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Homélies

4e dimanche de carême - Le serpent d’airain

1. Cette nuit-là, Nicodème était venu voir Jésus. Il appartenant à la mouvance pharisienne, très soucieuse de la fidélité à la Loi de Moïse. Ce qu’il a entendu dire de Jésus l’interroge. Il vient le voir de nuit, en secret, à l’insu de ses collègues pharisiens opposés ouvertement à Jésus. Il est donc, lui, bienveillant mais interrogateur. Il connaissait cette étrange histoire du serpent. Le récit de l’exode à travers le désert du Sinaï raconte que les Hébreux manquèrent de pain et d’eau, qu’ils se voyaient mourir de faim et de soif. Dès lors, ils s’en prennent à Moïse et par lui à Dieu, son ami, eux qui les avaient conduits là pour un hypothétique pays où couleraient le lait et le miel. Alors qu’en Egypte, même soumis à l’esclavage, ils avaient de quoi manger, de quoi vivre. Leurs récriminations, leur manque de confiance et voilà une punition bien connue des gens du désert : des morsures de serpents venimeux. La morsure qui entraîne la mort en peu de temps. Moïse, sur la recommandation de Dieu, fait élever un serpent d’airain. Tous ceux qui le regarderaient seraient guéris. Penser que pour être guéri il faut regarder l’animal qui est train de vous tuer demande une bonne dose de foi. Mais c’est justement cela qui est demandé. Autant on avait douté de Dieu, autant maintenant il fallait faire confiance, contre toute apparence, malgré l’invraisemblance du remède.

2. En reprenant cet épisode symbolique du cheminement dans la foi du peuple hébreu, Jésus a bien voulu signifier ce qu’il voyait venir. Il serait lui aussi élevé sur un poteau à la vue de tous. Les chefs du Temple avaient voulu sa mort, définitive, son éradication de la mémoire des hommes, totale. Parce qu’à leurs yeux il n’était qu’un imposteur. Non, il ne pouvait être le Messie attendu comme on le prétendait. Et la meilleure preuve, tous la verraient et l’ont vue : il est mort alors que le Messie attendu serait immortel. « Descends de la croix si tu es le Messie, alors nous croirons en toi » lui avaient-ils dit. Mais Jésus n’est pas descendu de la croix. Le plus juste des justes, victime des injustes.

3. La croix est aujourd’hui le signe religieux le plus répandu dans le monde. Nous la trouvons dans les églises, aux carrefours des chemins, dans les maisons, dans les livres, portées aussi comme bijou. Nous n’y faisons même plus attention. Et pourtant elle porte toute la souffrance humaine, la souffrance de tous les temps, d’hier et d’aujourd’hui. Celle des camps de la mort, des génocides, celle des dictatures toujours présentes, celle de toutes victimes de la violence humaine, cette violence omniprésente, universelle, individuelle ou collective, spontanée ou organisée. Sur la croix Jésus a épousé la souffrance des hommes. Sur la croix voici étalée, exposée, crucifiée, toute la souffrance du monde avec celui qui portait le péché du monde !

4. Pour nous appeler à ne pas en rester là, à la regarder de loin et à s’en retourner chez soi comme ceux qui furent présents au pied du Calvaire. En récriminant peut-être, voire scandalisés en constatant que ce Dieu, dont il dit qu’il est son Fils bien-aimé, n’intervient pas, ne répond pas à nos appels. Nous attendons Dieu alors que c’est lui qui nous attend. Nous interrogeons Dieu alors que c’est lui qui nous interroge : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (cf. Gn 4,9). La croix appelle à la conversion intérieure, personnelle, celle qui fait regarder les choses autrement. Celle qui fait se lever, qui fait se retourner pour combattre ce qui tue les corps, les âmes, insidieusement ou en plein jour, en soi et hors de soi, et que Paul dans ses lettres aux chrétiens galates ou de Corinthe appelle haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, médisances, commérages, insolence (Ga 5,20, 2Co 12,20). Combattre le mal chez soi, en soi, c’est venir à la lumière dit Jésus à Nicodème. Ne pas le combattre c’est préférer les ténèbres.

Seigneur, lorsque le doute viendra, lorsque je perdrai pied sous le coup du malheur, donne-moi de pouvoir encore lever les yeux vers toi, mis en croix pour me signifier que tu es passé par là avant moi, pour moi. Et qu’en te regardant, j’apprenne à regarder autour de moi pour être avec toi là où tu m’attends.


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 11/03/2018