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Homélies

10e dimanche - « Ils te cherchent »

1. Il y eut de la tension dans l’air ce jour que nous raconte l’évangéliste Marc. D’une part des foules accourent vers Jésus « si bien qu’il n’était même pas possible de manger ». D’autre part le comportement des gens de son village, de sa famille qui « vinrent pour se saisir de lui », car affirmaient-ils : « Il a perdu la tête. » On peut les comprendre. Jésus a trente ans environ. Il a vécu une vie des plus ordinaires comme charpentier, constructeur de ces maisons aux toits de chaume, aux murs semblables à ceux qu’on trouve encore en Afrique, en pisé. Un homme des plus ordinaires avec qui on discutait de choses et d’autres. Il avait joué avec les enfants de son âge, avait été initié à la foi et aux pratiques de ses ancêtres, avait certainement discuté du prix de son travail et de ce fait n’était pas un pauvre. Rien donc ne semble le distinguer de n’importe qui. Du moins les évangélistes n’en disent rien. Jusqu’au jour qui le voit quitter Nazareth et s’en aller là-bas, à 50 km au nord du lac, non loin de Capharnaüm à la réputation païenne connue. Oui, on peut les comprendre. Il faut qu’il rentre à la maison, il a perdu la tête et il y va de l’honneur de la famille. D’autant plus que les scribes, docteurs de la Loi, venus tout exprès de Jérusalem, l’ont déjà condamné, traité de démoniaque. Si nous avions été là, n’aurions-nous pas pensé comme eux ?

2. Jésus s’explique. Il ne peut pas combattre le mal en se mettant du côté du Malin. L’évangile rapporte de nombreuses guérisons mais aussi ce qu’on appelait des « expulsions de démons ». A l’époque toute maladie du genre épileptique ou neurologique était considérée comme l’œuvre du malin. Chasser le démon d’un corps comme chasser la maladie d’un corps c’est combattre l’auteur réputé responsable du mal. Ce sont les premiers gestes de Jésus. Ils lui attirent des foules. Aujourd’hui l’emprise totalitaire des médicaments ou le recours effréné à des gourous ou des voyantes toujours plus nombreux disent combien notre époque ressemble à celle du temps de Jésus. La recherche du bien-être est toujours prioritaire. S’il venait sur une place de nos villages un homme réputé guérir malades et déficients mentaux, le bouche à oreille et plus encore les réseaux sociaux ne mettraient guère de temps pour le faire savoir et attirer de toutes parts des foules. Cependant Jésus n’a jamais voulu qu’on le prenne pour un guérisseur, un faiseur de miracles et s’en est défendu en interdisant de lui faire de la publicité. Ces gestes de guérison, il les a accomplis pour une autre guérison que celle du corps, une guérison de l’âme, cette entité que le dictionnaire ne sait pas définir et que les religions conçoivent comme un quelque chose de Dieu, un lieu et un espace sans dimensions dans lequel l’homme peut communiquer avec un ailleurs que lui-même, par celui que Jésus nomme l’Esprit Saint.

3. Pour que ce dialogue puisse se faire il faut entrer dans le cercle des disciples, de ceux qui prêtent une oreille attentive à ce qu’il dit. Ils sont à l’extérieur, ceux qui cherchent à le dissuader et le faire rentrer chez lui comme ces membres de la famille dont sa mère qui s’est inquiétée sans doute de voir son fils accaparé par les foules en même temps que condamné par les responsables de sa religion. « Ils te cherchent ! », ceux du dehors. Mais Jésus reste avec ceux du dedans, ceux qui sont assis là, « en cercle, autour de lui » pour l’écouter et l’entendre leur parler de « la volonté de Dieu ».

4. S’il n’est rien dit ici de ce que signifie « faire la volonté de Dieu », Jésus n’a cessé d’en parler. Plus de 20 fois il en est dit quelque chose dans les écrits apostoliques. Jésus nous demande d’en intégrer le souhait dans notre prière : « Que ta volonté soit faite sur terre comme elle est au ciel. » Si Dieu peut tout, comme créer le ciel et la terre, il a laissé à l’homme la liberté de faire ce que bon lui semblait et qui bien sûr pouvait ne pas correspondre à ce que Dieu voulait pour lui. Les hommes - et c’est normal, naturel - veulent choisir leurs cheminements, faire leurs expériences. Mais ne relevant que de l’homme, ces choix ne peuvent l’amener au-delà de ce qu’il peut imaginer. Le « projet » de Dieu pour l’homme, son idée, son dessein, pas si faciles à connaître pour l’homme pris par tant d’intérêts, de pulsions. Jésus se présente pour dire en quoi il consiste, pour montrer le “comment faire”. Il marche devant pour ne pas nous égarer et ne pas nous leurrer : « Ce n’est pas ceux qui disent “Seigneur, Seigneur” qui entreront dans le royaume des cieux mais ceux qui font la volonté de mon Père. »

5. Pierre a superbement condensé l’histoire de la vie de Jésus : « Il est passé en faisant le bien. » Il nous le rappelle dans sa lettre : « C’est la volonté de Dieu qu’en faisant le bien vous réduisiez au silence l’ignorance des insensés » (1P 2,15). Paul ne dira rien d’autre aux chrétiens de Rome : « Je vous invite donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Ce sera là de votre part un culte spirituel. Ne vous laissez pas modeler par le monde actuel, mais laissez-vous transformer par le renouvellement de votre pensée, pour pouvoir discerner la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (Rm 12, 1-2). Pour qu’il soit ainsi redisons la prière du psalmiste : « Seigneur, enseigne-moi ta volonté » (Ps 118, 26).


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 10/06/2018