Menu
Année B

3e dim. de l’Avent (17/12) : Commentaire

Avec ce dimanche, l’attente progresse sensiblement. Fixés à la venue finale du Christ pendant les deux premiers dimanches, notre regard et notre cœur se portent maintenant vers la naissance bienheureuse du Sauveur. Le salut est proche. Le temps du Messie est arrivé. La joie devient plus expansive.

Aussi ce troisième dimanche est-il particulièrement marqué par la joie. On l’a appelé longtemps le dimanche ‘Gaudete’ : « Soyez dans la joie. » C’est le leitmotiv qui va se gonflant pour éclater bientôt dans le ’Gloria in excelsis’ de la nuit de Noël. Joie plus profonde que le sentiment, et que peut vivre aussi l’éprouvé, car le Seigneur viendra dans son épreuve.

Le thème de la joie est orchestré par les deux premières lectures. Quant au Jean Baptiste de l’évangile, il préserve cette joie du romantisme. Il annonce un Messie-Lumière qui se tient déjà au milieu de nous et auquel il faut aplanir le chemin de notre cœur.

Première lecture : Is 61,1-2a.10-11

Entends le prophète qui se dit consacré, envoyé... mais, derrière lui, entends le Christ. Christ fera siennes ces paroles, un jour, à la synagogue de Nazareth. Elles lui seront lettre de créance et programme (Lc 4,18). Oui, entends le Christ qui dit : l’Esprit du Seigneur est sur moi. Le Seigneur m’a mis à part pour lui appartenir d’une façon particulière. Il m’a ainsi consacré, mieux que par l’onction des rois et des prophètes. Par l’onction de l’Esprit.

Écoute ce qu’il veut faire, pour quoi il a été envoyé : il veut te porter une bonne nouvelle, quelque chose d’inouï - si tu es capable de la désirer, si tu as un cœur de pauvre. Il veut te guérir, toi dont le cœur est brisé. Il veut annoncer aux prisonniers de leur égoïsme et aux captifs de leurs instincts la liberté, annoncer une année de bienfaits - mot à mot : un “jubilé” extraordinaire. Quels cadeaux de Noël !

Aussi, je tressaille de joie, d’une joie bien autre que les joies faciles - dans le Seigneur ! Mon âme exulte en mon Dieu (y entends-tu la mélodie du Magnificat ?). Il m’anoblit. Par le baptême, il m’a fait revêtir les vêtements de salut qui ne sont plus d’esclaves. C’est la fête, c’est la noce, le mariage d’amour où le Christ, le jeune époux, se pare du diadème, et la communauté, comme une mariée, met ses bijoux.

L’Eglise, un jour toute l’humanité, fleurira comme un jardin, comme au temps du paradis terrestre. Le Seigneur fera germer la justice, la sienne.

On rêve. Oui, rêvons, le cœur éveillé et les mains pas dans les poches. Car déjà nous sommes baptisés, consacrés, envoyés pour libérer les captifs.

Et que les prêtres, qui mettent si volontiers le premier verset sur leurs images d’ordination, prêchent une bonne nouvelle, et non des sermons ennuyeux et tristes. Qu’ils guérissent les cœurs brisés, au lieu de les charger d’une morale lourde.

Et moi-même ? Suis-je libérateur ?

Cantique : Lc 1

On appelle cantique un chant qui ne se trouve pas dans le recueil des 150 psaumes. Le plus connu est celui de la Vierge Marie, son Magnificat, qui prolonge ici l’hymne de la lecture. Il en est la réalisation, reprenant les thèmes du prophète et jusqu’à son élan et ses propres mots.

Et nous, Seigneur, nous unissant à la louange de Marie, notre âme t’exalte, notre esprit exulte. Nous te magnifions pour tes merveilles, car tu es notre Sauveur ; tu vas venir en Jésus, né de Marie, te souvenir de ton amour et de tes promesses. Tu viens relever de son abattement l’Eglise, nouvel Israël. Donne-nous un cœur de pauvre, donne-nous d’être affamés de toi pour que tu puisses nous combler de tes biens.

Deuxième lecture : 1 Th 5,16-24

Soyez dans la joie !

Au milieu de l’Avent, le regard se porte sur le chemin à parcourir : encore quinze jours ! Soyez dans la joie. La joie se fait plus grande. Aussi a-t-on choisi ce texte qui nous y invite.

Et pourquoi se réjouir ? Pour la venue de Notre Seigneur Jésus Christ. Se réjouir ainsi ne va pas de soi, car la terre est belle et... rien ne presse, pense-t-on. C’est là que l’on peut toucher du doigt la valeur de notre Avent et de notre Noël, selon que nous nous laissons bercer par les réjouissances, fussent-elles pieuses, la crèche, les vieux chants de Noël - ou que nous sommes capables de nous réjouir de ce que bientôt le Seigneur viendra nous chercher.

Nous en réjouir et tout faire pour nous y préparer : ne pas éteindre l’Esprit sous le matérialisme, la raideur des structures ; ne pas repousser les prophètes qui nous secouent bienheureusement ; savoir prendre et savoir laisser, selon le critère de discernement qu’est Jésus. Nous laisser ainsi sanctifier, transformer par Dieu. Alors, la paix de Dieu lui-même, la paix de Noël sera vraie.

Évangile : Jn 1, 6-8.19-28

Bien que nous soyons dans l’année où nous méditons l’évangile de Marc, nous lisons, en ce dimanche, un texte de Jean, parce que Marc, le plus ancien des quatre évangélistes ne dit rien de l’enfance du Christ, et, de la prédication de Jean Baptiste, il n’a même pas dix versets (lus dimanche dernier). Notre texte accouple deux extraits de l’évangile de Jean qui ont une parenté évidente jusque dans leur construction : ce que Jean n’est pas, ce qu’il est, ce (celui) qu’il y a “derrière lui”. Ces pages avaient pour but de rallier à la jeune communauté du Christ des disciples de Jean Baptiste dont Paul trouvera un groupe jusqu’en Asie Mineure (Ac 19,1-7).

Dès le premier extrait, tiré du prologue (Jn 1,6-8) Jean Baptiste est dit ne pas être la lumière, il est là pour rendre témoignage ; derrière lui vient le Christ, la vraie lumière. Ce terme de témoin (en grec martyr) a le sens exact de témoin à un procès ; en effet, tout l’évangile de Jean est comme un procès où les pharisiens accusent le Christ et où d’autres témoignent pour lui, dont Jean le premier.

Dans le deuxième extrait, nous voyons les Juifs (en fait leurs chefs) envoyer à Jean des spécialistes, prêtres et lévites, des pharisiens pour une véritable enquête judiciaire ; on dirait que le procès a déjà commencé en la personne interposée de Jean : Qui es-tu ? - Le Messie ? Élie qui devait revenir à la fin des temps oindre le Messie ? Le grand Prophète que l’on attendait depuis que le prophétisme s’était desséché en Israël ? Jean Baptiste dit : non. Poussé dans ses recoins, il répond qu’il n’est qu’une voix. Auparavant, le témoin, ici, une voix pour préparer la route du Seigneur. Il est donc le témoin, la voix d’un autre dont il ne dit pas le nom, mais qu’il affirme se tenir au milieu de vous.

Jean n’est pas comme les autres. Il fait question. Et voilà les Juifs interpellés.

Chaque homme porte en lui une attente. Il n’arrive pas toujours à la formuler, parfois elle dort, souvent elle est refoulée. Vienne un homme vrai et la question se réveille. Suis-je vrai ? Assez pour choquer, déranger ? Suis-je le témoin, la voix de cet ’’Autre’’ ? Saurai-je dire à mes collègues : Il est au milieu de vous, il est même au-dedans de vous, dans vos désirs profonds ; il vous parle par vos mouvements de bonté, et jusque dans vos échecs - si vous voulez bien être disponibles. Saurai-je répondre si on m’interroge ? Combien de pratiquants bafouillent dès qu’on leur pose une question d’ordre religieux, bons chrétiens moyens qui n’ont jamais lu un évangile en entier et s’empêtreraient dans les versets du Credo ! Passe encore que je n’arrive pas à formuler mes convictions. Pourvu que j’en aie ! Et là, pas moyen de tricher. Les faits parlent. Si j’aime le Christ, ça se voit, ça se touche. Les prêtres et lévites avaient un bagage religieux imposant. C’étaient des spécialistes en religion. Et pourtant Jean leur lance : Celui qui se tient au milieu de vous, vous ne le connaissez pas, vous, cœurs secs, trop sûrs de vous, aveuglés par votre suffisance. Jean, lui, il est tellement pris par la grandeur de celui qui vient derrière lui qu’il en est remué, presque écrasé : Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales.

Comble d’ironie, les Juifs ainsi que les prêtres et lévites qu’ils envoient enquêter finiront par rejeter le message de Jean (Mt 11,18). Et c’est en Transjordanie, en milieu païen, qu’est révélé pour la première fois celui qui doit venir. Ne trouve que celui qui veut bien. Seuls les cœurs purs verront Dieu (Mt 5,8). Ils peuvent le trouver dans les situations les plus inattendues, en ’’Transjordanie’’, en plein milieu athée.


Personnages-types de l’Avent

Trois figures occupent le devant de la scène, pendant ce temps liturgique. Toutes les trois ont préparé la venue du Messie, et sont pour nous les personnifications de l’Avent et d’admirables modèles d’attente :

Le prophète Isaïe est représentatif de tout l’Ancien Testament. Toute l’histoire du peuple juif est une attente du Messie dont Isaïe chante et les promesses (prophéties de l’Emmanuel, du Roi de paix, du retour de l’exil), et les cris d’attente (« Cieux, répandez votre rosée ! Monte sur la montagne ! Crie d’allégresse ! »). Les extraits lus pendant l’Avent sont imprégnés de confiance et font de ce prophète l’annonciateur par excellence de la joie et de la paix messianiques.

Jean le Baptiste, dit le précurseur, n’annonce pas la naissance de Jésus ; il est le héraut de sa vie publique, il le désigne comme le Messie attendu, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Il prêche une attente active (« préparez ses chemins ») et oriente le regard vers la venue finale du Seigneur. Sa vie est un sermon.

Marie est, des trois, la plus discrète et, cependant, la plus éloquente par son humilité, son silence rempli d’amour, sa foi patiente et sa maternité. Elle est la dernière femme de l’Ancien Testament et la première du Nouveau, résumant en elle l’attente et son accomplissement.

Si Isaïe est le chantre de la gloire du Messie et Jean le héraut de ses exigences, Marie nous apprend les désirs les plus profonds et les joies les plus douces.

Isaïe prêche l’espérance, Jean l’exigence, Marie les deux, dans le silence.


La joie, ça coûte combien ?

Avec ton cadeau, tu peux tranquilliser ta propre conscience et compenser tes oublis. Avec ton cadeau, tu rachètes ta liberté, tu es quitte envers l’autre. Avec ton cadeau, tu peux enchaîner l’autre, l’obliger ; tu peux même l’humilier, lui faire sentir ta supériorité. Tu n’as toujours pas encore vraiment donné la joie.

La joie ne coûte pas d’argent, elle coûte ton cœur. Vois l’enfant qui te réjouit avec un baiser donné sans arrière-pensée. Celui qui ne veut pas donner un peu de soi-même ne devrait pas faire de cadeaux. La vraie joie, tu ne peux l’acheter, car elle te coûte tout entier.


Les préparatifs de Noël

Ils diffèrent selon les régions : crèche, sapin, couronne de l’Avent avec ses quatre cierges et, bien sûr, achats et cadeaux. Ces signes extérieurs valent ce qu’on y met : simple coutume ou expression de la joyeuse attente.

Ce qui importe, c’est leur simplicité ; plus c’est gonflé, plus c’est faux.

Le chrétien se souviendra que le Christ est né dans le silence et la pauvreté. Il aimera la prière prolongée, la méditation des textes liturgiques si riches (si possible en groupe, en famille). Il se souciera du pauvre, de l’isolé, des personnes âgées.

Ce moment est éducativement un des plus favorables pour éveiller l’enfant à Dieu et aux pauvres.


 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 17/10/2017