Menu
Année B

3e dim. ordinaire (21/1) : Commentaire

Jésus est là, devant nous, pendant cette messe, pour nous dire l’essentiel de son message : Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. Venez, suivez-moi (évangile). Comme les habitants de Ninive, prenons au sérieux cet appel (première lecture).

Ne différons pas notre oui, car le temps pour se décider est en train de passer (deuxième lecture).

Première lecture : Jon 3,1-5.10

Le court extrait du Livre de Jonas nous invitera à lire en son entier ce récit satirique à l’adresse des Juifs qui se croyaient le nombril de la terre, les seuls élus, et dont le type est Jonas lui-même.

Voyez son plaisir sadique à proclamer : Encore quarante jours et Ninive, la ville païenne, sera détruite ! Et voyez sa stupéfaction quand il constate que ces païens se détournaient de leur conduite et que Dieu renonça au châtiment.

Cette lecture nous préservera de la suffisance chrétienne, pour voir dans les “pas comme nous” des hommes, eux aussi, aimés de Dieu.

La liturgie a choisi cet extrait à cause du cri analogue de Jésus dans l’évangile du jour : Convertissez-vous - et parce que Jésus, lui aussi, va proclamer la Bonne Nouvelle à la “Galilée des païens”.

Psaume : Ps 24

Avec les habitants de Ninive, nous disons : je m’étais éloigné de toi. Seigneur. Fais-moi à nouveau entendre ton appel à la conversion. Enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route.

Rappelle-toi ta tendresse qui est de toujours et qui ne faillira pas envers nous. Ne regarde donc pas nos péchés, oublie nos révoltes.

Garde confiance, assemblée du Christ : Fais action de grâce, car il est droit et bon, le Seigneur. Il nous montre, à nous pécheurs, son chemin, ainsi qu’aux hommes qui, tels les habitants de Ninive, sont humbles.

Deuxième lecture : 1 Co 7,29-31

Au temps où saint Paul écrivit sa lettre, les chrétiens étaient persuadés que la fin des temps serait pour bientôt. Les occupations terrestres n’avaient donc plus tellement d’importance. L’important était d’être détaché, prêt pour la venue imminente du Christ.

Nous aurions tort de croire le message dépassé. Vingt ou quarante ans de notre vie de plus à attendre... de toute façon, le temps est limité, rien n’est définitif ici-bas. Il faut donc fixer le cœur sur ce qui ne sera pas anéanti par la mort, plus exactement sur Celui qui nous sauvera du néant.

Le verset : que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, que ceux qui ont fait des achats comme s’ils ne possédaient rien... peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas de “faire comme si”, sans être réellement à sa tâche. Mais l’éternel est si important que ce qui est en train de passer n’a déjà plus tant d’importance.

Ce message doit être complété par d’autres textes où notre responsabilité terrestre est bien appuyée. Il reste que certaines “théologies du monde” ont besoin de correctif. Chacun de nous fait bien de voir sa vie, aussi, par l’autre bout : Dieu est déjà là. En Christ nos temps sont dépassés.

Evangile : Mc 1,14-20

Avec ce dimanche, le cycle du Temps ordinaire atteint sa vitesse de croisière. Les deux premiers dimanches n’utilisaient pas encore, pour l’évangile du moins, la lecture cursive. Maintenant, et jusqu’à l’avant-dernier dimanche (le trente-troisième), nous lirons, en lecture semi-continue, dimanche par dimanche, un évangile synoptique par année.

De la sorte, le chrétien attentif aura entendu, au bout du cycle triennal, les passages les plus significatifs des quatre évangiles. Entendu avec le cœur, c’est-à-dire accueilli, médité, prié. La liturgie y veille qui enrobe les lectures de la prière introductive, du psaume de méditation (après la première lecture), de l’Alléluia (avant l’évangile), du Credo (après le tout). Merveilleux pédagogue qui nous invite à lire les textes scripturaires aussi en notre privé, non comme des textes littéraires, en curieux, mais en humble et disponible écoute, comme la Parole même de Dieu.

Après les fêtes de Noël qui célébraient la naissance et l’enfance du Christ, les dimanches du Temps ordinaire vont nous dérouler la vie publique de Jésus. Déjà nous avions médité son baptême qui était aussi son envoi. Voici maintenant les débuts missionnaires de Jésus et l’appel de ses premiers compagnons.

Après l’arrestation de Jean Baptiste... Celui-ci avait, peu auparavant, baptisé Jésus dans le Jourdain et proclamé : « Après moi vient un plus fort que moi » (Mc 1,7). Le ministère de Jésus commence quand se termine celui de Jean Baptiste. Jésus sait déjà que, lui aussi, il sera arrêté.

Jésus, qui était probablement sur les bords du Jourdain, partit pour la Galilée. Pourquoi ne va-t-il pas à Jérusalem toute proche ? On dirait qu’il veut se distancer de l’Eglise officielle, marquer sa préférence pour cette terre qu’Isaïe avait appelée Galilée des païens (Is 8,23, Mt 4,15), région frontière fortement mélangée d’étrangers. Le déplacement est moins géographique que spirituel : Jésus va vers tous les hommes, il veut une Eglise en plein milieu païen. Aujourd’hui le Christ nous envoie en plein milieu déchristianisé.

Jésus proclame la Bonne Nouvelle (mot à mot dans le grec : évangile). Il ne prend pas les hommes avec du vinaigre, des sermons déprimants, mais avec un message libérateur : Dieu veut nous pardonner ; la mort n’est pas un trou désespérant ; le Père nous aime ; vivez les Béatitudes... Nos liturgies, nos proclamations, notre vie elle-même sont-elles Bonne Nouvelle ? Une religion qui opprime, déprime n’est pas celle de Jésus.

Il disait : les temps sont accomplis. La longue attente messianique est à son terme. Le Christ est là, devant nous, pour réaliser ce que notre cœur attend profondément. C’est le règne de Dieu qui est tout proche. Règne de Dieu : mot étrange pour nous, il signifie le plan d’amour de Dieu pour faire réussir nos vies. Pas demain. Tout de suite !

Et voilà que je prends peur. A cause de ce qui va suivre. Ce règne suppose, de notre part, autre chose qu’un simple oui théorique : convertissez-vous, dit Jésus. Littéralement : changez de direction. Tournez-vous vers Dieu : Et croyez à cette Bonne Nouvelle. Croire, non avec la tête, mais en s’y attachant de cœur.

En quelques traits, comme l’art moderne qui nous fait voir l’essentiel, voici, en un ramassé saisissant, et le contenu de la prédication de Jésus et le noyau de notre foi.

Jésus veut me rendre heureux. Ai-je le courage d’y mettre le prix, de changer ?

 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 21/11/2017