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Année B

6e dim. de Pâques (6/5) : Commentaire

Ce dimanche précède immédiatement la fête de l’Ascension. C’est donc sur les adieux du Christ que se fixe la liturgie. Et c’est dans le discours d’adieu que nous méditons le Christ pascal. Il nous donne ses dernières recommandations, il nous envoie porter du fruit (évangile).

En même temps la communauté chrétienne va prendre de l’importance, maintenant qu’elle va être privée de la présence visible de son Maître. Jean a le souci de la souder fortement dans l’amour (deuxième lecture), tandis que Pierre lui fait ouvrir grandement les portes. Il brise l’étroit carcan juif en baptisant le premier païen. C’est la Pâque du Christ en marche (première lecture).

Première lecture : Ac 10,25-26.34-35.44-48

L’officier romain Corneille fait venir Pierre qui, peu avant, avait eu une vision étrange (Ac 10,1-23). Quand Pierre arrive, Corneille le prend pour un demi-dieu et se prosterne. Pierre s’écrie : En vérité, maintenant je comprends la vision : l’Evangile n’est pas réservé aux Juifs, Dieu ne fait pas de différence, il accueille les hommes, quelle que soit leur race. Pour fortifier Pierre dans son geste audacieux, l’Esprit lui-même se manifeste en Corneille par des signes charismatiques, au point que les compagnons de Pierre, des Juifs croyants (convertis à Jésus) n’oseront pas empêcher celui-ci de les faire baptiser. Un premier pas est fait dans la direction des païens, si révolutionnaire que Pierre devra s’en justifier devant la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem qui, à son tour, s’inclinera : c’est l’oeuvre de l’Esprit Saint (Ac 11).

Aujourd’hui, comme alors, un mur est dressé entre les chrétiens et la foule des non-croyants. L’Esprit, comme alors, nous pousse à renverser ces murs, à faire des gestes audacieux, même si beaucoup en sont stupéfaits. L’Esprit du Ressuscité fait l’Eglise audacieuse.

Psaume : Ps 97

Hymne à Yahvé, Sauveur.

Chantons au Seigneur un chant nouveau, le chant de la nouveauté du Christ pascal. La merveille, plus grande que celle de l’Ancien Testament, c’est sa victoire en Jésus. En lui, sa justice (son plan d’amour) est révélée. C’est en Jésus que les promesses à la maison d’Israël sont réalisées.

Que le nouvel Israël, l’Eglise, notre communauté, chante donc le Seigneur, l’acclame avec la terre entière. Chantons-le car, s’il a été bon pour Israël, pour nos communautés chrétiennes de l’Occident, il a aussi révélé sa justice à toutes les nations, aux jeunes Eglises d’Outre-mer, aux hommes et femmes qui cherchent et dont l’officier Corneille est le représentant. Désormais, la victoire pascale du Christ se verra sur toute l’étendue de la terre.

Deuxième lecture : 1 Jn 4,7-10

Un texte à méditer, à prier, oui. Mais surtout à vivre. Nous voulons avoir la vraie foi ? Alors, commençons par nous aimer les uns les autres, et nous serons en plein dedans, puisque l’amour vient de Dieu. Pas de théories. Tous ceux qui aiment Dieu et leurs frères sont enfants de Dieu. C’est divinement simple. Et ils connaissent (expérimentent) Dieu. Celui, fût-il savant théologien, qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu. C’est un savoir à côté.

Car Dieu est amour. Il n’a pas l’amour, fût-il le plus incandescent. Il l’est. L’amour en personne.

Et voici comment Dieu a manifesté de la façon la plus éclatante, son amour pour nous : Il a envoyé son Fils unique dans le monde, parmi nous, en plein, au milieu de nos refus. A ces refus le Fils a opposé un oui amoureux, il est la victime offerte pour nos péchés (par sa mort), pour que nous vivions par lui (par sa résurrection). Par la Pâque de Jésus, par sa mort et sa résurrection. Dieu s’est vraiment manifesté.

Dieu ne pouvait faire mieux, ni nous aimer davantage. Pâques, c’est le sommet. En réponse, lire des livres de spiritualité, faire des réunions, organiser, tout cela est bon. Mais s’il manquait l’essentiel : aimer ?

Une page de feu. Dieu est l’amour en personne. Dieu est amour « hors de lui » en envoyant son Fils. Soyons amour.

C’est sur le fait que ce n’est pas nous qui avons d’abord aimé Dieu (c’est lui qui nous a aimés le premier), que se base la coutume de baptiser les petits enfants, (chez les orientaux, aussi, de leur donner la sainte communion) : ils ont déjà le droit de recevoir le signe de l’amour, puisqu’ils sont déjà aimés de Dieu. Les conditions favorables pour l’accroissement de cet amour en eux étant évidemment garanties. Ce n’est pas davantage l’adulte qui mérite le baptême, tout au plus acceptera-t-il, en adulte, l’amour déjà donné.

Evangile : Jn 15,9-17

Le premier verset, rapporté du début des adieux (Jn 13,1) situe les paroles de Jésus : Avant dépasser de ce monde à son Père. Ce « passer » évoque la Pâque (mot qui veut dire passage) du Christ. Le texte est donc éminemment pascal. Mais ce que nous avions lu dans la tristesse des adieux, voici que le Christ de gloire nous le redit dans une étonnante lumière.

Jean, le réaliste mystique, se découvre ici dans une page qui fait penser à une mer dont les vagues viendraient frapper notre cœur, déferlant sur lui pour le plonger dans des profondeurs inouïes (comme le Père m’a aimé, je vous aime) et aussitôt, nous ramener sur la plage prosaïque de nos monotones devoirs, (soyez fidèles à mes commandements).

Nous comprenons mieux ce passage sublime si nous gardons en mémoire le mouvement de fond : Le Père aime le Fils —> Le Fils nous aime en nous communiquant l’amour du Père —> Cet amour nous pousse à nous aimer les uns les autres —> Il nous conduit à aimer le Père de l’amour même dont l’aime le Fils.

Comme mon père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Ce ’comme’ n’est pas seulement comparatif, il est aussi causal : le même amour dont le Père aime Jésus passe par Jésus dans les disciples. Qui oserait imaginer une telle union, « communion », si Jésus lui-même ne l’avait dit !

L’expression demeurer dans l’amour est typique chez Jean ; elle suggère un échange profond, intime, durable au-delà des périodes de joie sensible. Cette intimité perdure dans la sécheresse et la nuit de la foi, pourvu que ces dernières ne deviennent pas indifférence.

Amour qui est tout autre chose qu’un petit chaud au cour. Il doit se vivre dans les faits : si vous êtes fidèles à mes commandements, ce qui n’a rien de légaliste, nous dirions aujourd’hui : être fidèle à l’Evangile, aux appels intérieurs. Ainsi Jésus a-t-il lui-même gardé les commandements de son Père, lui le OUI au Père (2 Co 1,19 ; Ap 3,14).

Qui le réalise - un peu - sent une joie indicible remplir son cœur, la joie même de Jésus, pour que ma joie soit en vous, sa joie d’aimer le Père et d’être aimé de lui. A quelles profondeurs Jean ne nous conduit-il pas !

Puis, de cette communion avec le Père, la méditation passe à la communion entre les fidèles. Aimez-vous les uns les autres. Jésus en fait un commandement, mon commandement, dit-il. Ce « mon » ne contredit pas mes commandements dont il vient d’être question. Amour de Dieu et amour du frère se tiennent, l’un est semblable à l’autre (Mt 22,39).

C’est un amour au-delà du sentiment. Aimez-vous comme je ai vous aimés, de l’amour que le Père a pour moi et que j’ai pour lui. C’est autre chose que le bon copinage. C’est l’oubli de soi jusqu’à la radicalité : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

La méditation revient alors sur l’intimité entre le Christ et ses disciples ; il ne veut plus avec eux de relations de maître à serviteur (ce sont des relations de domination - soumission, sans confidence : le serviteur ignore) ; il les appelle, il les fait ses amis. Il leur fait connaître, expérimenter tout ce qu’il a appris du Père. Est-ce possible ? Oui, puisque Jésus est la « Parole du Père », son Verbe, son expression même.

C’est grâce, pure grâce. Quel homme pourrait y prétendre ? Ce n’est pas vous, c’est moi qui vous ai choisis. Il n’y a qu’à faire action de grâce sans s’enorgueillir de ce choix, ni s’y reposer béatement : je vous ai établis afin que vous portiez du fruit. Ainsi unis à moi, en mon nom (en moi), mon Père vous accordera tout ce que vous demanderez, car vous ne demanderez plus des futilités, ni des avantages passagers, mais seulement ce qui correspond à l’amour.

Cette page sublime nous fait un peu deviner ce qu’est la grâce, trop souvent chosifiée en « vertu surnaturelle ». La grâce est ici personnalisée, c’est le Christ qui nous communique l’amour du Père. Cet amour est gratuit : grâce. Il conduit à l’action de grâce.

Page admirable qui nous rappelle l’essentiel : le lien affectueux entre Jésus et nous et, par Jésus, avec le Père. L’Eglise est amour avant d’être organisation. Les saints, eux, l’ont le mieux compris, mieux que tant de prêtres, de laïcs qui planifient, organisent, luttent, fonctionnent...

Page merveilleuse qui nous invite à nous émerveiller. Nous ne savons pas assez les beautés de notre foi, et nous les expérimentons encore moins. « Que vous soyez comblés de joie ! »


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 06/03/2018