A quelques heures des événements dramatiques de la passion. Il le fait sachant que le berger va être frappé et le troupeau dispersé. Il sait qu’ils vont tous l’abandonner, et les gardes dans la cour du grand prêtre entendront Pierre le renier : « Non je ne connais pas cet homme », lui qui avait proclamé qu’il irait en prison et même jusqu’à la mort pour lui. Plus tard les disciples rencontreront les oppositions, les expulsions manu militari comme Paul en fera l’expérience, les persécutions. Mais aussi l’indifférence pour les choses d’en haut, l’oubli de Dieu tout comme la peur d’en parler et d’être pris pour obscurantiste ou ringard. Toujours d’actualité. Jésus prie son Père et nous demandera de le prier de ne pas nous laisser entrer dans cette tentation-là, la seule tentation véritable, celle qui nous laisse comme des enfants perdus qui ne savent pas qu’ils ont un père qui les aime et qui ne le recherchent pas.

4. On invoquera que Dieu ne répond pas à notre prière, qu’il est aux abonnés absents. Surtout au temps des épreuves lorsque nous attendons un secours venu d’en haut qui ne vient pas comme nous l’espérions. Alors nous désertons notre fidélité. Le Grand Rabbin Chalom Benizri écrit à propos de la Shoah : « Dieu aurait-il abandonné son peuple pour le laisser jeter en pâture, livré corps et âme entre les griffes acérées d’une bête sauvage ? Et depuis, nombre parmi les rescapés de la Shoah et leurs descendants, ont délaissé, pour notre grande peine, la tradition de leurs pères. » Mais il racontait : « Un rabbi, déporté dans le camp de concentration d’Auschwitz, est apostrophé à un moment des plus éprouvants dans ce camp de la mort, par un croyant juif, qui, le cœur plein d’amertume, lui hurle : “Continueras-tu à réciter dans tes prières à l’Eternel ’tu nous as choisis’, et à te réjouir de ton appartenance à un peuple d’élection ?” Le rabbi lui répond : “A présent je mettrai une attention accrue à cela, et je me réjouirai infiniment, car si l’Eternel n’avait pas fait choix de nous, je serais peut-être moi aussi du côté des tortionnaires.” » Il avait trouvé sens à ce qui paraissait n’en avoir aucun. La fidélité est d’abord une affaire d’amour. C’est par manque d’amour qu’elle se perd et Jésus nous l’a bien redit : « Si vous m’aimez vous resterez fidèle à mes commandements. »

Seigneur, tu as voulu nous apprendre à prier comme toi tu priais. Continue à nous parler de ton Père bien-aimé comme tu parlais à tes disciples. Donne à notre cœur de devenir brûlant comme à ceux de la route d’Emmaüs. Alors habités par toi, nous saurons trouver les mots, nous saurons accomplir les gestes qui nous permettront d’être vraiment avec toi.


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 13/05/2018