LogoAppli mobile

3e dimanche de Pâques

1. Nous avons entendu le dernier récit de l’évangile de Luc relatant l’apparition et les dernières paroles de Jésus aux Onze désemparés par les événements des derniers jours. Quelques femmes dont Marie de Magdala, leur avaient raconté qu’elles avaient trouvé le tombeau vide, que deux hommes qu’elles prirent pour des anges leur avaient dit que celui qui avait été là était vivant. A leurs yeux ces paroles leur semblèrent du délire et ils ne croyaient pas ces femmes (Lc 24,11). Un peu plus tard alors qu’ils étaient en train d’écouter ce que les disciples d’Emmaüs leur rapportaient, « Jésus fut présent au milieu d’eux… Effrayés, ils pensaient voir un esprit ». Il y avait de quoi. Personne n’avait jamais dit, ni vu revenir de la mort. C’est tellement invraisemblable. Jésus leur donne alors des signes : ceux de son supplice mais aussi de sa réalité corporelle dans ce qu’elle a de plus nécessaire, le manger et le boire. « Venez et vous verrez » avait-il dit à ses premiers disciples qui souhaitaient le suivre. Aujourd’hui lui-même vient à eux, se fait voir à ceux qui doutent. Afin qu’ils croient.

2. Après quoi Jésus donne à voir qu’il est venu non pour « abroger la Loi ou les Prophètes mais pour l’accomplir » (Mt 5,17), que cela a commencé au baptême accepté pour « accomplir en toute justice » (Mt 3,15) le dessein de Dieu. C’est pour cela qu’il avait rejoint les disciples d’Emmaüs désemparés lorsque « commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait » (Lc 24,27). Les chrétiens oublient ce cheminement du dessein divin lorsqu’ils considèrent que l’Ancien Testament est à mettre au placard, remplacé par le Nouveau. Sans l’Ancien Testament, il n’y en aurait jamais eu un Nouveau. Il est plus juste de dire que l’Ancienne Alliance a préparé la Nouvelle Alliance. La première était bâtie sur des promesses, la nouvelle sur la réalisation de ces promesses (He 11,39-40). La première mettait l’homme en devoir de reconnaître et honorer l’engagement de Dieu envers l’homme, la seconde voyait l’homme Jésus en charge de toute l’humanité réaliser la pleine communion avec Dieu. Que cet accomplissement, que cette nouvelle naissance, passerait par sa mort pour l’engendrement à la vie qu’il était venu chez les Onze pour la manifester.

3. Mais aussi que, dès lors, il appartiendrait aux Onze de l’attester. « C’est vous qui en êtes les témoins … Devant toutes les nations à commencer par Jérusalem. » C’est alors que ces hommes, « des gens quelconques » aux yeux des intellectuels de l’époque, sans ambition politique, sans ressources autres que l’Esprit de puissance promis par Jésus, s’en allèrent par toutes les routes romaines dire : « Jésus qui était mort, nous l’avons vu vivant ! » Il faut de l’audace, ne pas craindre le ridicule, ni la mort. On ne se laisse pas mettre à mort pour une histoire que l’on a inventée. Et pas qu’un seul. En commençant par Etienne, le premier, et Pierre et Paul pour ne citer que les plus illustres. S’ils l’ont fait, c’est parce qu’en le voyant vivant ce jour-là, ils ont compris que ce qu’ils avaient vécu avec lui n’était pas une histoire ordinaire d’un groupe d’amis ; que ce qu’ils avaient entendu de lui n’était pas paroles du moment qu’emporte le vent et qu’oublie la mémoire. Elles étaient paroles de vie pour le présent.

4. Ce qu’ont vécu les disciples nous concerne et nous interroge. Un sondage récent montrait que les chrétiens se droitisaient politiquement, alors que l’époque d’après guerre a vu fleurir les mouvements d’action catholique. Le pape François écrit dans son livre La joie de l’évangile : « Si quelque chose doit nous préoccuper, nous inquiéter, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus Christ, sans une communauté qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper, j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, … dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude d’affamés, et Jésus qui nous répète sans cesse : Donnez-leur vous-mêmes à manger » (p. 58). Ne pas le faire n’est-ce pas de la non-assistance à personne en danger ? Nous n’avons certes guère à craindre de mettre notre vie en danger. Mais se dire chrétien, dire le pourquoi de nos choix de vie de chrétiens engagés ne va plus de soi dans une société qui est indifférente à la chose religieuse. La foi chrétienne n’est pas une religion de l’attente mais de l’engagement. La peur du qu’en dira-t-on peut nous faire taire. Alors nous aurons reculé au moment où Jésus demandait à ses disciples : « Allez, enseignez toutes les nations ! »

Seigneur, tu nous demandes d’être acteurs, comme tes représentants, tes témoins. Devant tant de personnes qui ne savent pas pourquoi elles vivent. Surtout lorsque les épreuves de l’âge, de la maladie, du deuil sont à la porte et conduisent vers la plus grande désespérance. Toi qui as franchi les portes fermées du Cénacle, déverrouille notre parole, libère-nous de nos réticences à témoigner de toi par peur du qu’en dira-t-on, par indifférence, par manque d’enthousiasme. Donne-nous la joie de l’évangile.


Aloyse SCHAFF
as1932@gmail.com
 
(re)publié: 15/04/2018