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Année B

7e dim. de Pâques (13/5) : Commentaire

Ce dimanche peut être appelé le dimanche de la prière. Il se situe dans la période où les apôtres, sur l’ordre de Jésus, attendirent, du jour de l’Ascension à la Pentecôte, la venue de l’Esprit Saint, en étant fidèles à la prière, avec Marie, Mère de Jésus. Mais c’est surtout le Christ priant que nous écoutons aujourd’hui dans sa grande et longue prière, appelée la prière sacerdotale (évangile). La première lecture nous montre les apôtres priant au cénacle pour que Dieu leur indique le remplaçant de Judas, tandis que la deuxième lecture nous invite à demeurer en Dieu qui nous fait part de son Esprit.

Passons ces neuf jours entre l’Ascension et la Pentecôte (qui sont à l’origine de la coutume populaire des neuvaines) dans une prière plus intense et l’invocation de l’Esprit de Jésus.

Première lecture : Ac 1,15-17,20a,20c-26

En ces jours-là, entre l’Ascension et la venue de l’Esprit, le jour de Pentecôte, les frères (voyez le mot affectueux, hélas, galvaudé dans le « mes bien chers frères ») étaient réunis au nombre d’environ 120 : un groupe plus important s’est donc reformé autour des Onze. Pierre, (dont la première partie des Actes aime relever le rôle particulier), propose de choisir un remplaçant de Judas. Il interprète pour cela, assez librement d’ailleurs, des extraits de psaumes et les applique au traître, à son châtiment et à son remplaçant.

Significative est la qualité requise : il doit être de ceux qui nous ont accompagnés durant tout le temps où Jésus a vécu parmi nous, et, surtout, il doit être témoin de sa résurrection, parce que la résurrection est le noyau du message.

L’assemblée (hiérarchie et assemblée sont souvent associées dans les Actes) en présente deux. Elle prie Dieu de montrer lui-même lequel il a choisi. Selon une coutume alors fréquente, ils tirent au sort - on n’ose décider soi-même - et le sort tombe sur Matthias (à ne pas confondre avec l’apôtre et évangéliste Matthieu).

Le mot apôtre, encore utilisé ailleurs pour d’autres, (ainsi Paul en fait usage pour lui-même) est ici restreint aux Douze. Les Douze ne seront pourtant pas remplacés eux-mêmes ; pour la simple raison qu’on ne pourra plus, dans la deuxième génération chrétienne, disposer de témoins directs de la résurrection.

Retenons de ce récit - l’importance donnée à la résurrection de Jésus - la saine collaboration hiérarchie-assemblée - la prière pour mieux se mettre sous l’agir de Dieu.

Psaume : Ps 102

Hymne au Dieu Amour.

Bénis, ô mon âme, ô communauté pascale, bénis le Seigneur Jésus qui a mis son trône dans les deux ; il est élevé à la droite du Père. Il prend soin de nous, il intercède pour nous. N’oublie aucun de ses bienfaits. Son amour est fort.

Aie confiance, abandonne-toi à cet amour, ô mon âme.

Deuxième lecture : 1 Jn 4,11-16

Voici un des sommets de la lettre. C’est le chant de l’amour. Les mots amour, aimer et leur équivalent demeurer reviennent sept fois. Ce chant passe incessamment de l’Amour qui est en Dieu à notre amour pour lui et au « aimons-nous les uns les autres ».

Puisque Dieu nous a tant aimés. Tout part de là. Un enfant qui n’a pas été aimé aura du mal à aimer à son tour, il sera volontiers agressif, destructeur. Puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aimer les uns les autres. Aimer tout le monde ce n’est aimer personne. Les uns les autres suggère ceux avec qui nous avons quelque lien, notre partenaire, notre collègue, notre voisin... Jean pense surtout aux petites communautés chrétiennes alors menacées de division.

Pour Jean s’aimer ainsi c’est le moyen d’avoir la foi, une vraie relation avec Dieu. Ne cherchons pas à rejoindre Dieu par des visions, à le démonter en pièces détachées avec de savantes spéculations. Dieu, on ne l’a jamais vu. Mais, si nous nous aimons les uns les autres. Dieu demeure en nous. Le chemin le plus direct pour aller vers Dieu, que dis-je, pour le faire demeurer en nous, c’est l’autre. Son amour atteint alors en nous sa perfection. Non que nous devenions parfaits : du moins, malgré les bavures, l’amour est authentique, tandis que le savoir, le bagage religieux ne garantissent pas encore un amour vrai.

Des frères le regard se porte sur Le frère par excellence. Tenez au Christ, insiste Jean. Ne le réduisez pas à homme, fût-il extraordinaire. Il est plus : Nous qui avons vu le Christ, nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Si vous ne voyez en Jésus qu’un révolutionnaire ou un sage, si vous ne proclamez pas que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu ne demeure pas en vous. Que votre foi soit entière, sans réduction. Alors Jean, sublime, de s’écrier : Dieu est Amour ! Il n’a pas l’amour. Il est amour en personne. Cela, nous ne pouvons le saisir de nous-mêmes : c’est l’Esprit qui nous ouvre les yeux du coeur, son Esprit auquel il nous donne part.

A quelques jours de la Pentecôte, intensifions notre prière, disons : Envoie ton Esprit ! Viens, Esprit de sainteté pour que Dieu demeurée », nous et que l’amour atteigne en nous sa perfection.

Evangile : Jn 17,11b-19

En ce dimanche entre l’Ascension et la Pentecôte, nous lisons des extraits de la grande prière de Jésus, dite sacerdotale, bien à sa place en ce temps de prière plus intense.

Cette prière est répartie sur les trois années au cycle. En cette année B, nous lisons la partie centrale où Jésus, après avoir prié pour sa propre glorification (sa résurrection), prie pour ses disciples.

Ne nous imaginons pas l’un des apôtres sténographiant les paroles de Jésus dans un coin du cénacle ; ils étaient trop saisis par l’événement pour y penser. Quand Jean écrit, quelques soixante ans plus tard, il ne se rappelle évidemment plus le mot à mot, mais les idées-force il ne les a pas oubliées. Surtout il les remédite en fonction des problèmes de sa communauté, il transpose, il interprète. C’est bien ce qu’il nous faut faire nous-mêmes, si nous voulons tirer profit du texte sacré.

La page est introduite par un mot clé : Père saint. Toi le Saint, toi qui es le tout autre, toi qui ne connais pas de compromission avec le Mal, fais que mes disciples soient saints de cette façon-là ; qu’ils soient « différents », qu’ils ne vivent pas comme tout le monde. Père, garde-les dans la fidélité. On devine déjà un des problèmes qui menace le groupe : l’usure, le relâchement après l’enthousiasme des débuts, et que nous connaissons bien. Garde-les dans la fidélité à ton nom, à toi, dans la fidélité à la foi entière.

Pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes sommes un. Autre inquiétude de Jésus pour sa communauté : la désunion, les scissions. Jésus prie pour que notre communauté vive l’unité de Dieu-même !

Quand j’étais avec eux, pendant les trois années de vie commune extraordinaire, je les gardais, je les protégeais, ils ne risquaient rien, j’ai veillé sur eux. Maintenant que je les quitte, que je viens à toi, le danger de les voir lâcher est grand. Et je parle, je prie ainsi pour qu’ils aient en eux ma joie. C’est la joie de son union au Père, sans réticence et sans ombre. Qu’ils soient fidèles et, partant, comblés de cette joie de Dieu-même.

Mais il n’y a pas que les dangers du relâchement et de la désunion, il y a celui de la persécution : le monde les a pris en haine. Après tout, c’est normal. Ils ne sont pas du monde. Un chrétien convaincu étonne. Parce qu’il vit autrement. Il dérange, et les gens n’aiment pas ça. Il devient même dangereux lorsqu’il touche aux intérêts, lorsqu’il dénonce les injustices installées, le pouvoir absolu.

Je ne demande pas, Père, que tu les retires du monde. Pas de christianisme de sacristie. Bien au contraire, je les ai envoyés dans le monde, en plein dedans.

Seulement, je te prie : Garde-les du Mauvais, de ce monde du mal que Jésus personnifie dans le Mauvais. Tout seuls ils ne tiendraient pas le coup. Jésus prie pour que nous soyons pour Dieu dans un monde sans Dieu.

Garde-les. Fortement, d’une façon stable : Consacre-les. Mot-clé qui fait penser à la consécration du pain et du vin. Change-les, mets-les à part, transforme-les ; qu’ils t’appartiennent sans réticence, sans porte de sortie. Consacre-les dans la vérité, mot qu’on peut aussi traduire par fidélité.

Et pour eux je me consacre moi-même, je vais être changé, je vais passer entièrement en toi par la résurrection - afin qu’ils soient eux aussi consacrés ; entièrement, fidèlement à toi, et, un jour, ressuscités, comme moi, dans la gloire.

Ardente prière de sollicitude ! Le Christ sait que les tentations vont venir, la joie pascale sera mise à l’épreuve, il y aura des abandons... Alors, il prie. Il prie toujours, intercédant pour nous sans cesse (He 7,25). Et le Père veille, l’Esprit nous protège.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 13/03/2018