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31e dimanche

1. Les rites mis en place dans les religions de l’histoire humaine avaient pour but la protection et l’aide des dieux concernés. Les sentiments qui les accompagnaient étaient de révérence prudente en même temps que de la crainte de leur colère. Le peuple juif, qui n’y échappait pas, eut révélation d’une autre relation, celle de l’attachement qui va jusqu’à l’amour. Elle éclate dans la prière dont nous avons entendu les premiers mots dans la première lecture, le « Shema Israël, Ecoute Israël », qui se poursuit ainsi : « Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. Que les paroles que Je t’adresse aujourd’hui soient sur ton cœur. Tu les enseigneras à tes fils, tu en parleras assis dans ta maison, en marchant sur le chemin, à ton coucher et à ton lever. Tu les attacheras en signe sur ta main et elles seront comme fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et à tes portes. »

2. Les dix commandements de la loi mosaïque, outre le rappel de cet impératif, énumèrent les comportements qu’exige son application : tu ne commettras pas d’homicide, ni d’adultère, tu ne le voleras pas, ne rendras pas un faux témoignage, ne convoiteras pas sa femme ni ses biens. Les prêtres de l’époque y en ont ajouté 613 autres prescriptions dont les deux tiers sont des interdictions. A part les plus pieux des croyants, comme les pharisiens, peu de gens pouvaient les appliquer. Jésus en était, pour preuve ses déclarations sur le sabbat, sur les dons au temple, sur le jeûne, sur la loi mosaïque. Etait-il encore un véritable israélite ? Ce pharisien, venu pour s’en assurer, lui pose la question : « Quel est le premier commandement ? » Jésus le rassure mais en ajoute un autre tout aussi important : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Par ailleurs il déclarera que tous les commandements sont dans inclus dans ces deux-là. Plus question d’un émiettement en d’innombrables interdictions, comme celles qu’énumère le livre du Deutéronome.

3. Cela va loin. Aimer Dieu et aimer son prochain, c’est tout un pour Jésus. Il n’y aurait donc pas l’amour de Dieu d’un côté et l’amour du prochain de l’autre. L’un obligatoire, l’autre à la discrétion de chacun. Le ciel à Dieu, la terre à l’homme. Jésus est venu nous dire, nous montrer que Dieu a fait de l’humanité sa demeure. « Il a planté sa tente parmi nous ! » « J’ai parcouru les bourgs et les places publiques, et je ne t’ai pas trouvé, parce que je cherchais en vain ce qui était en moi » écrira saint Augustin. Dès lors aimer Dieu ne peut se faire qu’en aimant le prochain. Sans ambiguïté aucune comme l’apôtre Jean l’écrira : « Celui qui prétend aimer Dieu et n’aime pas son prochain est un menteur ! » (1Jn 4,20) Paul en fera l’expérience sur la route de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4)Le récit du jugement dernier ne laisse aucun doute : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25,40)

4. Et nous voilà bien en peine. Certes nous avons des sentiments de grande bienveillance, de tendresse, d’amour pour nos proches et savons « accomplir de bonnes choses ». Mais comment aimer les autres lorsqu’ils se font si peu aimables, capables de faire souffrir pour tant de raisons. L’histoire des hommes est faite de plus de combats que de temps de paix. Ce prochain 11 novembre nous rappellera les souffrances sans limites imposées à des millions d’hommes par les décisions de superbe de quelques-uns. D’autres combats que l’on justifie souvent au nom de Dieu font toujours des victimes. Actuellement au Pakistan, des émeutes soulevées par un parti ultra islamiste ont obtenu de la justice qu’elle revienne en arrière alors qu’elle avait déclaré innocente Asia Bibi, cette chrétienne qui a passé 8 ans en prison pour un blasphème inexistant. Nous ne voyons pas comment nous pourrions avoir des sentiments de bienveillance pour eux. Certes sans être de ces extrémistes, nous sommes aussi tentés par des comportements éloignés du commandement de Jésus. C’est le moment de nous rappeler la nécessité de revenir sur nos pensées, nos comportements, de faire régulièrement un examen de conscience. La célébration eucharistique nous y appelle chaque fois. Il nous permettra de nous rendre compte que nous n’avons pas vu le Seigneur attendre dans nos relations avec le prochain un peu de ce qu’il nous donne. Pour nous rendre plus attentifs à ce que nous vivrons demain. Ne cessons pas de le prier de nous aider à ne pas nous laisser entrer en tentation. Amen.


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 04/11/2018