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23e dim. ordinaire (9/9) : Commentaire

Le Christ vient à moi, pendant cette eucharistie, pour m’ouvrir “l’oreille du cœur” parce qu’il veut que j’entende. Il veut délier ma langue timide, afin que je transmette autour de moi sa Bonne Nouvelle (évangile et première lecture). Que cette annonce s’exprime d’abord dans mon respect envers les petits et les pauvres (deuxième lecture).

Première lecture : Is 35,4-7a

Ça va mal. Les gens s’affolent. Alors, le prophète leur dit : Prenez courage ! Dieu intervient. Le voici ! Il vient lui-même ! Ce ne sont pas vos forces qui pourront vous obtenir vengeance (nous sommes encore dans l’Ancien Testament !). Cette revanche vient de Dieu. Il va vous sauver. Combien de fois nous affolons-nous en oubliant de compter sur Dieu !

Viennent alors des signes de l’action divine : les yeux des aveugles s’ouvriront et les oreilles des sourds, le boiteux bondira... le muet criera de joie... la terre dévastée, déserte sera recréée : l’eau jaillira de la terre aride...

L’Ancien Testament lisait déjà ce texte comme une prophétie messianique, et l’évangile du jour la réalise avec la guérison du sourd-muet, tandis que la foule chante la nouvelle création en Jésus : « Tout ce qu’il fait est admirable ».

Psaume : Ps 145

Rendons grâce au Seigneur pendant cette eucharistie : ce qu’il fait est admirable (évangile). Nous qui étions opprimés, enchaînés, loin de Dieu, il nous a déliés. Il nous a, par le baptême, ouvert les yeux de la foi, il nous donne maintenant le pain de son corps !

Deuxième lecture : Jc 2,1-5

Ne faussons pas la foi en y mêlant des considérations de personnes. Chose bien humaine, mais incompatible avec la foi en Jésus le Christ, le Seigneur de gloire. Christ est au-dessus des castes et des classes.

Et de citer l’exemple, pris sans doute sur le vif, d’un homme aux vêtements riches et d’un pauvre aux vêtements sales qui arrivent en même temps dans l’assemblée de la communauté chrétienne. Remarquez que ce n’est pas le riche, peut-être un sympathisant qui vient pour la première fois, mais bien ces chrétiens de la communauté qui manquent à l’Evangile, qui font des différences et jugent selon des valeurs fausses, en priant le riche de prendre un siège et de bien s’installer, tandis que le pauvre s’entend dire : toi, reste là debout, ou : assieds-toi par terre.

Ce faisant, ils vont contre Dieu qui a choisi les pauvres aux yeux du monde. Ceux-ci sont les vrais riches, riches de la foi, héritiers du Royaume. Une constante que nous retrouvons dans le Magnificat, les Béatitudes...

Que c’est actuel ! Nous jugeons d’après les apparences, ô combien souvent ! Le pauvre n’est pas intéressant, il ne nous apporte rien. Nous nous mettons ainsi en contradiction avec les jugements du Christ. Et notre échelle de valeurs place les riches d’argent au-dessus des riches de la foi.

Les classes de mariage et d’enterrement, les tapis spéciaux... ont heureusement disparu de nos liturgies. Ils tendront toujours à s’y réintroduire. Veillons à ne pas faire de différence - aussi en dehors des assemblées liturgiques !

Evangile : Mc 7,31-37

Jésus quitta la région de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en Décapote. Géographiquement, c’est un détour, et encore par la montagne. Mais Marc n’a cure de géographie. Ce qui l’intéresse ici, ce sont ces régions païennes ; il quitte l’une pour entrer dans l’autre. Jésus ne se meut pas seulement dans l’Eglise, il agit, plus que nous ne le pensons, au-delà d’elle. Sortons-nous de nos liturgies douillettes pour aller dans ces régions ?

Le détour s’explique encore par le désir de Jésus d’éviter les pharisiens avec lesquels il a eu maille à partir. Il se réfugie donc en ces régions à l’écart où, inconnu, il pourra se consacrer plus facilement à la formation de ses disciples.

Mais le téléphone arabe fonctionne... Voici qu’on lui amène un sourd-muet. Habituellement, Jésus guérit d’un mot : « Je le veux, sois guéri. » Ici, il prend le malade à l’écart, loin de la foule, il lui mit les doigts dans les oreilles et, prenant de la salive, lui toucha la langue. On ne sait trop comment expliquer ces gestes également connus des guérisseurs païens. Peut-être que, le sourd ne pouvant entendre, un geste plus ample était obvie. Utiliser la salive était alors courant, et nos mamans le font encore pour apaiser l’enfant qui s’est heurté le genou, le bras... Ces gestes rebutent les aseptisés que nous sommes, alors que les Pères de l’Eglise conseillaient aux chrétiens (on communiait encore sous les deux espèces) de prendre du vin consacré et d’en mettre sur les yeux et les oreilles.

Jésus lève les yeux au ciel comme pour implorer la force d’en-haut. Que Jésus soupire est moins un signe de pitié que de lutte : Jésus respire à fond, comme s’il prenait un élan, comme s’il devait faire effort contre le mal et contre tous ces endurcissements, ces oreilles volontairement bouchées, ces bouches volontairement cousues. Il y a de quoi soupirer !

Les miracles du Christ, faut-il le rappeler, sont avant tout des signes. Ce sourd est la personnification des Juifs sourds aux appels du Christ. Pire ! Ils se bouchent les oreilles (Mt 13,15). Quant au mutisme, il est volontiers lié à un manque de foi : Zacharie perd la parole parce qu’il a douté (Lc 1,20). Inversement, Dieu lui-même se tait quand nous ne voulons plus l’entendre. Le terrible silence de Dieu, si caractéristique de notre temps !

Mais ce sourd-muet incarne, bien plus encore et, cette-fois-ci, d’une façon positive, les païens venus à la foi, auxquels Jésus donne l’entendement du cœur. Marc, qui écrit pour des païens convertis, sait leur faire plaisir, et eux se seront reconnus dans le sourd-muet guéri, eux auxquels le baptême a délié la langue et a permis de “proclamer les louanges”. Tout à l’heure ils feront le chœur pour l’action de grâce.

Texte qui nous provoque : Nous sommes le sourd auquel Jésus dit : Ouvre-toi, ne reste pas boutonné dans tes refus, tes peurs, tes tristesses... Ouvre-toi aux tiens, au monde. Parle. Proclame. Pas de phrases. Que ta vie soit annonce.

Enfin et surtout, le signe manifeste qui est Jésus : il est le Messie, celui qu’Isaïe prédisait comme “ouvrant les oreilles des sourds” (première lecture), celui qui ouvre l’homme à Dieu. Jésus, par ces signes, fait un monde neuf, une nouvelle création, création que relèvent les mots du chœur : Tout ce qu’il fait est admirable ! et qui semblent directement inspirés du chœur de la première création : « Et Dieu vit que cela était bon. » (Gn 1,10-31)

Que Jésus leur recommande de n’en rien dire à personne relève du fameux secret messianique souvent rencontré ; Jésus apparaît comme le Messie, mais les esprits ne sont pas prêts ; autant se taire en attendant. A la résurrection, ce sera autre chose. Mais plus il le leur défendait, plus ils le proclamaient - le secret de sa personne restant autant voilé qu’il était manifesté.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 09/07/2018