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5e dim. de Carême (21/3) : Commentaire

Nous sommes à huit jours de la Semaine sainte, à quinze de Pâques. Le regard se porte avec plus d’intensité sur la mort et la résurrection du Christ, dominante de notre méditation en cette année B.

Dans une vision prophétique, la première lecture voit arriver le jour de l’Alliance nouvelle et éternelle, scellée sur la croix. La deuxième lecture contemple le Christ qui se soumet au plan du Père avec un grand cri et des larmes, tandis que l’évangile proclame arrivée l’heure, cette heure, annoncée dès Cana, où le Fils de l’homme va être glorifié.

Les trois lectures présentent ainsi une remarquable unité. L’heure est là, la grande, l’unique. Jésus l’a désirée, tout en la redoutant, au point qu’il est tenté de prier le Père de l’en délivrer (évangile).

Tout naturellement nous pensons à notre propre « heure », quand le Seigneur nous fera passer (Pâque : passage) de ce monde dans le sien.

Première lecture : Jr 31,31-34

Après l’Alliance avec Noé (premier dimanche), avec Abraham (deuxième), avec Moïse (troisième), après le bris de l’Alliance (quatrième), voici la promesse d’une Alliance nouvelle et définitive.

Ce ne sera plus le renouvellement de l’ancienne conclue et rompue par nos pères, ce sera une Alliance entièrement nouvelle : la Loi (le plan et la volonté de Dieu) ne sera plus un ordre extérieur à l’homme, je l’inscrirai dans leur cœur.

La distance entre Dieu et son peuple sera effacée. Je leur pardonnerai leurs fautes, je ne me souviendrai plus de leurs péchés.

Cette dernière étape a été réalisée en Jésus qui, le soir de la Cène, nous a donné le sacrement de l’Alliance nouvelle et éternelle, et qui, le jour de Pâques, insuffla l’Esprit, l’Esprit qui nous enseigne toutes choses de l’intérieur. Je l’inscrirai dans leur cœur.

Détail curieux : cette prophétie ne mentionne pas le Messie. On se passera même d’intermédiaires comme les prophètes, les prêtres, les scribes ; ils n’auront plus besoin de s’instruire l’un l’autre. L’œil visionnaire saute notre étape actuelle pour se fixer sur la phase ultime, la vision face à face avec Dieu. Alors la communication avec Dieu sera immédiate. « Il n’y aura plus besoin de temple, il n’y aura plus de soleil, car Dieu lui-même et l’Agneau (le Christ est ressuscité) en tiendront lieu » (Ap 21,22-23).

Psaume : Ps 50

Cette alliance nouvelle inclut le pardon des fautes. Aussi nous supplions : « Efface mes torts, purifie-moi de mon péché, de cette distance entre toi et moi. Ne m’écarte pas de ta présence. Rends-moi la joie pascale d’être sauvé ! »

Crée en moi un cœur pur, dans lequel tu inscriras ta Loi au plus profond. Renouvelle mon esprit, conclus l’Alliance nouvelle avec moi (première lecture).

Alors je pourrai, à mon tour, enseigner tes chemins aux autres. Ces égarés reviendront vers toi.

Deuxième lecture : He 5,7-9

En parallèle à l’évangile où le Christ se dit blé qui meurt et porte ainsi beaucoup de fruit, ce texte contemple le Christ souffrant, cause de notre salut.

Bien qu’il soit le Fils éternel du Père, Jésus est venu vivre une vie mortelle comme la nôtre. Il a appris (expérimenté) l’obéissance humaine au plan de Dieu. Non sans lutte : dans les cris et les larmes ; à son agonie, il supplie Dieu de le sauver de la mort. Il s’est soumis au plan de Dieu (« Père, que ta volonté soit faite, et non la mienne »), et ainsi il été exaucé. Les souffrances de sa passion ne lui ont pas été épargnées, mais, par elles, il a été conduit à sa perfection : la résurrection a “perfectionné” son humanité jusque-là soumise aux limites de notre condition mortelle. Ainsi il est pour tous ceux qui lui obéissent (croient effectivement en lui) la cause du salut éternel.

Texte un peu difficile à cause de son langage spécialisé (obéissance, apprendre, perfection) ; même les mots connus sont usés, ainsi : cause du salut éternel. Texte riche cependant : il contient, en résumé, toute une christologie : 1. Le Christ éternel auprès du Père : Il est le Fils. 2. Son incarnation : sa vie mortelle. 3. Sa passion, décrite comme une obéissance au plan de Dieu. 4. Sa résurrection, où son humanité est conduite à sa perfection. Le tout exprimé en termes de sacerdoce.

Le verset où le Christ est montré intercesseur pour nous auprès du Père manque malheureusement dans le découpage liturgique.

Incarnation, passion, résurrection sont donc vécues par le Christ pour nous, pour notre libération, pour notre réussite profonde.

L’auteur de le Lettre aux Hébreux nous fait contempler un Christ faible comme nous ; un Christ qui connaît la saine révolte contre la souffrance, un Christ qui doit lutter pour dire son oui avec un grand cri et dans les larmes. Comme il nous est proche !

Evangile : Jn 12,20-33

Nous sommes à la dernière Pâque, quand beaucoup de pèlerins montent à Jérusalem dont des Grecs, des étrangers sympathisants. Ils ont entendu parler de Jésus, ils voudraient le voir. Alors ils s’adressent à Philippe (qui porte d’ailleurs un nom grec, et qui est originaire de Bethsaïde, d’une région à forte densité étrangère). Avec son frère André il va le dire à Jésus. Jésus semble ne pas leur répondre. Il parle de son heure : « L’heure est venue... [où] j’attirerai à moi tous les hommes » (verset à la fin du texte), où ces Grecs alors pourront me voir.

Ce mot heure a sa fortune particulière. Jean l’utilise dès les noces de Cana : « Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2,4), et ce mot reviendra encore plusieurs fois, quand les ennemis tenteront en vain d’arrêter Jésus (Jn 7,30 ; Jn 8,20) à la Cène (Jn 13,1 ; Jn 17,1). L’heure, c’est le moment où il va être élevé en croix et être élevé dans sa gloire. Aussi Jésus parle-t-il des deux événements comme d’un seul ; il va mourir comme le grain qui tombe en terre et il va être glorifié et porter beaucoup de fruit.

Suit une digression sur l’imitation du Christ. Comme Jésus, il faut nous perdre (mourir à nous-mêmes), si nous voulons nous garder (entrer dans sa réussite).

Mais la pensée de devenir ainsi blé qui meurt, trouble Jésus. Il reste homme ; comme nous il passe par la peur de souffrir, l’angoisse devant la mort. Jean, qui ne raconte pas l’agonie, en esquisse ici une, prémonitoire. Comme à Gethsémani il dira : Mon âme est triste à mourir - ici il se confie : Mon âme est bouleversée. Au jardin il sera ébranlé : Père, éloigne de moi ce calice - ici il hésite : Que puis-je dire ?... Père, délivre-moi de cette heure.

A cette esquisse d’agonie anticipée Jean accole une transfiguration différée. Comme à la transfiguration (que Jean ne rapporte pas non plus) une voix se fit entendre - ici du ciel vint une voix qui disait : Je l’ai glorifié par les signes et miracles et je le glorifierai encore et surtout par sa glorieuse résurrection. Quant au coup de tonnerre, il est l’accompagnement biblique traditionnel des manifestations divines.

Par cette juxtaposition de la peur (de l’agonie esquissée), et de la transfiguration (ici transposée en voix de gloire), donc des approches de la mort et de la résurrection, Jean résume l’heure de Jésus.

L’heure est donc venue, l’heure de sa mort et de sa résurrection, mais aussi de leurs conséquences : le monde de péché est dévoilé, jugé, et le prince de ce monde de péché, Satan, jeté dehors, brisé. Tandis que le Christ élevé de terre (encore un jeu de mots typiquement johannique : élevé sur la croix, élevé en gloire) attirera à lui tous les hommes. Alors, comme ils l’avaient désiré au début de la scène, les Grecs, représentants des païens, seront donc attirés à lui, eux aussi : ils pourront le voir des yeux de la foi.

C’est une des dernières paroles de Jésus avant sa passion. Elle ne sera pas comprise par les Juifs qui veulent rester dans les ténèbres. Et Jean d’ajouter : « Jésus se retira et se cacha d’eux » (Jn 12,36).

La passion va commencer. Une passion que nous allons célébrer dans quelques jours.

Une passion qui est aussi la nôtre. Jésus entend nous y associer : Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive. Dans sa passion, bien sûr. Dans l’acceptation de mon heure, où j’aurai envie, comme Jésus, de dire : « Père, délivre-m’en. » Mais si je l’accepte, je suivrai aussi Jésus dans sa gloire. Et là où je suis, là aussi sera mon serviteur.

Quel cœur ne tressaille de joie en pensant, ces jours-ci, à tous ces catéchumènes de chez nous et dans les jeunes Eglises, qui vont, Grecs contemporains, être illuminés par le baptême et voir Jésus ?

Quel cœur ne frémit-il pas de tristesse à la pensée de tant d’autres, eux aussi Grecs de notre temps, qui cherchent dans l’obscurité ? Trouveront-ils un Philippe ou un André pour accueillir leurs questions et les amener à Jésus ?

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 21/01/2021