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22e dim. ordinaire (2/9) : Commentaire

Pendant cette eucharistie, Christ nous appelle à ne pas l’honorer des lèvres, à ne pas pratiquer par tradition - mais avoir le cœur près de lui, par une vie de justice et de bonté (évangile). Ne nous contentons pas d’écouter les Ecritures pendant cette liturgie. “Pratiquer”, c’est aussi venir en aide à tout homme dans le malheur (deuxième lecture). Ce n’est pas la multiplication des préceptes qui honore Dieu, mais la manière engagée dont nous observerons le commandement unique : « Tu aimeras » (première lecture).

Première lecture : Dt 4,1-2.6-8

Le Deutéronome - un des plus beaux livres de l’Ancien Testament - est une méditation assez tardive (de 600-300 avant J.-C.) sur les événements concernant l’Exode et plus particulièrement l’Alliance conclue au Sinaï. Cette Alliance s’est concrétisée dans la Loi, appelée encore : commandements, décrets, ordres qui sont moins des lois courantes que, plus profondément, la Parole de Dieu.

L’extrait est un appel pathétique à l’écouter, à la mettre en pratique. Vous n’y ajouterez rien, vous n’y enlèverez rien. Formule alors courante pour dire que cette loi était sacrée, qu’elle venait de Dieu et que l’homme n’avait pas à la changer. Venant de Dieu, cette Loi donne à Israël une sagesse et une intelligence supérieures qui feront l’admiration de tous les autres peuples.

Alors que les lois habituelles créent une distance entre le législateur et le sujet, ici, au contraire, - et l’on voit bien qu’il ne s’agit pas de loi au sens courant, mais de la Parole de Dieu - cette Loi rend le Seigneur proche. Cette Loi, bien mise en pratique, fait vivre et entrer en possession du pays que vous donne le Seigneur.

Bel éloge de la Loi, Parole de Dieu. Invitation à la respecter, à la méditer, à la mettre en pratique. Fond sur lequel Jésus critiquera les pharisiens qui la manipulent y ajoutant, en enlevant : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu (valorisé dans cette première lecture) et vous vous attachez aux traditions des hommes » (évangile).

Psaume : Ps 14

Qui célèbre le culte vrai pour entrer véritablement dans ta maison, Seigneur ? Celui qui, hors du culte, agit avec justice, dit la vérité, ne fait pas de tort, prête sans intérêts (prêter avec intérêts, c’était, dans les relations économiques d’alors, exploiter l’autre), ne nuit en rien à l’innocent. Bref, celui qui aime ta Loi, comme la première lecture vient de l’y inviter.

Culte et vie pratique rendent cet homme inébranlable.

Deuxième lecture : Jc 1,17-18.2,1b-22.27

Après la lecture semi-continue de la Lettre aux Ephésiens, nous abordons celle de la Lettre de saint Jacques. Peu connue autrefois, elle a la faveur du nouveau lectionnaire qui lui consacre cinq dimanches. Sans doute à cause de son côté social.

Jacques commence par nous rappeler que nous avons reçu de Dieu des dons, des présents merveilleux qu’il résume dans la vie, la surnaturelle. Dieu nous l’a donnée par l’intermédiaire de sa Parole de vérité. Celle-ci est autre chose qu’un ensemble de vérités abstraites. Profondément, Jésus est cette Parole du Père.

En avons-nous conscience ? Ne sommes-nous pas habitués à ces dons merveilleux, au point de ne plus nous en émerveiller ? Le sage sait encore s’étonner de ce qui paraît ordinaire aux autres.

Cette Parole est semée en nous, mais il nous faut encore l’accueillir, l’assimiler. L’accueillir humblement, comme don de Dieu, capable de nous sauver.

Et, surtout, accueillir cette Parole activement. Ne vous contentez pas de l’écouter, mettez-la en application : l’orthopraxie (le faire) doit suivre l’orthodoxie (le croire), sinon vous êtes dans l’illusion.

Cette praxis se concrétise surtout dans l’aide aux orphelins et aux veuves, deux catégories sociales alors particulièrement dans le malheur. A nous de voir qui, aujourd’hui, a besoin de notre aide. Cette praxis se vérifie encore dans le souci de se garder propre au milieu du monde. Distançons-nous d’une façon de vivre incompatible avec nos convictions. Ne faisons pas comme tout le monde. Voilà la véritable manière de pratiquer la religion. Sans commentaire.

Evangile : Mc 7,1-8.14-15.21-23

Nous reprenons la lecture semi-continue de Marc que le discours sur le pain de vie, de Jean, avait interrompu pendant cinq dimanches.

Un des rares discours de Jésus qui, dans l’évangile de Marc, est plus étendu, plus développé. On pressent un message d’importance. Le fait qu’il se situe juste avant que Jésus passe en territoire païen est prémonitoire.

En stigmatisant l’hypocrisie des chefs religieux, Jésus brise le carcan juif qui empêchait la jeune Eglise de passer aux païens.

Les pharisiens, le parti des purs, à cheval sur tous les détails et les prescriptions de la Loi, plus quelques scribes, spécialistes de l’interprétation de cette Loi, étaient venus de Jérusalem. Les officiels enquêtent contre ce Jésus dont les disciples méprisent les traditions : ceux-ci prennent leurs repas avec des mains non lavées. Si Marc précise : des mains impures, c’est qu’il s’agit moins d’hygiène que de rites, car même les repas étaient rituels.

Et l’évangéliste d’expliquer à ses lecteurs d’origine païenne les coutumes juives qui leur sont étrangères et qu’il prend plaisir à accumuler en une complication ironique : se laver les mains avant de manger, au retour du marché ne pas manger avant de s’être aspergés d’eau... et beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de cruches, de plats.

Les pharisiens donc accusent : « Pourquoi ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? » Les disciples étaient des Galiléens loin de la stricte Jérusalem, de simples travailleurs qui avaient du mal à se conformer à tous ces détails. De plus, les étrangers, dont le nord était truffé, avaient déteint sur cette région où l’on était moins regardant.

Jésus leur répond. Mais il n’a cure de ces circonstances atténuantes. Il contre-attaque sur le fond même de la question, il les accuse d’être des hypocrites. Ce mot vient ici pour la première fois dans Marc. L’hypocrite est celui qui paraît ce qu’il n’est pas. Il contrefait, il dissimule. C’est la perversion même de la religion. Et Jésus de citer, à l’appui, un passage typique du prophète Isaïe (29,13) : Ce peuple m’honore des lèvres (il paraît), mais son cœur est loin de moi (il paraît ce qu’il n’est pas).

Ce culte est inutile. Un coup de massue pour bien des eucharisties ! Ai-je le courage de déceler en moi un peu, beaucoup d’hypocrisie !

En citant ainsi le prophète, Jésus, fort habilement, s’appuie sur une autorité plus ancienne que leurs traditions, autorité qui disait déjà : Ce sont des préceptes humains.

Les chrétiens de l’Empire, pour la plupart anciens païens convertis, ont dû boire du petit lait en entendant ces mots libérateurs : Vous n’êtes pas tenus aux prescriptions juives, ce ne sont que des préceptes humains. C’est que l’Eglise de la première génération a été empoisonnée par un conflit de taille : dans les communautés chrétiennes, les uns venaient du judaïsme, observaient donc les prescriptions et les traditions, les autres, venus du paganisme, les refusaient, tels l’interdiction de manger du porc, de la viande non saignée et, surtout, le rite de la circoncision, humiliant pour un gréco-romain. Il y eut conflit, certains judaïsants voulant obliger les autres à s’y tenir. Il fallut un “concile”, l’Assemblée de Jérusalem, pour trouver un compromis (Ac 15).

Ce faisant, Jésus pose un audacieux principe de morale que tous les moralistes n’ont pas encore digéré : Le péché n’est pas dans la matérialité de l’acte, mais dans l’homme qui le pose. Dans ce principe, ni subjectivisme, ni liberté des mœurs. Jésus situe simplement le mal : dans le cœur de l’homme. C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses à l’origine de nos comportements mauvais ; et de citer inconduite, vol, meurtre... C’est la seule “liste de péchés” que nous donnent les évangiles (alors que les lettres des apôtres en contiennent tout un lot !) Elle classe ces péchés par quatre groupes de trois comme des strophes faciles à mémoriser. Miroir dans lequel je peux reconnaître mes propres grains de beauté.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 02/07/2018