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Année B

5e dim. ordinaire (4/2) : Commentaire

Nous sommes accablés par la tristesse et les déceptions de la vie (première lecture). Christ vient, en cette messe, nous guérir de nos fièvres, de nos démons (évangile). Ayant rencontré le Christ dans l’eucharistie, nous pourrons alors le donner à nos frères et sœurs - leur communiquer ce que nous avons expérimenté (deuxième lecture).

Première lecture : Jb 7,1-4.6-7

En préparation à l’évangile qui raconte comment Jésus « guérit toutes sortes de malades et chassa beaucoup d’esprits mauvais », nous lisons un cri du grand malade, éprouvé s’il en fut, Job : Je ne compte que des nuits de souffrance. Il voit arriver la mort et compare ce jour à une navette de tisserand qui n’a plus de fil. Quand pourrai-je me lever ? Prière presque désespérée. Pourtant Job ne se renferme pas sur lui-même, il continue de parler a Dieu : Souviens-toi, Seigneur.

Quel malade grave ne se reconnaît dans ce cri ! Jésus l’entendra, lui qui fera « lever » la belle-mère de Simon (évangile), signe du grand « lever » de la résurrection.

Psaume : Ps 146

Avec Job qui a été entendu, faisons action de grâce. Le Christ ne nous a-t-il pas fait « lever » par le baptême. Ne nous a-t-il pas « re-levés » par son pardon ?

Aussi, fêtons Dieu, chantons sa louange, car il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures. Entonnons, pendant cette assemblée, l’action de grâce ; jouons pour Dieu sur la cithare !

Deuxième lecture : 1 Co 9, 16-19.22-23

Si j’annonçais l’Evangile de ma propre initiative, dit Paul, si je le faisais de moi-même, je recevrais - à la rigueur - une récompense du Seigneur. Mais je n’ai aucun mérite, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi, c’est une charge que Dieu m’a confiée et dont je m’acquitte tout simplement. Alors, pourquoi recevrai-je une récompense ? Evangéliser sans y chercher de profit est aussi naturel à Paul que le dévouement désintéressé envers les siens est naturel à une maman.

D’ailleurs, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! Ce qui compte pour moi c’est d’être le serviteur de tous, afin de gagner à la foi le plus grand nombre possible. Je me suis fait tout à tous. Tout cela à cause de l’Evangile qui m’a pris entièrement.

Ah ! que je sois pris, saisi par l’Evangile ! Poussé à le crier par toute ma vie, sans y chercher quelque avantage. Malheur à moi (à moi laïc, prêtre, chacun à sa manière) si je n’annonçais pas l’Evangile !

Chacun à sa manière. Bien parler n’est pas encore évangéliser. On peut être mauvais orateur, timide à ne pas ouvrir la bouche, et cependant crier l’Evangile par la conviction, l’exemple...

Evangile : Mc 1,29-39

Le récit de dimanche dernier et celui-ci nous donnent, ensemble, un aperçu de ce que l’on pourrait appeler une journée de Jésus, une journée type, les vingt-quatre heures de son emploi du temps.

La journée avait commencé à la synagogue où Jésus a prêché avec autorité et a guéri un possédé (voir dimanche dernier). Le voici quittant la synagogue accompagné de Jacques et de Jean. Il alla chez Simon (Pierre) et son frère André. Ces “quatre grands” sont toujours nommés en premier lieu dans les listes d’apôtres, témoins privilégiés de la vie du Christ.

La belle-mère de Simon est malade. Pierre était donc marié ; son mariage ne l’a pas empêché de devenir le premier des apôtres ; il est même possible qu’il ait emmené son épouse dans les voyages missionnaires (1Co 9,5). L’amour conjugal vrai n’est jamais un concurrent à l’amour du Christ. Il n’y a pas d’incompatibilité entre le sacerdoce et le mariage. Il y a, dans l’Eglise latine, une tradition d’exigence. Les circonstances pousseront un jour à la faire évoluer ; il ne faudrait pas la balayer d’un revers de main.

La belle-mère était au lit avec de la fièvre ; ce n’est pas une petite grippe, c’est une de ces fièvres dangereuses des pays chauds ; elle est, sérieusement une malade. Aussitôt, sans plus attendre, on en parle à Jésus. Il la prit par la main et la fit lever. Pas d’abracadabra. Les miracles du Christ sont toujours discrets, sa puissance n’a pas besoin de cabalistique. Il est significatif que Marc utilise le mot lever volontiers utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner la résurrection. Le geste du Christ laisse donc deviner autre chose qu’une simple guérison ; celle-ci n’est que le signe de la grande guérison que le Christ veut réaliser pour l’humanité, quand il se “lèvera” lui-même de la mort. Cette fièvre, dit encore saint Ambroise en bon latin pratique, c’est notre avarice, notre envie, notre orgueil... dont Jésus veut nous guérir.

Petit détail qui a son importance : la belle-mère guérie les servait. Une fois retrouvée notre vigueur par la guérison spirituelle, mettons-nous à servir.

Après le coucher du soleil, le sabbat terminé - on peut donc porter à nouveau des fardeaux - on emmène à Jésus tous les malades de la petite ville (le mot tous veut souvent dire beaucoup) et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. Imaginez la scène quand la ville entière se presse à la porte !

Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus interrompit son sommeil. Il sortit dans un endroit désert et là il priait. S’il a travaillé jusque dans la nuit, il a un autre travail, tout aussi important : le dialogue avec son Père. Présenter la prière comme un ressourcement pour l’action, c’est trop peu. La prière est action au plus haut point, comme le temps passé ensemble à dialoguer est le sommet des activités d’un couple, une occupation dont aucune autre ne saurait le dispenser.

Pour bien prier, il faut sortir de ses occupations habituelles, aller, comme Jésus, dans un endroit désert. Point n’est besoin de prendre l’avion pour le Sahara ; à chacun de trouver son désert : chambre isolée, église silencieuse - et jusqu’à l’autobus où l’on peut s’isoler au milieu du tintamarre.

Voilà que les compagnons... et tout le monde le cherchent pour profiter encore de son pouvoir extraordinaire. Jésus ne se dérobe pas, il laisse la prière quand il sent un nouvel appel. A son exemple il nous faut parfois, souvent quitter Dieu pour le retrouver dans nos frères. Mais Jésus ne veut pas se fixer dans cette ville. Il doit aller ailleurs, proclamer la Bonne Nouvelle. Il n’est pas un guérisseur, un dépanneur ; il est prophète de la Bonne Nouvelle.

Une journée du Christ. Un tableau brossé par Marc sur le vif. Mais, au-delà de cet ordre du jour, Marc nous montre un Jésus puissant en paroles et en actes, maître du sabbat, maître de la maladie et des esprits mauvais ; un Jésus qui dialogue avec le Père. Déjà, malgré l’interdit de parler, les faits proclament qui il était.

 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 04/12/2017