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1er dimanche de Carême

1. Matthieu, Marc et Luc racontent ce que l’on a appelé les tentations de Jésus. La version la plus courte, nous venons de l’entendre. Elle est bien différente des récits qu’en font Matthieu et Luc. Il n’est pas question ici de désert au sens habituel puisque ce lieu à l’écart est habité par des bêtes sauvages. Il n’est pas question de faim puisque les anges le servaient. On ne voit pas bien d’ailleurs comment une personne ne peut ni manger, ni boire quarante jours dans un désert total. Si Marc s’en tient à un récit tellement succinct, sans détails, sans images, il veut tout de même nous dire quelque chose.

2. Ce quelque chose se devine dans la discordance infinie des deux événements rapprochés que sont le baptême et la tentation. En effet, aussitôt le baptême achevé, celui, en qui Dieu venait de voir son Fils bien-aimé, est « poussé », le mot est fort, en ce endroit désert, lieu que l’on tenait pour être la demeure de Satan, le contradicteur de Dieu, pour être tenté par lui. Luc et Matthieu ont développé trois tentations pour mettre en lumière les choix de Jésus : le service plutôt que le pouvoir et l’intériorité au lieu du succès par la puissance. Le comment pour Marc est ailleurs. Tout de suite après ce récit, la mission de Jésus commence. On peut comprendre que l’Esprit a poussé Jésus dans le monde des hommes et des hommes ont été ses tentateurs. Jusqu’à la dernière heure, comme l’écrit Matthieu : « Les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient : il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même. Il est le roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui. Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant s’il l’aime. » Ce fut la dernière tentation reprise avec les mots entendus le jour du baptême pour les nier.

3. Aujourd’hui, sous le mot tentations, on voit la convoitise de la chair dans tous les sens du mot. Pourtant lorsque Jésus nous demande de prier le Père de ne pas nous laisser entrer en tentation, il ne pense qu’à la seule tentation qui importe à ses yeux, celle de ne pas croire en sa parole. Il a commencé sa mission avec cette seule demande que Marc vient de nous faire réentendre : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Et ce « Croyez » reviendra à vingt reprises dans l’évangile de saint Jean. Et ce « Pourquoi ne croyez-vous pas ? » que Jésus adresse à ses disciples montre combien il y attachait de l’importance.

4. Sommes-nous concernés par cette tentation, celle de ne pas croire ? Nous ne le pensons peut-être pas. Mais elle peut se faire très insidieuse et prendre bien des formes. En particulier celle-là même qu’avaient prononcée les chefs du temple au pied de la croix : Donne-nous des preuves. Cette exigence a hanté la conscience des chrétiens et fondé la conviction de ceux qui, n’ayant pas trouvé de réponse à cette demande, n’ont pas choisi de croire. Pourquoi croire sans avoir l’assurance de ne pas se tromper ? Comment croire sans être tentateur de Dieu ?

5. Origène, un Père de l’Église du 2e siècle, eut cette réponse apparemment surprenante : « Je crois parce que c’est absurde. » Il voulait dire que, faute de pouvoir l’expliquer, il n’avait que la foi, synonyme de confiance, pour recours. La confiance ne se prouve pas. Saint Augustin a écrit : « Crois d’abord, alors tu comprendras. » C’est à saint Bernard que nous devons la plus belle motivation, celle de l’amour, indépendamment de toute autre preuve : « Il y en a qui louent le Seigneur parce qu’il est puissant. Il y en a qui le louent parce qu’il est bon pour eux. Il y en a qui le louent simplement parce qu’il est bon… Celui qui aime Dieu n’a pas besoin de l’appât d’une récompense qui n’est pas Dieu lui-même. Autrement ce ne serait point Dieu qu’il aimerait, mais la récompense… Parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs, nous payons cet amour par l’amour. » il n’a as oublié que la foi sans les œuvres est une foi morte.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 21/02/2021