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29e dim. ordinaire (21/10) : Commentaire

Pendant cette eucharistie, contemplons le Christ tel que l’a prédit Isaïe : Le “Serviteur” qui a pris sur lui nos souffrances (première lecture), tel que la Lettre aux Hébreux nous le décrit encore : Il a connu l’épreuve, il a partagé nos faiblesses (deuxième lecture). Nous qui recherchons les bonnes places et nos petits avantages, faisons-nous serviteurs comme Jésus. Que notre assemblée dominicale nous aide à tenir ferme dans la foi. (deuxième lecture).

Première lecture : Is 53,10-11

Pendant l’exil, un disciple d’Isaïe a l’intuition profonde que le salut d’Israël ne viendrait pas par les armes, mais par un étrange personnage qu’il appelle le Serviteur. Un Serviteur qui rachèterait Israël par la souffrance. Nous avons déjà lu un de ces chants uniques le 24e dimanche (Is 50,5-9). Voici un extrait du quatrième chant. Le sens de la souffrance du Messie y est exposé on ne peut plus nettement.

Parce qu’il a connu la souffrance, mon Serviteur justifiera (libérera) la multitude. C’est donc par sa passion qu’il est rédempteur. Il se charge du péché des hommes, il fait ainsi de sa vie un sacrifice d’expiation.

Mais lui-même, bien que broyé par la souffrance, n’en sera pas anéanti : il prolongera ses jours, il verra la lumière, il sera comblé (un indice de la résurrection du Christ). Il verra sa descendance (l’Eglise).

Jésus est ce Serviteur annoncé : « Le Fils de l’homme est venu servir, il donne sa vie en rançon pour la multitude » (évangile).

Puisons force dans ce beau texte pour supporter notre propre souffrance, l’inévitable. Portée avec le Christ, elle aussi débouchera dans la lumière.

[Ce chant est lu in extenso le Vendredi saint.]

Psaume : Ps 32

Jésus a prié ce psaume dans un confiant abandon au Père qui est fidèle, qui veille... pour le délivrer de la mort par sa glorieuse résurrection. Unis à lui, unis à nos frères éprouvés, nous chantons :
Oui, Seigneur, tu es fidèle, malgré les apparences contraires quand le mal prend le dessus et que nous risquons d’être désorientés. Tu veilles sur nous qui mettons notre espoir en ton amour. Tu nous délivreras de la seconde mort (Ap 20,6), tu nous ressusciteras. Aussi, pendant cette eucharistie, ’’nous attendons ta venue dans la gloire’’ et, dans cette attente terrestre, tu es pour nous un appui, un bouclier. Notre espoir est en toi !

Deuxième lecture : He 4,14-16

L’ancienne liturgie du temple, grandiose et solennelle, parlait encore nostalgiquement au cœur des Juifs convertis au christianisme - plus que l’humble eucharistie célébrée dans les maisons privées. Alors, l’auteur de la lettre de leur expliquer que le Christ célèbre une liturgie bien plus grande et bien plus efficace que celle du temple. Si le grand prêtre pénétrait, avec le sang des bêtes sacrifiées, de la cour jusque dans le sanctuaire, le Christ, lui, a pénétré, par son propre sacrifice, au-delà des cours célestes, des cieux, jusqu’au Père.

Le problème liturgique de ces communautés primitives n’est plus le nôtre. Mais nous connaissons leurs découragements, leurs hésitations et leur tentation de lâcher. Gardons confiance. Le Christ, bien qu’il soit le Grand Prêtre par excellence, a, lui aussi, passé par l’épreuve, absolument comme nous. Il comprend donc nos faiblesses. Avançons donc, non dans la crainte juive, mais dans la confiance chrétienne, regardant le Christ qui a passé par nos épreuves, avançons vers Dieu pour obtenir secours. Il ne nous délaissera pas. Avançons avec assurance et tenons ferme dans l’affirmation de notre foi.

Le Christ ne nous demande pas d’être des héros qui avanceraient vers ’’la victoire en chantant’’. Il nous demande seulement de ne pas céder au découragement. Encourageons-nous les uns les autres. Que nos rencontres dominicales nous fortifient mutuellement dans la foi. Portons ensemble le regard sur le Christ. Oui, avançons vers Dieu avec pleine assurance. Tenons ferme.

Evangile : Mc 10,35-45

Jésus vient d’annoncer sa passion pour la troisième fois. Et, pour la troisième fois, les apôtres manifestent une incompréhension entêtée. A l’avant-plan, Jacques et Jean. Deux frères, sélectionnés par Jésus avec Pierre pour la transfiguration et, comme lui, notoirement aveugles sur ce qui va se passer. C’est une petite consolation pour nos esprits si lents à admettre la croix.

Les voici qui s’approchent de Jésus et, sans oser directement venir avec leur requête -seraient-ils tout de même un peu gênés ? - lui disent : Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. Poussés par Jésus à la formuler, ils répondent : Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire. Quelle prétention ! Se laisserait-elle expliquer par le fait que, selon une tradition d’ailleurs sans base scripturaire sûre, ils auraient été cousins de Jésus ? Et que donc, en bonne coutume orientale, ils fassent valoir leurs ’’droits de famille’’ ?

Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez, car être à ces places implique que l’on boive la coupe de douleurs avec Jésus et que l’on soit baptisé comme lui, c’est-à-dire plongé dans les eaux de la souffrance. Ils affirment, dans leur généreuse naïveté : Nous le pouvons. Sans se douter qu’ils dormiront, à l’agonie et fuiront à l’arrestation de Jésus.

Jésus reprend : Vous boirez à ma coupe, vous recevrez mon baptême, faisant allusion au martyre de Jacques (Ac 12,2) et à la déportation de Jean (Ap 1,9). Mais je ne suis pas un distributeur de bonnes places, c’est au Père qu’il appartient de les accorder. Humilité, déférence de Jésus envers son Père !

Les dix autres avaient entendu la conversation. Ils s’indignent contre ces ambitieux. Est-ce indignation vertueuse ? Ne se sont-ils pas, eux aussi, disputés pour les premières places (Mc 9,34) ? Sont-ils, peut-être, indignés d’avoir été devancés ? Pauvre faiblesse humaine !

Cette mentalité, cet arrivisme ont dû être assez forts pour que Jésus appelle ses disciples à part, expression pour indiquer un enseignement particulier et important, dans lequel Jésus renverse leur échelle des valeurs (et bien sûr la nôtre) : Vous le savez... les grands font sentir leur pouvoir, ils commandent en maîtres. Parmi vous, il n’en doit pas être ainsi. Hélas, nous restons humains ! Ce qui ne devrait pas être l’a souvent été, et dès les débuts - sinon Marc n’aurait pas jugé nécessaire de rappeler ces mots du Christ. Que l’on pense aux rivalités et jalousies à Corinthe (1Co 1,10 et sv.). L’arrivisme des disciples, le goût du pouvoir sont des faiblesses cléricales, augmentées encore du fait que l’on parle, ou croit parler - au nom de Dieu !

Il ne doit pas en être ainsi. Le pouvoir dans la communauté est un service : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur, celui qui veut être premier sera l’esclave de tous. Jésus se donne lui-même en exemple. Lui, le Fils de l’homme, le Messie, n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. Non seulement donner, mais se donner, donner sa vie en rançon pour la multitude. C’est la seule fois que le mot rançon paraît dans les synoptiques. Une théologie trop prisonnière de cette image a présenté le Christ-Rédempteur comme payant une rançon à Dieu, voire au diable. Cette théologie de marché est aujourd’hui heureusement abandonnée. Il reste que Jésus “y a mis le prix” : il a donné sa vie !


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 21/08/2018