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Année B

4e dim. ordinaire (28/1) : Commentaire

Pendant cette messe. Christ est devant nous, comme aiment le montrer les icônes orientales : le livre des Ecritures dans une main pour nous enseigner, l’autre main levée et le regard puissant pour chasser nos démons (évangile). Il est le nouveau Moïse qu’annonçait l’Ancien Testament (première lecture). Attachons-nous à lui et servons-le sans partage (deuxième lecture).

Première lecture : Dt 18,15-20

Moïse était considéré comme le plus grand des prophètes ; il était même l’intermédiaire, le médiateur entre Dieu et le peuple. Celui-ci avait peur de la révélation directe de Dieu : je ne veux plus voir cette flamme divine à l’approche mortelle - je ne veux pas mourir.

Et voici qu’est annoncé un nouveau Moïse : un prophète comme toi. Le Seigneur lui mettra ses propres paroles dans sa bouche, il sera la parole même de Dieu. Si quelqu’un ne l’écoute pas, cela aura des conséquences graves : moi-même, je lui en demanderai compte. Refuser ce prophète, c’est refuser Dieu.

La liturgie nous fait lire ce texte comme prélude à la manifestation publique de Jésus, plus grand que Moïse : « Il enseigne avec autorité, il est le Saint de Dieu » (évangile). Saurai-je l’écouter, le laisser entrer ?

Psaume : Ps 94

La lecture vient de menacer : Si quelqu’un n’écoute pas ce prophète (le Christ) je lui en demanderai compte. Aussi, le psaume nous mande-t-il : Ne fermez pas votre cœur, écoutez sa parole.

Oui, entrons dans cette eucharistie le cœur disposé ; inclinons-nous, prosternons-nous... écoutons la parole de Dieu. Alors, l’ayant reçue, cette parole - le Christ lui-même - crions de joie, rendons grâce par nos hymnes de fête !

Deuxième lecture : 1 Co 7,32-35

Les chrétiens des débuts étaient persuadés que le Christ viendrait très bientôt. Quelques-uns affirmaient qu’il ne valait plus la peine de se marier. Saint Paul, réaliste, laisse chacun libre de se marier ou non. Il préfère même le mariage à un faux ascétisme avec retour de flamme. Sur ce fond de bon sens, qu’il ne faut pas perdre de vue, Paul dit sa préférence personnelle pour le célibat chrétien. Il propose seulement, sans vouloir prendre au piège.

Du moment que le Christ viendra bientôt, mieux lui semble - au cas où l’on est encore célibataire - rester libre de tout autre souci, et se concentrer sans partage, entièrement à cette venue proche du Seigneur. Reste le seul souci de plaire au Seigneur, de lui consacrer son esprit et son corps. Ce que ne peut faire celui qui est marié, qui, forcément, a le souci des affaires de cette vie, et, de la sorte, est partagé.

Cette situation particulière des débuts du christianisme n’existe plus ; l’avènement du Christ ne semble pas pour demain. Et cependant, le texte garde sa valeur pour qui a le sens aigu de la brièveté de cette vie. Le Seigneur est déjà à notre porte. Il vaut donc la peine de consacrer son corps et son esprit au Seigneur pour lui être attaché sans partage.

Ce n’est pas le célibat comme tel que propose l’Apôtre - il y a des célibats égoïstes - c’est le don entier, sans partage au Seigneur. Les époux sont partagés, ils le savent trop bien ; mais leur chemin est un autre, de sainteté lui aussi, et que Paul magnifie en Ephésiens 5,21 (Ep 5,21).

Evangile : Mc 1,21-28

Le premier récit du ministère de Jésus. Quand on sait la manière d’écrire des évangélistes, on peut se douter que ce premier récit va résumer, comme à l’avance, tout ce qu’il introduit. Et, de fait, Marc montre Jésus enseignant avec autorité et luttant contre le mal, le mal personnifié dans le pauvre homme tourmenté par un esprit mauvais. La foule s’interroge : Qu’est-ce que cela ? Quel est cet homme ? Déjà, nous savons comment il nous faut lire tous ces événements que l’évangéliste va nous dérouler au long de nos dimanches. Comme des réponses progressives à la question : Qui est Jésus ? Faut-il ajouter que seule la foi peut capter ces révélations ?

Voici donc Jésus à Capharnaüm qui sera longtemps son port d’attache, son centre de rayonnement. Il se rendit à la synagogue et là il enseignait. L’office comprenait des lectures de la Bible et chacun pouvait prendre la parole pour les commenter. Jésus intervient donc, il enseigne. Mais on est frappé par son enseignement, car il n’enseignait pas comme les scribes, qui ne faisaient que citer des auteurs, mais en homme qui a autorité de lui-même. Quelque chose se dégage de lui ; ce qu’il dit, “ça porte”. On est frappé, touché en plein cœur. Que les scribes en soient vexés et qu’ils vont peu à peu contrer ce gêneur est dans l’air.

Jésus ne se contente pas d’enseigner par des paroles, il va enseigner par des actes. En Marc surtout, ce sont les actes qui vont être son véritable enseignement (Marc ne relate guère le contenu des discours du Christ), c’est par ses actes qu’il “se révèle”, mot à mot : il enlève le voile cachant sa véritable identité.

Pendant que Jésus parle, il est interrompu par un homme tourmenté par un esprit mauvais. Il importe peu de connaître la nature exacte de cette possession. Dans la mentalité de l’époque, même une simple maladie était l’effet d’un démon. Jésus s’adapte à cette mentalité en ce qu’elle a de juste : la maladie physique est le révélateur, le signe d’un désordre plus profond. Aussi, Jésus ne se contentera jamais de guérir le corps ; toujours, il voudra guérir le cœur, délivrer du mal intérieur, profond. C’est pour cela qu’il est venu. A ses apôtres, le jour de son départ, il donnera la même consigne : « Enseignez, guérissez, chassez les démons. » (Mc 16,17-18).

La guérison est racontée comme un combat entre Jésus et l’esprit du mal. Celui-ci essaie de conjurer le danger : Que nous veux-tu ? Jésus l’interpelle : Silence ! Sors ! Le combat continue dans les convulsions du malade qui est secoué avec violence et pousse un grand cri. La puissance de Jésus, sa maîtrise du mal sont telles que les gens en sont saisis de frayeur et se demandent : Qu’est-ce que cela veut dire ?

Et déjà, le voile se lève discrètement sur le mystère de Jésus, sur son “secret” : Voilà un enseignement nouveau ! Serait-ce la nouveauté des temps messianiques ? Jésus serait-il le Messie ? Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent ; il est plus fort que le Mal. Le portrait est, dès les débuts, si majestueux que les gens en sont saisis de frayeur. Mais c’est le démon qui révèle Jésus avec le moins d’ambiguïté : Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! Attribut réservé à Dieu lui-même. C’est d’une telle clarté et d’une telle audace que Jésus le fait taire : Silence ! La foule n’est pas encore prête à ’’avaler’’ l’inouï. Jésus veut que, pour l’instant, cela soit tenu secret. C’est le fameux secret messianique que nous rencontrerons tout au long de nos lectures.

Qui es-tu, Jésus ? Pour moi !

 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 28/11/2017