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14e dimanche

1. « Jésus est parti pour son pays » c’est-à-dire Nazareth. Ce jour-là est jour de sabbat et les hommes du village se rendent tous à la synagogue qui pourrait avoir été semblable à celle qu’on y montre encore aujourd’hui. Ils sont nombreux, nous dit l’évangéliste. Ils se connaissent tous. A l’époque, dans les synagogues, tout participant pouvait se lever pour lire et commenter un texte sacré. Jésus se lève donc, lit un texte d’Isaïe, précise Luc : « L’Esprit du Seigneur est sur moi » et le commente : « Aujourd’hui cette écriture est accomplie. » Se prendrait-il pour le Messie ? On se regarde, on s’étonne, on commente. « Comment peut-il parler ainsi, cet homme qui a vécu trente ans dans ce village, qui a joué enfant avec nous ; qui a été à l’école du rabbin avec nous pour apprendre à lire, à écrire ; qui est venu dans nos maisons comme charpentier avec son père, et dont on connaît bien aussi la mère, Marie, celle que toutes les femmes peuvent rencontrer tous les jours à la fontaine, située dans le haut du village, celle qu’on montre encore aujourd’hui. Il n’a jamais été à Jérusalem pour faire des études, à ce qu’on sache. Il n’est pas rabbin, ni docteur de la Loi puisqu’en plus il faut avoir 40 ans au moins. Il faut se préparer à ces responsabilités, faire des études, subir des examens, être reconnu par plus qualifié, être envoyé par les responsables. C’est toujours comme cela que cela se passe et quel désordre si chacun se mettait à faire ce à quoi il n’a pas été préparé. Il avait appris le métier de charpentier… charpentier il devait rester ! Et il n’y avait pas de raison que cela change. Et puis vous comprendrez, nous disent-ils, qu’on peut craindre que tout le village ne devienne la risée de tout le pays. Il a perdu la tête, ce fou de Nazareth, dira-t-on partout. Alors vous comprendrez qu’il ne peut rester ici et puisqu’on ne peut l’enfermer, il faut qu’il parte. Comprenez-nous. N’en auriez-vous pas fait autant ? » L’évangéliste Luc ajoute qu’on le chassa du village sans ménagement. « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » dira Jésus un peu amèrement en quittant son village. « Nul n’est prophète en son pays » est devenu un proverbe tant il s’est vérifié dans de nombreuses situations. Renvoyé de chez lui, comme un présage du jour où les chefs du Temple se débarrasseront de lui, à jamais, penseront-ils. « Et les siens ne l’ont pas reçu » écrira plus tard Jean.

2. Jésus, quel étrange chemin as-tu choisi là ! Trente ans pour devenir un homme comme tout le monde, trente années nécessaires pour apprendre la difficile existence humaine. Pour devenir tellement l’un de nous. Sans te faire remarquer. Aujourd’hui les jeunes prodiges sont très vite reconnus et adulés. Pas toi. Mais enfin c’était prévu que tu ne pouvais cacher indéfiniment que tu étais envoyé par le Père ! Tu vivrais avec nous, selon nos habitudes, nos manières mais tu ne pouvais pas indéfiniment taire ce que tu devais dire de la part du Père. Il fallait bien qu’à un moment l’immortel jaillisse à travers l’écorce mortelle, que le divin éclate au cœur de l’humain. Que le Fils parle et agisse comme son Père le lui avait demandé. Voilà ce que ceux qui disent te connaître le mieux ne peuvent accepter parce que tu étais trop comme tout le monde. Cela a commencé dans cette synagogue de Nazareth ce jour-là et ne cessera plus. Des livres ont été écrits pour dire que toute cette histoire de Jésus, sa qualité de Messie, de Fils de Dieu est affabulation fondée sur la crédulité humaine. Certes on admet qu’il a vécu et qu’il fut un sage remarqué. Mais on trouve facilement des arguments pour montrer que tout le reste est pure fiction.

3. Nous sommes de ceux qui, contre toute apparence, avons donné foi à cet homme. Comme les douze des débuts. Eux, au moins, l’ont revu vivant. Pas nous. Comme pour nous signifier que la pure confiance doit se défaire de toute prétention à vouloir vérifier, prouver. On essaye bien pourtant, lorsqu’on le prie avec Marie, avec tous les saints qui l’ont suivi, pour obtenir une guérison, une réussite. Lorsque que cela marche, on se demande tout de même, et d’autres nous le diront, si tel n’est pas le résultat du progrès de nos sciences. Lorsque cela ne marche pas, on se demande pourquoi et il peut se faire qu’on cesse de te faire confiance. Dans la seconde lecture, Paul nous livre son expérience : « Les révélations que j’ai reçues sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde. Par trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : “Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse”. » Il a bien écrit : « Pour m’empêcher de me surestimer. » Voilà bien le danger que nous courons en exigeant que nos prières et avec elles toute notre foi nous certifient que nous avons raison de croire. Mais il ne peut y avoir de raison autre que la confiance, à l’image de celle d’un petit enfant envers ses parents. Nous avons raison de prier mais n’avons pas raison de douter si notre prière n’a pas le résultat escompté. La prière n’est pas un bon de commande mais un dialogue. « Ce qui te préoccupe, Dieu s’en occupe », disait frère Roger, de Taizé. La prière ne sera pas forcément exaucée comme nous l’attendions, mais Dieu viendra accompagner le fidèle dans cette épreuve, dans cette demande, dans cette attente. Il purifie notre impatience, transforme nos besoins immédiats en désir profond. « C’est fou ce que mes idées changent lorsque je prie », disait Bernanos. « Voilà l’efficacité de la prière : elle fait entrer l’homme dans le plan de Dieu. » (Christophe Henning sur croire.la-croix.com, recherche : efficacité de la prière). La prière comme un dialogue avec Dieu à ne pas arrêter, comme nous y invite l’apôtre Paul : « Soyez toujours dans la joie. Priez sans cesse. Rendez grâce en toutes circonstances, car c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. » (1Th 5, 16-18). Les formules traditionnelles peuvent nous y aider, mais le dialogue n’a pas besoin de paroles.


Seigneur, on n’a pas voulu de toi naguère
On ne veut toujours pas de toi à notre ère
C’est que les hommes sont ainsi faits
Ils veulent la santé, la prospérité et le bonheur
Mais ils veulent en trouver eux-mêmes le chemin
Et la forme et la couleur de leurs rêves
Qui pourtant s’évanouissent au petit matin

Et pourtant tu avais le cœur si lourd d’amour
Et tellement envie de dire le penchement du Père
Vers ses enfants et sa longue patience pour leur retour
Vers la maison dont tu leur montrais le chemin

Donne-moi, Seigneur, de toujours me sentir près toi.
Et quand j’ai de la peine et que je suis bien las
Et que l’épreuve arrive et que la santé s’en va
Rappelle-moi comme il te plaira,
Que tu es toujours là.

Et mon cœur deviendra moins lourd
Et mes pensées moins sombres.
Et je dirai à toutes mes rencontres :
Voyez, je n’ai plus peur
Parce que le Seigneur est avec moi.


Aloyse SCHAFF
as1932@gmail.com
 
(re)publié: 08/07/2018