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6e dimanche - Si tu veux

1. On ne parle plus guère de la lèpre aujourd’hui et pourtant 210 000 nouveaux cas sont recensés chaque année sans compter les malades qui n’ont pas accès aux soins du fait de la pauvreté ou de l’isolement. On sait combien cette maladie défigure, mutile et met au ban de la société et cela depuis longtemps comme en témoigne la première lecture : « Le lépreux portera des vêtements déchirés, les cheveux en désordre, le visage couvert, et il criera : “Impur ! Impur !...” Il habitera à l’écart. » Le mot impur visait bien plus que les horribles lésions extérieures ; il signifiait qu’une faute cachée, personnelle ou héritée des parents ou de plus loin encore, habitait cet homme. Pécheur réprouvé par Dieu et comme tel mis à l’écart, infréquentable, puisque Dieu l’avait condamné. Ne pas fréquenter les pécheurs était inscrit en lettres de feu dans la Loi. Pour que cela change, il fallait d’abord que son âme soit purifiée, son péché pardonné et la guérison constatée par les prêtres du Temple en serait la preuve. Ce qui n’arrivait jamais.

2. Malgré la réprobation commune, malgré les interdits religieux, ce lépreux vient vers Jésus. Il a dû entendre parler de ce guérisseur plein d’attention. Alors il vient, lui qui aurait dû rester à l’écart, s’approche, supplie : « Si tu veux, tu peux me guérir ! » Non pas « si tu peux » qui serait comme un défi lancé à celui que l’on considérait comme un guérisseur hors pair. Jésus en est touché, « pris de pitié », dit le récit.

3. Jésus lève la main et le touche. Le toucher : le sens le plus sensible de l’homme, celui qui apparaît en premier chez l’enfant, celui qui disparaît en dernier, pour ceux qui ont perdu la vue, l’ouïe, l’odorat. « C’est par la peau principalement que nous sommes devenus des êtres aimants » écrivait un psychologue américain. Et Christian Bobin de compléter : « Les mains sur la peau touchent l’âme à vif. » Peut-être parce qu’il est le langage porteur d’un peu de chaleur humaine à ceux qui sentent qu’on ne s’intéresse plus à eux. Beaucoup savent par expérience combien ce geste peut être chargé de tendresse, combien il est apprécié par ceux qui ne parlent plus, n’entendent plus, ne voient plus, n’échangent plus, ne communiquent plus.

4. Le toucher pour soulager, pour guérir. Ce message a été porté par un film émouvant intitulé « Marie Heurtin », une mise en images d’une histoire authentique. Une petite de 11 ans, sourde et aveugle, incontrôlable dans ses réactions, est présentée à un institut pour enfants sourds. La Mère supérieure n’en voulait pas car, face à ce double handicap, elle se sentait totalement démunie. Mais la jeune sœur Marguerite, de santé fragile, la supplie : « Laissez-moi faire ». Alors, jour après jour, se déroule l’épopée de la libération mentale, sociale d’une enfant enfermée dans la prison de son double handicap. Grâce aux seules mains de sœur Marguerite, seul moyen de communiquer avec Marie. Epuisée et malade, sœur Marguerite mourra peu de temps après. Les dernières images du film montrent la petite Marie sur la tombe de sa deuxième maman élever ses mains pour la prière. La douceur des mains de sœur Marguerite avait été contagieuse et l’avait remplie de sérénité, de reconnaissance.

5. En cette Journée mondiale de la santé et des malades, ce récit appelle à nous souvenir de ce que représentent pour tant d’hommes et de femmes l’altération de la santé, la diminution de l’autonomie et toute la solitude qui les accompagne. Nous en avons été, nous en côtoyons nécessairement un jour ou l’autre. Ils nous interrogent silencieusement : « Si tu veux. » Les entendons-nous ? Nous le savons bien : c’est le jour où la santé nous quitte que nous en apprécions le prix. Avec peut-être ce pincement au cœur lorsque nous nous rendons compte alors de tout ce que nous aurions pû faire au temps de notre bonne santé et que nous n’avons pas fait. Mais il n’est pas trop tard pour nous laisser toucher par ce malade, par cette personne âgée seule, peut-être atteinte de la maladie d’Alzheimer, pour un instant, essayer de nous mettre à sa place, une place que nous occuperons peut-être un jour.

Seigneur, guéris-nous de cette suffisance que notre actuelle bonne santé pourrait faire monter en nous. Fais-nous la grâce de mettre sur notre chemin ce souffrant capable de nous toucher au cœur comme il a touché le tien. Apprends-nous alors la tendresse qui était la tienne. Nous aurons toujours l’impression de ne pouvoir faire grand-chose. Mais le peu de choses que nous ferons, toi, tu le transformeras. Parce que tu le veux, Seigneur !


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 11/02/2018