LogoAppli mobile

2e dim. ordinaire (17/1) : Commentaire

Pendant cette eucharistie Dieu nous appelle par notre nom, comme le jeune Samuel (première lecture). Christ nous dit, comme à ses premiers disciples : Venez, demeurez chez moi, partagez mon idéal et mon action. Que cette rencontre soit telle qu’elle nous pousse à communiquer notre expérience à d’autres (évangile) - en paroles sans doute, mais tout autant par une vie exigeante, car nous appartenons au Seigneur (deuxième lecture).


Ce dimanche a encore quelque relation avec l’Epiphanie. Celle-ci, on s’en souvient, englobait, dans la liturgie alexandrine reprise par Rome, le baptême du Christ et les noces de Cana. La nouvelle liturgie n’a pas voulu rompre complètement avec cette ordonnance qui introduit d’ailleurs logiquement au ministère de Jésus.

Nous célébrons donc (du moins dans les pays francophones), le baptême du Christ le dimanche après l’Epiphanie (le premier dimanche du Temps ordinaire est pratiquement supplanté) et, le dimanche suivant (notre deuxième du Temps ordinaire), nous méditons des événements en relation avec ce baptême.

Ce n’est pas encore la prédication publique ’’en plein’’, ce sont les préparatifs, l’amorce de la grande intervention évangélique. Comme l’ouverture d’une porte, le temps immobile où le bourgeon mûr s’apprête à éclater.

Ce dimanche se présente donc comme un dimanche de transition - et parce qu’il fait transition entre la vie cachée du Christ et son ministère public - et parce qu’il comporte encore des éléments épiphaniques, tout en commençant déjà, dans l’épître, les lectures dites semi-continues.


Première lecture : 1 S 3,3b-10.19

Nous sommes à Silo, au nord de Jérusalem (celle-ci n’abritera le sanctuaire que près de cent ans plus tard). C’est là qu’il y avait le temple où se trouvait l’arche de Dieu, desservie par le prêtre Eli, un faible, et par ses deux fils, des indignes.

Les temps sont mauvais pour Israël, tant politiquement que spirituellement. « En ces temps-là, il était rare que le Seigneur parlât » (1 S 3, 1) - le terrible silence de Dieu quand l’homme s’éloigne de lui.

C’est dans ce contexte difficile que va naître la vocation de Samuel (vers 1050 avant J.-C.). Par choc. Comme devant une misère criante naît la vocation des grands fondateurs. Celle de saint Vincent de Paul, d’une Mère Teresa... comme naissent des vocations dans un environnement difficile, anti... La crise que traverse l’Eglise en Occident n’est-elle pas un choc qui suscite de nouveaux ministères ? Mais n’oublions pas que Samuel tient sa vocation aussi de sa mère, Anne, à la spiritualité si profonde qu’elle inspirera le Magnificat (1 S 2,1-10).

Samuel est encore inexpérimenté, un enfant. Il ne connaissait pas encore le Seigneur ; connaître au sens fort : la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. C’est la nuit, symbole de la débâcle d’Israël, du silence de Dieu, mais aussi du silence propice aux grands appels. Samuel couchait dans le temple, près de l’arche pour la garder. Il s’entendit appeler par son nom : Samuel, Samuel. Croyant que c’était le prêtre Eli, il court vers lui, mais celui-ci le renvoie se coucher. Au troisième appel, Eli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et lui dit : « Si on t’appelle encore, tu diras : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Ecouter, encore au sens fort d’obéir à la voix de Dieu dans un ’’me voici’’ profond qui change le cours de la vie. Alors, le Seigneur vint se placer auprès de lui, tout près, pour lui parler, mais aussi pour l’assister. Dieu lui dit alors qu’il allait en finir avec l’indignité d’Eli et de ses fils, et donc redonner au peuple un vrai chef (1 S 3,11-14).

Dieu était avec Samuel, et ’’tout Israël vit que Samuel était accrédité comme prophète du Seigneur’’, pour exécuter ses desseins et conduire le peuple, enfin, vers le redressement (1 S 3,20).

Le texte prépare admirablement l’évangile de la vocation des premiers disciples et nous renvoie à notre propre vocation (du latin ’vocare’ : appeler). Quelques-uns ont été appelés au service de Dieu d’une façon plus engagée, mais nous sommes tous appelés. Seigneur, tu m’as appelé personnellement, par mon nom. Tu m’appelles encore. Saurai-je écouter et redire, dans une générosité retrouvée : me voici ? - Ne craignons pas : Le Seigneur se placera près de nous.

* Les grands desseins sont réalisés par l’adulte, mais ils naissent dans l’enfant. Les enquêtes confirment que même les vocations dites tardives sont nées tôt, mais n’ont pu éclore que plus tard. Alors, pourquoi avoir peur ’’d’appeler’’ un enfant, un jeune ?

Psaume : Ps 39

La Lettre aux Hébreux applique le noyau de ce psaume (les versets 7-9) au Christ qui répond à l’appel du Père. Son Eucharistie a remplacé les holocaustes et sacrifices juifs. Elle continue mystiquement son oblation : voici, je viens - ceci est mon corps livré.

Unis au me voici du Christ, à celui du Samuel de la première lecture, disons : Tu as mis, Seigneur, un chant nouveau en ma bouche, le chant de libération de ton Fils ressuscité en qui tu t’es penché vers nous.

Avec ton Fils, nous disons un chacun : me voici. Je veux suivre ton appel que tu as écrit dans le livre de ta Parole, où j’apprends ce que tu veux que je fasse. Oui, ta loi, ton Evangile, ta volonté sur moi, voilà ce que j’aime. Aussi, dans la grande assemblée eucharistique et devant tous les hommes, je veux dire ton amour et ta vérité (fidélité).

Deuxième lecture : 1 Co 6,13b-15a.17-20

La première Lettre aux Corinthiens est fort longue. A lire à la file les extraits retenus par le lectionnaire, il faudrait... le tiers de tous les dimanches de l’année ! Fort heureusement, cette épître se laisse disséquer sans trop de frais, car elle traite de questions diverses sans rapport direct entre elles. En cette année B, nous reprenons la lettre là où nous l’avions laissée au huitième dimanche de l’année A ; elle nous occupera un bon mois.

La question, cette-fois-ci, est la suivante : Que faut-il penser du slogan : « Tout m’est permis » ? (Le verset est omis par le lectionnaire). Il y avait à Corinthe des laxistes qui s’autorisaient de leur soi-disant supériorité pour une plus que large liberté sexuelle. Saint Paul répond en donnant les bases de la pureté chrétienne :

1. Non seulement notre esprit, notre corps aussi est au Seigneur, il est pour lui. A l’encontre de la pensée grecque qui considérait le corps comme une simple enveloppe de l’esprit, appelée à disparaître, Paul, avec toute la Bible, voit le corps et l’esprit comme un tout inséparable.

2. Nous n’irons donc pas au ciel avec notre âme seulement ; nous serons près du Christ comme humains, esprit et matière (les deux évidemment transformés) : Dieu nous ressuscitera comme il a ressuscité le Seigneur Jésus, avec un corps glorifié.

3. Dès aujourd’hui, notre corps est sanctifié. Nous sommes, aussi de corps, membres du Christ, intimement unis à lui. Notre corps est, lui aussi, temple de l’Esprit Saint.

4. Ce corps est à estimer, à respecter, car il a été racheté très cher par le sang du Christ.

Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Les glorifications modernes du corps font pâle figure à côté de la dignité que Paul lui reconnaît ici. A méditer par ceux qui ont peur de leur corps (et donc le méprisent) autant que par ceux qui le détournent de sa finalité (et le méprisent d’une autre façon).

* Dans l’eucharistie, notre corps aussi reçoit le Christ et devient ainsi, avec plus d’intensité, le temple de l’Esprit Saint.

Evangile : Jn 1,35-42

Cet épisode (qu’il faudrait lire jusqu’au bout, Jn 1,35-51) a tellement marqué l’évangéliste qu’il se souvient encore du moment exact, c’était ’’le lendemain du baptême de Jésus’’ (la précision manque dans notre lectionnaire) et vers quatre heures du soir. C’est qu’il s’agit du premier moment où les apôtres ont vu le Christ, l’ont découvert et, par là-même, ont été appelés. Foi et vocation se tiennent : la foi pousse à suivre Jésus et le suivre approfondit la foi.

Cette foi-vocation s’amorce par d’autres. Ici par Jean Baptiste qui se trouvait avec deux de ses disciples. D’autres nous ont conduit au seuil de la foi, nous ont préparés à l’appel : nos parents, un prêtre, un ami... D’une façon plus générale, l’Eglise est le Jean Baptiste qui nous désigne le Christ : Voici l’Agneau de Dieu. Mais ce ne sont que des précurseurs, ils ne peuvent que préparer la vraie rencontre.

Et quelle rencontre ce fut ! Ils suivirent Jésus. Encore timidement. Lui se retourne. Il leur demande : Que cherchez-vous ? Ils lui répondent : Maître, où demeures-tu ? Nous voulons être tes disciples, partager ta vie. Il dit : Vous êtes libres, décidez-vous en connaissance de cause, venez et voyez. Ils l’accompagnèrent... ils restèrent.

Que c’est frais, direct, entier : un dialogue, un toi-et-moi, des questions brèves, des réponses franches. La foi prise sur le vif. Assez loin des vérités à croire avec la tête seulement. La foi c’est vivre avec. Demeurer. Accompagner. Rester. On peut avoir été le premier au catéchisme, avoir lu beaucoup de livres religieux, être calé en théologie. On n’a la foi que si on a rencontré le Christ, que si on demeure avec lui.

Les deux ne peuvent garder cette expérience pour eux, ils la communiquent : André va trouver son frère Simon et l’amène. Nouvelle rencontre qui change, transforme, donne responsabilité, comme l’indique le changement de nom : tu t’appelleras Pierre, roc sur lequel Jésus bâtira son Eglise (Mt 16,18).

Tout est résumé en ces mots : ils entendent, ils suivent, ils restent, ils vont trouver d’autres.

Te rappelles-tu ces moments où tu as été pris, habité par le Christ ? Les débuts émouvants de ton dialogue avec lui... quand ta religion était devenue Quelqu’un, Lui ? Demande à refaire cette expérience. Et, par ta générosité, provoque-la.

Si les disciples paraissent au premier plan du récit, en fait, c’est le Christ qui domine la scène. L’évangéliste en donne discrètement, mais clairement, un portrait, une vision de foi. Jésus est dit :
A) Agneau de Dieu - à prendre au sens fort de l’agneau pascal, signe de libération. Jésus, par son sacrifice, est notre libérateur (l’araméen ’talyah’ a aussi le sens de serviteur, le serviteur messianique qu’Isaïe annonce libérateur - voir Is 49,3 et surtout Is 53,1-12 ; le message reste donc le même).
B) Rabbi : il est le maître qui enseigne ; la Parole personnifiée.
C) Messie : celui qu’attendait le peuple dispersé pour être réunifié. Qui es-tu ? - Pour moi !

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 17/11/2020