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Année B

5e dim. de Pâques (29/4) : Commentaire

Après les dimanches où le Christ « habitue » ses disciples à sa résurrection, voici deux dimanches des adieux. L’Ascension n’est plus loin. Le Christ donne à ses apôtres ses dernières recommandations et les assure de sa présence dans l’Esprit Saint. L’évangile est tiré du grand et émouvant discours des adieux.

Mais déjà la jeune Eglise essaie ses ailes en milieu païen. Apparaît celui qui sera le puissant et génial missionnaire de l’Evangile, Paul (première lecture). Dans la deuxième lecture, Jean médite sur l’amour mutuel et le partage de la même foi à l’intérieur de la communauté, base de départ indispensable pour la mission. Loin de nous distraire du Mystère pascal, ces vues sur l’Eglise le concrétisent. L’Eglise est la résurrection en marche.

Première lecture : Ac 9,26-31

L’attention de la liturgie se déplace légèrement de la personne du Christ pascal vers la jeune communauté qui en est le fruit. Dans l’histoire de celle-ci, les Actes nous montrent aujourd’hui Paul, le nouveau converti, soucieux de son lien avec cette communauté : il cherche à entrer dans le groupe des disciples. On n’est pas missionnaire en franc-tireur, on ne l’est qu’en union avec la communauté.

Un lévite converti, figure marquante de la communauté, Barnabé fait office de médiateur, car le souvenir de Paul persécutant l’Eglise est encore vif : tous avaient peur de lui. Paul accepte donc « l’institution » qui, elle, l’accepte à son tour : il allait et venait avec les Apôtres. Déjà son ardeur apostolique le pousse vers ceux qui auront sa préférence, ceux de langue grecque. Il discute avec eux. Mais ceux-ci cherchant à le supprimer, Paul part pour sa ville natale. Tarse, d’où Barnabé viendra le chercher pour la première grande équipée missionnaire.

Le passage se clôt avec un de ces sommaires dont Luc parsème le début des Actes : la jeune communauté a déjà dépassé Jérusalem, elle s’est répandue dans la Judée, la Galilée et la Samarie ; elle avance, se multiple. Mais c’est moins oeuvre d’homme que de l’Esprit Saint, l’Esprit que Jésus, le soir de Pâques, avait insufflé aux Apôtres.

Si Paul, dans Galates 1,17-20, voit sa relation avec Pierre un peu différemment, on retiendra, malgré tout, le principe qu’un engagement pour le Christ et l’Evangile ne peut se faire qu’en communion avec la communauté et ses chefs. Jésus oui, l’Eglise non - est contredit par l’Ecriture. C’est le moins que l’on puisse dire.

Psaume : Ps 21

Du psaume « Mon Dieu pourquoi ? » dont la dernière partie est l’action de grâce du juste qui n’a pas été abandonné par Dieu. Jésus lui-même chante : Oui je n’ai pas été abandonné, je vis. Au milieu de son Eglise il dit au Père : Tu seras ma louange dans la grande assemblée.

Et nous qui sommes sa descendance, acclamons-le : Oui, au Christ ressuscité, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations. Tout à l’heure, nous, les pauvres de Yahvé, nous mangerons le pain vivant, nous serons rassasiés. Puis nous annoncerons le Seigneur, nous proclamerons : Voilà son oeuvre admirable !

Deuxième lecture : Jn 3,18-24

Un précis de morale pascale. Mais, comme toute la lettre, le passage déroute notre logique. On pourrait le paraphraser (et cet essai vaut pour presque tous les extraits de la lettre lus pendant ce Temps pascal) comme suit :

Jésus aime le Père, il a avec lui une relation unique. Par sa résurrection, il nous entraîne en cette relation, et nous devenons fils et filles à notre tour : Dieu demeure en nous et nous en lui. C’est l’oeuvre de l’Esprit qui nous a été donné. Alors tout change. Finie la morale d’esclaves, on n’obéit plus parce que c’est commandé. Désormais, le commandement n’est plus que la voix de l’amour. Conséquemment je fais ce qui lui plaît. Alors, tout ce que nous demandons il nous l’accorde, car nous ne demandons plus que ce que veut l’Amour.

Dans cette même logique interne, nous nous aimons mutuellement, puisque, étant les enfants du même Père, nous sommes frères et sœurs en Jésus.

En agissant ainsi, nous sommes dans le vrai : nous appartenons à la vérité. Même si nous trébuchons et que notre cœur, notre conscience nous accusent, le fond de notre âme reste paisible. Dieu est magnanime, lui qui est plus grand que notre cœur. A retenir par les inquiets, les scrupuleux, les angoissés. Et par nous-mêmes quand nous sommes accablés, découragés, au constat de nos chutes, peut-être de nos ruines.

Si notre cœur ne nous accuse pas, si donc le cœur est près de Dieu, alors payons-nous d’audace, tenons-nous avec assurance devant Dieu, implorons-le avec hardiesse. Et tout ce que nous lui demanderons il nous l’accordera. Parce que, faisant ce qui lui plaît, il ne nous viendra pas à l’idée de lui demander ce qui lui déplaît. Alors, que faut-il demander ? Mais la ferveur, le dynamisme, le courage. Tout ce que demande le Notre Père. Tout ce que demande Jésus lui-même dans sa grande prière sacerdotale (Jn 17,1-26).

C’est le « Chrétien, prends conscience de ta dignité », et vis en conséquence ! C’est le « Aime et fais ce que tu voudras ! » L’amour exigeant sera ta norme. C’est encore le : « Aime et n’aie plus peur, malgré tes chutes ! »

Evangile : Jn 15,1-8

Il se pourrait que la vigne sculptée au fronton du temple, et devant laquelle Jésus passait souvent, lui ait inspiré ce discours capital. En tout cas, l’image de la vigne était familière aux Juifs, elle était le symbole du peuple, mais presque toujours décrite par les prophètes (en particulier par Isaïe 5,1-7) comme mauvaise vigne « qui n’a donné que du verjus ». On comprend alors le mot initial de Jésus : Je suis la vigne, la vraie. En donnant également au mot Je suis toute la force qu’il a chez Jean, car celui-ci le réfère toujours au Yahvé du buisson ardent dont le nom est « Je suis ».

L’étroite union des sarments à la vigne suggère à Jésus le « Demeurez en Moi ». Ce mot ’demeurer’ (c’est un des mots favoris de Jean) revient huit fois ici, et l’expression ’en moi’ six fois. Les deux expressions traduisent une communion profonde entre Jésus et le fidèle et jusqu’à l’union intime entre Jésus et son Père. Deux niveaux qui communiquent : notre demeurer en Jésus est un épanchement du demeurer de Jésus en son Père.

Que fait un sarment sans lien vital avec la vigne ? Il dessèche. Le sarment mal rattaché au cep, qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève (on pense à Judas et aux défections dans l’Eglise, dès les débuts). Celui qui est uni au Christ, en moi, est déjà purifié par la foi, grâce à la parole que je vous ai dite ; mais il doit toujours encore être nettoyé par les sacrements, l’engagement, l’ascèse pour qu’il donne davantage de fruit.

Ce texte est un haut lieu de spiritualité :

Il nous porte au-delà de la religion des choses vers la religion du toi-et-moi, de l’union intime avec le Christ. Tant de gens ne sont pas heureux dans leur foi parce qu’il leur manque cette relation personnelle, douée et exaltante.

Il nous porte au-delà de la religion des commandements vers celle de l’amour. Non que les commandements deviennent inutiles, mais ils sont une norme trop basse.

Il distingue le visage intérieur de l’Eglise de son visage extérieur, l’institution. Sans les séparer et encore moins les opposer, il donne la primauté à la « communion ».

Il nous préserve de glisser dans un genre de rassemblement qui n’aurait plus rien de chrétien, où ne se retrouveraient que des copains ou des lutteurs pour une cause commune, fût-elle noble. Jésus est le lien qui nous fait passer d’une simple mystique de groupe à la communauté chrétienne.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 28/02/2018