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Année B

4e dim. de Pâques (22/4) : Commentaire

Ce quatrième dimanche de Pâques, d’une fête unique qui dure jusqu’à la Pentecôte, est illuminé par la figure du bon Pasteur. Que l’image ne nous trompe pas. Si ce Pasteur est bon, il n’a rien d’un fade ou d’un doucereux. C’est un Pasteur qui n’a pas craint d’aller au-devant du danger, de se faire Agneau et de se laisser immoler pour nous. Mais l’Agneau immolé s’est redressé dans sa résurrection. Il est maintenant, plus que jamais, le Pasteur, le « Vrai ».

C’est le Christ pascal au nom duquel Pierre fera marcher le mendiant paralysé (première lecture). C’est le Pasteur qui nous guide vers l’intimité avec le Père jusqu’à cette gloire du face à face quand nous le verrons tel qu’il est (deuxième lecture). Ce dimanche qui valorise le Berger valorise aussi les brebis. A quelle dignité ne sommes nous pas appelés !

Célébrons donc l’eucharistie, non comme un troupeau amorphe qui ne se sent pas concerné, mais comme une assemblée où chacun est valorisé dans la mesure de sa participation.

Première lecture : Ac 4,8-12

Le Grand Conseil, celui-là même qui avait rejeté Jésus, agacé de ce que Jésus revit dans les miracles de ses adeptes, convoque Pierre et Jean qui ont guéri et sauvé (guéri spirituellement par la foi) un infirme.

C’est aux auteurs mêmes de la mort de Jésus que Pierre proclame le message de la résurrection : Vous l’avez rejeté. Dieu l’a ressuscité. A ces juges, férus de Bible, Pierre cite le Psaume 117 pour l’appliquer à Jésus : Ce Jésus que, tel des bâtisseurs, vous avez rejeté comme une mauvaise pierre, est devenu la pierre d’angle. La pierre la plus importante de l’édifice, de laquelle il tient sa solidité, à tel point qu’en dehors du Christ il n’y a pas de salut.

Bien des hommes ont rendu des services à l’humanité, ont sauvé une nation ; le salut, la réussite au-delà de la mort, seul le Ressuscité peut les donner.

On est surpris de l’assurance avec laquelle les apôtres affrontent ceux qui ont tué leur Maître et qui pourraient en faire autant d’eux (ils le feront pour Etienne, Jacques et beaucoup d’autres). C’est vraiment l’Esprit de Jésus qui parle en eux, comme l’avait promis Jésus : « Lorsqu’ils vous traîneront devant les tribunaux... l’Esprit parlera en vous » (Mt 10,18-20).

La force même du Ressuscité passe dans ses apôtres et les remplit d’une joyeuse intrépidité. Celui qui a fait l’expérience du Christ ne craint plus, il est, comme Pierre, rempli de l’Esprit Saint.

Le Christ est la pierre d’angle. Nous sommes, ajoute saint Pierre dans sa première Lettre (2,5), les pierres vivantes appelées à être posées dessus pour la construction du temple spirituel qu’est l’Eglise. Des pierres vivantes dites, dans le même souffle, une communauté sacerdotale. Nous voilà loin d’un christianisme passif. Nous sommes chargés de proclamer les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière (1 P 2,9).

Psaume : Ps 117

Rendez grâce au Seigneur vous tous ici rassemblés pour faire... action de grâce ! Car Il est bon, éternel est son amour. Oui, il ne nous laisse pas choir dans le néant. Il nous ressuscite avec Jésus. La pierre, Jésus, rejetée par les bâtisseurs, voilà qu’elle est devenue la pierre d’angle sur laquelle est solidement bâtie notre communauté. C’est là l’oeuvre du Seigneur. La merveille devant nos yeux. Mieux vaut s’appuyer, bâtir sur la pierre qu’est le Christ-Seigneur, que de compter sur les hommes !

Oui, rendez grâce. Et que ceux qui craignent (vénèrent) le Seigneur le disent, le crient par leur vie de ressuscités, de libérés : Éternel est son amour.

Deuxième lecture : Jn 3,1-2

Un des thèmes favoris de Jean chante ici sa splendide mélodie : grâce à Jésus nous sommes entrés dans une nouvelle relation à Dieu. Voyez, contemplez, admirez avec les yeux du cœur éclairés par tout ce que Jésus nous en a dit : Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés ! C’est grâce, pure grâce ; nous sommes comblés. Nous le savons, mais c’est trop souvent un savoir théorique. Il nous faut le savoir toujours à neuf, c’est une véritable découverte. Il y faut la foi ; aussi le monde, celui qui n’a pas la foi, ne peut pas connaître ce que nous sommes. Il sourit. Il nous prend pour des naïfs. Mais qui sommes-nous donc ? Les enfants de Dieu, ni plus ni moins ! Le réalisons-nous sans trembler d’effroi et de joie tout ensemble ? Comme Jésus, nous pouvons appeler Dieu notre Père, avec tout ce que ce mot audacieux recèle d’intimité, de liens du cœur, de noblesse, de fierté. Il y a entre Dieu et nous un abîme que nous ne saurions franchir. Christ a jeté un pont entre Dieu et nous ; désormais, nous sommes de la famille de Dieu. C’est à vous couper le souffle !

Nous ne faisons que le soupçonner. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; nous le voyons comme à travers un épais brouillard. Mais lorsque le Fils de Dieu, Jésus, paraîtra dans sa gloire, à notre mort et à la fin des temps, alors son éclat rejaillira sur nous et il épanouira dans sa splendeur ce qui n’est encore que timide bourgeon. Nous serons alors semblables au Christ tel qu’il est depuis sa résurrection. Divinisés ! Mieux que ne pouvait le penser le serpent du paradis terrestre et avec lui, toute la littérature contemporaine : « Vous serez comme des dieux ! »

Nous le verrons tel qu’il est. Face à face, dans une vision directe, sans intermédiaire. Comment le dire ? Nous balbutions ! Mais ce sera ainsi. Quelle joie ! Dès aujourd’hui !

Évangile : Jn 10,11-18

Comme la première partie opposait le voleur et le vrai berger, ici Jésus établit une comparaison entre le berger mercenaire et le bon Pasteur. L’affectueuse relation entre le Christ-berger et nous, déjà notée dans la première partie, revient ici presque avec les mêmes mots : Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ; l’expression « connaître » étant à prendre au sens fort d’expérimenter ; tel un homme connaît sa femme. Je les connais comme je connais mon Père. Ce ’comme’ est plus qu’une comparaison ; l’intimité entre le Père et le Fils est une source qui se déverse en nous. A quelle expérience ne sommes-nous donc pas conviés !

Comme ta vie avec Dieu est terne, plate en regard de ce que te propose Jésus ! Tu ne vis pas vraiment, tu végètes. C’est que tu connais Dieu avec la tête, tu ne le connais pas expérimentalement.

Le berger n’a rien de joliment champêtre, il est tragique : Jésus n’abandonne pas les brebis, il ne s’enfuit pas quand vient le loup ; Il donne sa vie pour ses brebis : c’est une claire annonce de la passion. Une passion non subie, mais librement acceptée : je donne ma vie moi-même et j’ai le pouvoir de la recevoir à nouveau.

Puis le regard s’élargit, au-delà de cette bergerie judéo-chrétienne, vers d’autres brebis, dispersées dans le monde ; il les rassemblera en un seul troupeau, sous sa conduite à lui, le seul Pasteur. Sur la croix Jésus meurt pour rassembler dans l’unité tous les enfants dispersés (Jn 11,52). A Pâques-Pentecôte le cadre juif craque, le message part vers le monde entier. Le Mystère pascal est « catholique » : universel. Il nous avertit de ne pas nous enfermer dans le ghetto d’une communauté célébrant gentiment une liturgie chaude, mais finalement égoïste et sans rayonnement. Ce texte n’est pas sans interpeller tous ceux qui sont un peu pasteurs : parents, chefs au travail, éducateurs, prêtres... Le Christ leur demande de le suivre dans l’oubli d’eux-mêmes pour donner leur vie, payer de leur personne. Ils le feront d’autant plus généreusement qu’ils connaîtront et aimeront ceux qui leur sont confiés.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 22/02/2018