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25e dim. ordinaire (23/9) : Commentaire

Nous rêvons d’un christianisme de réussite et qui nous mettrait en valeur. Voici que Jésus, pendant cette messe, nous parle de croix, et nous demande de nous faire petits et serviteurs (évangile et première lecture). Combattons en nous cet arrivisme, ces convoitises qui sont la source de tant de conflits (deuxième lecture). « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous. »

Première lecture : Sg 2,12.17-20

En préparation à la première partie de l’évangile du jour, où le Christ annoncera sa passion, voici des propos haineux contre le juste.

Ceux qui méditent le mal ne supportent pas que le juste leur soit un vivant reproche : Il nous contrarie et s’oppose à notre conduite. Eh bien, nous allons le tester et provoquer Dieu lui-même ! Soumettons le juste à des outrages et à des tourments. On saura bien alors ce que vaut sa douceur. Et si cela ne suffisait pas, condamnons-le à une mort infâme. Ils sont persuadés que Dieu ne l’assistera pas, ne le délivrera pas... ne veillera pas sur lui.

Le juste ridiculisé. Tant d’hommes de foi conspués, persécutés. Jésus les représente, les incarne. Lui-même sera ’’testé’’, contesté comme personne. Mais c’est lui aussi qui relèvera le défi : « Le Fils de l’homme ressuscitera le troisième jour » (évangile). Oui, Dieu le Père l’assistera, le délivrera. Oui, Il est fils de Dieu.

Psaume : Ps 53

Le psaume peut se chanter, pendant l’eucharistie, comme une action de grâce en union avec le Christ ressuscité qui dit lui-même : Tu es venu, ô Père, à mon aide... quand les puissants ont cherché ma perte. Aussi, de grand cœur, je t’offrirai le sacrifice, je te rendrai grâce, car tu es bon.

Il peut aussi se chanter comme un cri de supplication au nom de nos frères et sœurs persécutés et de tous les hommes en détresse : Dieu, entends ma prière, écoute ! Sauve-moi ! Ceux qui n’ont pas souci de toi... se sont levés contre moi.

Deuxième lecture : Jc 3,16-4,3

Dimanche dernier, Jacques morigénait les riches. Il s’attaque aujourd’hui à la racine de leur comportement et s’en prend aux instincts d’où viennent les conflits dans la communauté. Ces instincts sont la jalousie, les rivalités, les convoitises. Ils mènent au désordre. Les chrétiens vont jusqu’à tuer psychologiquement, se faire une guerre à mort. Le zèle que Jacques déploie ici fait deviner des désordres sérieux. D’où son souci de la paix, de la tolérance, de la compréhension, de la justice. Les communautés idéales n’existent pas. Paroisse, famille, groupe... tous ont leur lot de misères.

Consciente de ces lacunes, la liturgie sème littéralement les appels à la paix : dès le début de la messe : « Je confesse ... à vous mes frères » ; dans la prière eucharistique : « Que nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps » ; et quand approche la communion, qui est aussi, faut-il le rappeler, communion entre nous, elle les multiplie à plaisir - prière pour l’unité, geste de paix, cri à l’Agneau pascal : « Donne-nous la paix. »

Par ailleurs, trop de calme est signe d’inertie. Un peu de contestation bienveillante, de critique positive est signe de vitalité. Pourvu que nous soyons tolérants, pleins de compréhension. Nous avons besoin, pour cela, d’une sagesse supérieure, celle qui vient de Dieu. C’est elle qu’il faut demander. Voilà la vraie prière.

Evangile : Mc 9,30-37

A peine Jésus a-t-il parlé, pour la première fois, de sa passion (dimanche dernier), qu’il en parle encore sur ce chemin vers Jérusalem qui, pour l’instant, traverse la Galilée. Il en parie seul à seul avec ses disciples qu’il instruit. Il ne voulait même pas que l’on sache son passage. A quoi bon ! Ce ne serait que malentendu et, de toute façon, son ’’mystère’’ ne sera compris qu’après les événements, dans la lumière de sa Pâque.

Pourtant, il tient à préparer les disciples : Le Fils de l’homme (personnage messianique annoncé par Daniel, qui viendrait sur les nuées du ciel et auquel Jésus s’identifie) est livré aux mains des hommes. Ce livré est lourd de sens. Qui va livrer Jésus ? En surface, Judas, les chefs... En profondeur le Père qui va abandonner le Fils à la cruauté des hommes. Jésus lui-même se livre volontairement. L’eucharistie a retenu ce mot pour la consécration : « la nuit qu’il fut livré. » Il y a là quelque chose d’insondable, de déroutant, de scandaleux. Il faudrait s’arrêter chaque fois. Ne pas s’y habituer.

De ce être livré jusqu’à être tué va surgir notre libération : trois jours après sa mort, il ressuscitera.

Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles. Et puis, ils n’avaient aucune envie de comprendre. Ils étaient trop aveuglés par le mirage d’un messie triomphant. Aussi craignaient-ils des révélations trop brutales, ils avaient peur de l’interroger. Qui d’entre nous ne s’y reconnaît ? Avec un peu de sincérité. La souffrance, nous en avons peur. Alors, nous étouffons les problèmes, nous n’interrogeons plus le Christ.

Un deuxième épisode contraste violemment avec le premier. Au Christ qui est livré, qui se livre, se donne - voilà que sont opposés les disciples qui, eux, cherchent leurs avantages : ils avaient discuté pour savoir qui était le plus grand. Jésus renverse leur échelle de valeur qui est, soyons francs, souvent la nôtre. Nous jugeons selon la réussite extérieure, le rendement, la bonne place. Ne cherche pas à être le premier, le plus grand selon le monde. Si tu veux être vraiment grand, premier dans le Royaume, sois le dernier de tous et le serviteur de tous.

Et, pour se faire comprendre, Jésus prend un enfant qui se tenait là, le place au milieu d’eux, bien en évidence. Un enfant, au temps de Jésus et dans tout l’Orient, ça ne comptait pas ; il n’intéressait pas les hommes adultes. Cet enfant, là au milieu d’eux, est donc moins le signe de l’innocence que de l’insignifiance, de la faiblesse. Jésus embrasse cet enfant qui ne compte pas, lui donne une marque de déférence et d’estime, et va jusqu’à s’identifier à cet être petit, chétif. Non seulement à cet enfant, mais à tous les méprisés, méconnus, laissés pour compte : celui qui accueille en mon nom (retenons la précision en mon nom, dépassons la philanthropie pour l’esprit de Jésus) un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Plus ! A travers moi, il accueille celui - le Père - qui m’a envoyé.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 23/07/2018