LogoAppli mobile

33e dim. ordinaire (18/11) : Commentaire

Vers la fin de l’année liturgique, notre regard se porte sur les fins dernières (première lecture). A chaque messe, ’’nous attendons ta venue dans la gloire’’. Alors nos liturgies disparaîtront comme a cessé la liturgie juive quand Jésus est devenu le vrai Grand Prêtre. Confions-nous au Christ qui mène notre vie à son glorieux achèvement (deuxième lecture). Alors les sages et les maîtres dans la foi brilleront comme des étoiles (première lecture).

Première lecture : Dn 12,1-3

En ce temps-là viendra le salut de ton peuple.

L’expression en ce temps-là revient deux fois ; elle désigne et le temps de détresse dans lequel se débat le peuple persécuté, et le temps où viendra la délivrance, le salut de ton peuple - et la fin des temps, puisque ceux-ci débouchent dans le jugement final.

Ce temps est introduit par Michel, dit le chef des anges. A cette époque la théologie des anges se développe et l’on pense que chaque peuple a un ange protecteur. Michel combat pour le peuple de Dieu. Le moment est grandiose, toute la création, ciel et terre sont mobilisés.

Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière (image de la mort) s’éveilleront, ressusciteront. Les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelle. C’est le premier indice, dans la Bible, en une résurrection et un jugement final. L’enfer est, lui aussi, mentionné pour la première fois. Il est décrit moins comme un lieu que comme un état de honte et de déchéance. Mais l’auteur, négligeant les ’’damnés’’, concentre son attention sur ceux dont le nom se trouve dans le livre de vie. Dans des temps reculés, lorsque quelqu’un mourait, on rayait son nom du registre. Ne pas en être rayé, se trouver dans le livre de vie est donc signe de vie éternelle.

La promesse de la résurrection vise en premier lieu les sages, les maîtres de justice, les chefs spirituels du peuple (de la multitude) qui l’ont maintenu dans la vraie foi au milieu des persécutions. Ils brilleront comme la splendeur du firmament, ils resplendiront comme les étoiles. Le titre maître fait volontiers citer ce verset à la louange des maîtres d’école, des professeurs, des éducateurs.

Texte important, écrit aux portes du Nouveau Testament (vers 160 avant le Christ), lors de la terrible persécution d’Antiochus Epiphane. C’est dans ce temps trouble où la foi est plus menacée qu’elle s’affirme aussi avec plus de force. Le texte inspirera Jésus pour ses annonces de la fin des temps, et le Nouveau Testament en reprendra ’’l’appareil’’ (anges : Mt 25,31 ; Ap passim - livre de vie : Ap 3,5;17,8...) pour la description du jugement final.

Placée à la fin de l’année liturgique, cette vision nous invite à attendre la venue finale du Christ en restant fidèles, en nous conduisant en hommes avisés, sages, et, tels les maîtres de justice, en soutenant ceux de nos frères dont la foi risque de chavirer.

Psaume : Ps 15

Seigneur, pour moi, le choix est fait : tu es mon partage, c’est à ta coupe que je veux boire. Je suis tranquille, car mon sort dépend de toi, est dans tes mains. Aussi je suis inébranlable dans la détresse (première lecture).

Je te rends grâce, pendant cette eucharistie ; mon cœur exulte, mon âme est en fête. Par la glorieuse résurrection de ton fils Jésus, la mienne est assurée : tu ne peux laisser ton ami voir la corruption de la mort (interprétation chrétienne du psaume par Pierre, Ac 2,27).

Deuxième lecture : He 10,11-14.18

Une dernière fois, avec plus de force et d’insistance, l’auteur développe son leitmotiv : Christ nous a libérés une fois pour toutes. Le passage appuie ce côté définitif, irréversible. A ces Juifs convertis qui passaient par le découragement et la tentation de retourner à la liturgie du temple, la lettre dit : inutile, on n’offre plus de sacrifices.

Et de comparer, d’opposer le sacrifice de Jésus à ceux du temple. Ceux-ci devaient être répétés à plusieurs reprises, dans une liturgie quotidienne, toujours les mêmes sacrifices qui, d’ailleurs, n’ont jamais été efficaces, n’ont jamais pu enlever le péché.

Le sacrifice de Jésus Christ, au contraire, est un sacrifice unique (l’expression revient deux fois), il vaut pour toujours (revient également deux fois). Jésus s’est assis pour toujours à la droite de Dieu le Père. Il n’a plus besoin de revenir sur terre afin de s’offrir pour nous. Son sacrifice nous a menés à notre perfection. Non que nous soyons parfaits, mais l’essentiel est ’’par-fait’’, déjà et définitivement réalisé. Le Christ nous a libérés. C’est fait. Ce n’est plus à refaire. Nous avons déjà reçu la sainteté. Nous sommes déjà du côté de Dieu, nous lui appartenons. Beaucoup de chrétiens ont peur de l’avenir du monde. Ils tremblent. Hommes de peu de foi ! Le monde et son histoire sont déjà sanctifiés par le Christ qui les portera à leur achèvement.

Reste une difficulté : On voit si peu la victoire du Christ, rien n’est changé depuis 2000 ans ! La vue de foi est plus profonde que ces apparences : le mal dans le monde peut être comparé à ces combats d’arrière-garde bien éprouvants encore, mais qui ne sauraient remettre en cause la victoire acquise par Jésus. Le malade est déjà sur le chemin de la guérison, mais il se débat encore dans les fièvres postopératoires. Le mal dans le monde est vaincu, déjà le Christ s’est assis à la droite de Dieu en vainqueur ; mais il attend encore que ses ennemis soient mis sous ses pieds, image dérivée de la coutume orientale de faire servir le vaincu comme escabeau au vainqueur.

Ainsi s’achève une lettre qui n’a pas sa pareille dans le Nouveau Testament. Acte de foi intrépide pour une communauté en crise. Contemplation mystique du Christ Grand Prêtre qui nous a libérés. Définitivement.

Evangile : Mc 13,24-32

Avec la fin de l’année liturgique, nous arrivons à la fin de la lecture cursive de l’évangile de Marc, et il se trouve que la fin des enseignements du Christ traite aussi... de la fin des temps.

Prendre ce passage final pour une description du ’’comment se passera la fin du monde’’, c’est faire le même contresens que celui qui consiste à chercher, dans le récit de la création, le ’’comment ça c’est passé’’. La Bible, ni au début ni à la fin, ne se soucie du comment ; elle s’intéresse au pourquoi.

Nous avons à faire ici à une apocalypse, un genre littéraire à part, que l’on pourrait qualifier de surréaliste. Il aime travailler avec des images fantastiques où astres, bêtes, chiffres et couleurs composent un ensemble catastrophique débouchant sur un glorieux renouveau. L’interprétation, on s’en doute, n’en est pas facilitée.

Il semble pourtant que le soleil qui s’obscurcit, la lune qui perd son éclat, les étoiles qui tombent du ciel indiquent que les divinités cosmiques - alors adorées (et jusqu’à nos jours : le culte des astres se porte bien !) - seront anéanties. Ces faux dieux, ces puissances célestes seront ébranlées. Le verset peut aussi être pris comme l’annonce de ’’la grande casse’’, la fin de notre monde, débouchant sur une création nouvelle (2P 3,10-13). A condition de laisser aux images une valeur simplement suggestive, non descriptive.

Plutôt que de nous bloquer sur cet aspect de destruction, de fin - c’est sur l’aspect d’accomplissement que Marc porte notre regard ; car Jésus parle de sa venue : alors, on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel.

Un Fils de l’homme avait été annoncé par l’apocalypse de Daniel (Dn 7,13 sv) pour les temps messianiques. Jésus s’identifie souvent à lui, et il citera cette prophétie au Sanhédrin, la nuit de son arrestation (Mc 14,62). Ce Fils de l’homme qui était d’abord caché, maîtrisé, qu’ils tueront - le voici qui vient avec grande puissance et grande gloire, en Ressuscité conduisant à leur achèvement les destinées du monde.

Car c’est d’achèvement plus que de destruction qu’il s’agit. Il enverra ses anges pour rassembler les élus. C’est le moment grandiose et exultant de la moisson, de l’achèvement. Non ce mesquin achèvement des seuls Juifs rassemblés dans leur petit Israël, mais le salut universel réunissant dans la gloire du Christ les élus, des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel.

La comparaison du figuier introduit aussi la question du quand, du jour et de l’heure de la venue finale. Marc a fortement retravaillé les mots du Christ à ce sujet, car il devait répondre à une attente fébrile de ses lecteurs. A l’époque où il écrit (vers 65, pense-t-on), la menace de la destruction de Jérusalem se concrétise (elle aura lieu en 70) ; on s’impatiente. Des écrits circulent en milieu judéo-chrétien qui prédisent qu’avec la destruction du temple coïnciderait la fin du monde. De toute façon les chrétiens pensent, alors, que la venue de Jésus est imminente. Marc réagit contre cette fébrilité dangereuse, et détache la ruine de Jérusalem de la venue finale du Christ. Sans doute cette venue du Christ est-elle sûre. Vous pouvez vous fier à la parole de Jésus : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et l’heure de la venue finale, nul ne les connaît. Et, pour mieux affirmer la libre souveraineté de Dieu, il renchérit : pas même les anges du ciel, pas même le Fils (Jésus en tant qu’homme sur terre). Seulement le Père ! Que les sectes, qui ’’savent’’ le jour et l’heure, se le tiennent pour dit. Quant à nous, sachons lire les signes du temps : tout passe, tout casse et tout trépasse. Fixons notre cœur en Dieu qui, lui, ne passera pas.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 18/09/2018