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3e dim. ordinaire (24/1) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Dans la société actuelle, tout nous parle ou propose du bonheur. Des tas de publicités nous font miroiter plein de possibilités pour être bien et avoir beaucoup. Or paradoxalement nous sommes obligés de constater que de plus en plus de personnes éprouvent un mal être, un mal de vivre. Pour les aider à le surmonter, on a mis sur pied toutes sortes de formations, de sessions, de rencontres pour faciliter soit la gestion des conflits, soit la communication ou les relations qu’elles soient conjugales ou autres. Je ne parlerai pas de toutes les propositions de cure, de massages et exercices en tout genre.
Les psychanalystes et les psychiatres se multiplient et sont débordés pour résoudre les problèmes de libido, d’un complexe d’Œdipe qu’on n’a pu dépasser ou encore pour aider toutes celles et ceux qui ne savent plus se situer dans leur vie ni dans la société, ni se prendre en main ou sortir de l’une ou l’autre dépendance.
Devant toutes ces belles théories, ces pratiques psychologiques, de quoi a-t-on l’air lorsqu’on se présente avec la proposition de l’Evangile qui nous invite à « nous convertir » ? N’est-ce pas une méthode périmée ? C’était peut-être bon à l’époque de nos grands-parents, mais aujourd’hui… vous voulez rire ! Cela ne fait partie d’aucune thérapie sérieuse.

Mais, si avant d’en rire, nous faisions quand même l’effort de comprendre ce que Jésus a voulu nous dire dans l’Evangile.
Reprenons la 1re phrase qui à elle seule résume la proposition de Jésus. « Jésus quitte la Judée pour se rendre en Galilée. » Ce détail géographique est tout un message. La Judée, c’est Jérusalem avec son temple, la loi, où règnent en maître les scribes et les pharisiens.
Or nous voyons Jésus quitter en hâte cet endroit comme s’il voulait prendre distance avec les lois anciennes, ses multiples interdictions qui paralysent les hommes de bonne volonté, figent leur liberté… pour aller en Galilée.
La Galilée c’est tout le contraire, un lieu de passage des caravanes, des étrangers, lieu de brassage entre les Juifs et les païens. C’est dans cette contrée, méprisée par les gens bien de Judée et de Jérusalem, que Jésus va établir son champ d’action prioritaire.
Jésus veut montrer que Dieu n’est plus dans le temple, dont, rappelez-vous, le voile se déchira à sa mort. Avec Jésus, Dieu rejoint les humains là où ils sont, là où ils vivent, là où ils travaillent, là où l’on pleure et où l’on rit, où l’on souffre et où l’on aime…
C’est là qu’il va choisir et appeler ses disciples. Ceux-ci vont se libérer de leurs filets ; les filets dans lesquels ils étaient pris eux-mêmes, les filets de la loi et des interdits, pour devenir des hommes convertis, c’est-à-dire des hommes libres et debout.
Se défaire du poids d’une loi qui paralyse, pour savourer un amour qui nous révèle à nous-mêmes, voilà la Bonne Nouvelle. Se savoir aimé d’une manière inconditionnelle par Dieu pour ensuite découvrir que le bonheur ne se trouve que dans l’attention des autres, dans l’émotion, pour se conclure dans un engagement vis-à-vis de son prochain, je pense que cela peut faire autant de bien qu’une cure psychologique.
Rien ne peut faire autant vivre l’humain que de se savoir aimé et aimable.

Piste 2

« Venez derrière moi » nous dit Jésus ! Décidemment l’Evangile n’est pas très attrayant : suivre, rester derrière… Cela ne nous fait-il pas penser à ces innombrables gourous qui profitent de la faiblesse des gens pour les entraîner dans des impasses destructives ? Ou encore : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ! » Pouvons-nous accepter de comparer, de considérer les hommes à des poissons qu’il faut retirer de leur milieu de vie ? Et pour terminer : « Et laissant dans leur barque leur père Zébédée avec ses salariés, ils partirent derrière lui. » Bel exemple d’un fils qui abandonne son père !
A la première lecture il faut vraiment se creuser les méninges pour trouver dans cet évangile une Bonne Nouvelle. Relevons le défi et essayons quand même de comprendre.
 Lorsque les évangélistes écrivent et mettent dans la bouche de Jésus cette parole : « Venez derrière moi », ils savent déjà tout ce qui va suivre et ce qu’ils sont devenus. En effet cette situation des disciples va évoluer. Des suiveurs qu’ils étaient tout d’abord ils vont devenir des accompagnateurs, ceux qui marchent à côté de Jésus et plus tard Jésus va les rendre responsables, ils ne seront plus des « suiveurs » mais ce sera à eux de prendre les initiatives, les décisions.
 « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ! » C’est évidemment une image mais qui était particulièrement parlante aux gens de l’époque qui savaient que l’eau de la mer et du lac était le lieu où habitaient les forces de mort, les puissances du mal. Donc en disant : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » ils comprennent que leur mission est d’arracher des griffes de la mort et du mal l’humanité qui en est prisonnière. En devenant pêcheur d’hommes le disciple devient un libérateur, un artisan d’humanité.
N’est-ce pas le même message qui nous est donné lorsque Jésus calme la tempête ou marche sur les eaux ? L’évangéliste veut simplement nous montrer que Jésus domine, écrase le mal qui souffle en tempête et qu’il a vaincu la mort.
 Attardons-nous maintenant sur cette attitude peu sympathique d’un fils qui abandonne son père avec ses salariés. Jésus montre que cette décision de l’accompagner engage les disciples dans une relation nouvelle. Ne trouvons-nous pas cela tout à fait normal dans le mariage ? « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et tout deux ne feront plus qu’un. » De plus il faut savoir que dans le contexte de l’époque le fils reste soumis à son père. Jésus vient rompre cette soumission pour permettre au fils de vivre sa vie en toute liberté, devenir autonome et responsable.
C’est la signification de cette allusion aux salariés du père. Ceux-ci travaillent pour gagner de l’argent qui leur permettra de vivre. Tel ne sera plus le but du disciple pour qui la relation aux autres devient première.
Enfin pour terminer, il est intéressant de remarquer que Jésus appelle ses disciples par leur prénom. Ce qui semble signifier qu’il n’appelle pas tout le monde de la même façon. Etre appelé par son nom est une « vocation » toute spécifique.
Sans doute, tous nous sommes appelés mais pas pour une mission aussi radicale. C’est chacun, personnellement, selon notre conscience, selon les circonstances de la vie, que nous avons à inventer notre mission dans ce grand chantier d’humanisation du monde.

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 24/11/2020