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Année B

2e dim. de l’Avent (10/12) : Commentaire

Comme au dimanche précédent, pas un mot de Noël. Le regard se porte plus loin, vers la venue, majestueuse, presque écrasante du Christ de gloire. Et s’il est question de naissance, c’est de la nôtre, quand nous naîtrons à des cieux nouveaux et à une terre nouvelle.

Christ viendra comme Seigneur de puissance et berger de douceur (première lecture). Sans doute nous fait-il encore patienter (deuxième lecture). Ce qui importe, c’est de lui préparer la route en changeant de vie (évangile).

Première lecture : Is 40,1-5. 9-11

Jérusalem, qui personnifie le peuple de Dieu, a reçu une terrible, une double punition pour toutes ses fautes. Le peuple est déporté, en exil à Babylone (vers 550 avant J.-C.). Mais Dieu l’aime toujours et veut le ramener au pays. Consolez mon peuple... parlez-lui au cœur. Le service d’esclave est accompli, le crime d’apostasie est pardonné.

Monte vite sur la haute montagne, élève la voix et avec force ! Toi qui portes la bonne nouvelle à Sion, le peuple désolé. Dis : Voici le Seigneur Dieu, il vient avec puissance comme un guerrier victorieux, ses trophées de victoire le précèdent.

Mais c’est un roi dont le royaume n’est pas de ce monde, sa victoire est sur le Mal, sa puissance est de bonté. Il va se mettre à la tête de son troupeau, l’Eglise. Avec une tendre attention pour les petits et les faibles, comme le berger qui porte les agneaux sur son cœur et prend soin des brebis qui allaitent leurs petits.

Déjà nous est révélé qui est Jésus : le Seigneur de gloire et de majesté et, en même temps, le doux et humble de cœur.

Mais ne vous contentez pas d’entendre la bonne nouvelle. Préparez cette venue. Comme au temps de “l’adventus”, de la venue d’un roi dans une de ses provinces éloignées, tracez une route... tout ravin sera comblé, toute colline abaissée... (versets auxquels se référera Jean Baptiste dans l’évangile).

Ce texte-programme résume admirablement la spiritualité de l’Avent : conscience de nos fautes - regard de foi vers le Christ qui vient - effort pour lui ouvrir la route.

Psaume : Ps 84

Je t’écoute, Seigneur, toi qui, en cet Avent, me parles de la paix, du salut tout proche. Bientôt nous allons voir ta gloire habiter parmi nous. Le ciel et la terre vont se rencontrer en ton Verbe fait chair. Marie, de notre terre, donnera son fruit, mais il est de toi, de ton Esprit Saint, c’est ton bienfait. Fais-nous voir, Seigneur, ton amour personnifié, Jésus.

Deuxième lecture : 2 P 3, 8-14

Les chrétiens des premières générations espéraient que le Christ viendrait encore de leur vivant. Ils étaient impatients. Nous aussi, nous attendons avec impatience que Dieu intervienne. Mais il semble en retard, rien ne se produit, le christianisme a si peu d’impact (et nous-mêmes ne changeons guère !).

Saint Pierre rétorque : Dieu a une autre horloge que nous. Pour le Seigneur..., mille ans sont comme un seul jour. Il veut que tous les hommes aient le temps de se convertir. Sachons donc patienter, puisque Dieu lui-même patiente pour nous.

A coup sûr, le Jour du Seigneur (expression pour la venue finale du Christ) viendra. La description de ce jour se fait avec les images juives de l’époque : Cieux qui disparaissent avec fracas, éléments en feu, terre brûlée. Tout cela est en voie de destruction. Aucun athée, aucun chrétien ne discute la fragilité de notre existence, la brièveté de notre “réussite” (?). Les chemins se séparent pour “ce qui vient après”. Pour les uns, c’est le néant. Quant à nous, nous attendons des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Comment seront-ils ? Pierre dit qu’y résidera la justice. Par quoi on peut entendre la fin de nos injustices, ce qui est déjà pas mal. Mais, bien plus encore, y résidera la justice de Dieu. Le monde sera juste, comme une note sonne juste, il sera en harmonie avec Dieu. Rêvons, sûrs que la réalité sera encore plus belle.

Dans l’attente de ce jour, rêvons activement : Faites tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables. Dès maintenant, faites la paix.

Évangile : Mc 1,1-8

Pendant l’année B du cycle des lectures, nous lisons l’évangile de Marc et, en ce deuxième dimanche, son commencement. A vrai dire, le mot commencement a ici un autre sens que : début d’un texte. C’est le début d’une action de Dieu, aussi importante que le “Au commencement, Dieu créa” (Gn 1,1) ou chez Jean : « Au commencement était le Verbe » (Jn 1,1). Un commencement qui suppose... que l’on continue. Aujourd’hui. Il y a tant à faire ! Commençons. Re-commençons.

Commencement de la Bonne Nouvelle, en grec ‘eu-angelion’, d’où le mot évangile. L’évangile n’est pas d’abord un livre, mais le contenu de ce livre, une bonne nouvelle, de quoi respirer, se sentir libéré.

Cette Bonne Nouvelle, elle est de qui ? De Jésus Christ, le Fils de Dieu.

Celui que nous attendons, le voilà campé en trois titres lourds de sens qui, chacun, désignent une fonction :

Jésus, en hébreu Jeshua - Dieu sauve ; nom donné par l’ange de l’annonciation, car il exprime ce que cet enfant sera pour le monde.

Christ, mot grec pour l’hébreu Messie : l’Oint, l’Envoyé de Dieu.

Fils de Dieu, un titre que l’on donnait parfois au roi. Il ne prendra son sens plénier qu’à la Pâque de Jésus. Le centurion s’écriera après la mort du Christ : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! » (Mc 15,39). Ce titre est affirmé et au début et à la fin de Marc, procédé littéraire qui indique le contenu de tout l’évangile.

Ces trois titres massifs, cette triple fonction, Marc va maintenant les situer.

Et cela par rapport à tout l’Ancien Testament. Jésus est l’aboutissement d’une promesse qui parcourt toute la Bible, particulièrement les prophètes dont Isaïe est ici la personnification : le Seigneur enverra un libérateur. Des siècles de désir, d’attente, de préparation vont être réalisés.

Ce Messie, Dieu le fera précéder d’un messager, d’une voix qui criera dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur.

Ce messager, cette voix nous sont aussitôt campés. Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Le verbe paraître suggère une manifestation extraordinaire. Impression encore augmentée par le verbe proclamer. Jean clame, crie fort. C’est qu’il demande autre chose que de s’améliorer un peu, “je tâcherai de faire mieux”. Il proclame un baptême de conversion, un rite où l’homme reconnaît ses péchés, prend conscience qu’il a fait fausse route, pour, maintenant, changer de direction, se retourner vers Dieu. Ce baptême est pour le pardon des péchés, expression large qui inclut une nouvelle relation avec Dieu.

Puis vient l’affirmation centrale de cet évangile, introduite par la description d’un Jean Baptiste puissant en paroles et en actes, vêtu de poil de chameau, l’habit distinctif du prophète (Za 13, 4). Voici, mot qui indique l’importance de ce qui va suivre. Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Jean le grand, puissant en paroles et en actes au point que toute la Judée et même tout Jérusalem pourtant blasé venaient à lui et confessaient leurs péchés - ce Jean annonce un plus puissant que lui. Il n’y a même pas de comparaison. Je ne suis pas digne de défaire, tel un serviteur à son maître, la courroie de ses sandales. Moi, je ne puis que baptiser dans l’eau, un signe extérieur de contrition, de purification. Lui il vous baptisera, littéralement : vous plongera dans l’Esprit Saint, en Dieu lui-même. L’Esprit vous transformera de fond en comble, ce sera la vraie conversion, le vrai retournement.

Ce n’est donc pas un bébé que nous attendons pour Noël, mais un plus puissant, le Christ de majesté. Nous voudrions le manipuler, le rabaisser à nos petits plans. Lui il fera craquer nos étroitesses. Noël en sera plus grandiose. Il veut entrer dans nos faiblesses avec puissance. Noël en sera plus réconfortant pour la communauté trop timide que nous formons.

A condition d’y mettre le prix. De préparer le chemin, d’aplanir la route, de reconnaître nos péchés. Il nous faut avoir le courage de dénoncer ce qui est tortueux, cabossé dans notre société, dans nos familles - et commencer par nous-mêmes. Ah ! ces silences, ces compromissions, ces arrangements !

A condition, encore, de vivre comme Jean Baptiste. Je n’ai pas besoin d’imiter l’extérieur de son mode de vie, mais bien l’attitude intérieure qu’il révèle :

Je dois aller au désert. Au désert intérieur où je rencontre Dieu. Je dois devenir prophète. Moins un prophète qui prédit l’avenir que celui qui secoue, dérange, provoque.

Je dois éviter luxe et confort installé, mener une vie sobre signifiée par la nourriture de sauterelles et de miel sauvage.

Alors, je pourrai être ce messager, cette voix qui crie - et qui sera entendue. Alors, toute la Judée, tous ces gens qui cherchent, tout Jérusalem, tous ces hommes blasés, mais insatisfaits, viendront à moi.

Sois fier : tu es le messager du Seigneur. Sois humble : tu n’es que le messager d’un plus puissant que toi. Sois crédible : crie le Seigneur par ta vie.


Désirs

La liturgie de l’Avent nous éduque au désir de la venue finale du Christ, quand il viendra, le jour de notre mort, nous prendre près de lui, et quand, à la fin des temps, il viendra remplacer ce monde bancal par sa justice et sa paix.

Désirer cette double venue est une attitude fondamentale de la vie chrétienne. Sans ce désir qu’est-ce qui nous distingue de l’honnête non-croyant ? Désirons-nous vraiment ainsi ? Si ce désir est faible, c’est que notre relation au Christ est faible. A regarder de plus près.

Mais la liturgie n’entend pas nous bloquer sur le seul désir de la venue finale du Christ. Ce serait irréaliste : je ne me sens pas capable de ce mono-désir. Ce serait faux : Dieu ne veut pas des évadés de l’existence. Aussi la liturgie nous éduque-t-elle à désirer que Jésus vienne dès maintenant, dès aujourd’hui. Pour nous changer. Pour qu’un peu de sa paix, de sa justice vienne en notre monde. Tout de suite. Actualisons la venue du Christ et Noël sera plus qu’une fête : un événement.


 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 10/10/2017