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Année B

1er dim. de l’Avent (3/12) : Veillez !

Si je vous dis ce matin « Bonne Année », vous allez vous poser des questions sur la santé de votre évêque ! Pourtant, c’est aujourd’hui que les chrétiens commencent leur « année liturgique ». Et ça vaut la peine de nous souhaiter mutuellement une belle et bonne année liturgique.

Si l’on se rappelle que « liturgie » vient d’un mot grec qui signifie « mise en route », « mise en marche », nous comprendrons que – de dimanche en dimanche, et sans en manquer un seul –, Dieu peut nous remettre en état de marche vers la sainteté !

J’ai trouvé par hasard un poème dont je ne connais pas l’auteur et que je vous offre pour mes vœux de « Bonne année liturgique » :

Marche !
Tu es né pour la route
Marche !
seul, ou avec d’autres
mais sors de chez toi.
Tu t’es fabriqué des rivaux
tu trouveras des compagnons.
Tu connais tes ennemis
tu te feras des frères.
Marche !
Tu ne sais pas
où tes pieds conduiront ton cœur !
Marche !
Tu es né pour la route
Un Autre marche vers toi et te cherche
Va ! déjà, Dieu marche avec toi !

En ce premier Dimanche de l’Avent, toute la liturgie se résume en un appel de Dieu : VEILLEZ ! J’ai donc cherché les vigilances que le Christ nous conseillerait aujourd’hui pour une bonne remise en marche. Je crois qu’Il nous dirait :

Veille au poids de ta valise. Fais la légère. Ne l’encombre pas de l’inutile, de l’éphémère et du superficiel. De tout ce qui alourdit ta marche. Une bonne manière de t’alléger sera de recevoir mon pardon !

Veille à rester souple dans les mains de mon Père, comme l’argile dans les mains du potier. Tu as entendu mon prophète Isaïe : c’est son conseil. A l’heure où tu regardes l’avenir du monde et de l’Église avec des lunettes noires, où tu deviens dur avec tes proches et triste dans ta foi, regarde Marie, ma mère et ta mère, et les saints de tous les temps. Ils n’ont jamais cultivé la morosité et le défaitisme qui ankylosent. Ils sont restés souples dans les mains de Dieu.

Veille à lire et relire les Évangiles. Ils sont pour toujours l’Unique Bonne Nouvelle ! Prends-en un et lis-le tout entier, avec quelques amis, en soulignant les appels simples que je t’adresse : Va, vends, donne, pardonne, viens, suis-moi, lève-toi, marche… As-tu remarqué que dans l’Évangile, je n’ai jamais pris les mots difficiles des savants ?

Veille aussi à cultiver ta foi avec toutes les ressources de ton intelligence. Ça n’est pas bête de croire ! Que tous ceux et celles que je t’ai donnés comme serviteurs de la foi puissent dire de toi ce que Paul disait des chrétiens de Corinthe : « Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet : « Dans le Christ, vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu… » »

Veille surtout à me rendre témoignage par ta vie simple de tous les jours. Ta vie est un livre ouvert qui parle plus vrai que toutes les belles paroles. C’est à ta manière d’accueillir, d’écouter, de regarder, de choisir que l’on verra si tu vis de l’Esprit qu’avec mon Père nous te donnons ! C’est à ta façon de respecter et de servir sans te payer de mots tous ceux et celles qui souffrent plus que toi, que l’on reconnaîtra que tu es mon frère et leur frère : ils ont faim, soif ; ils sont nus, malades ou en prison ; ils sont sans toit, peut-être sans papiers ; ils n’ont pas la même peau que toi, la même religion que toi, les mêmes opinions que toi : je les ai aimés, et je les aime en premier, pour qu’envers et contre tout, tu en fasses, toi aussi, tes premiers frères !

Veille avec moi à l’heure de tes échecs, de tes épreuves, de la souffrance et de la peur de la mort : je déteste tout cela comme toi, mais à leur heure, ne doute pas de moi. Je serai avec toi pour que tu n’accuses pas Dieu d’être l’origine du mal. Pour que tu ne gardes aucune haine à l’égard de ceux et celles qui te font souffrir et qui te laissent tomber.

Veille toujours à garder vis à vis des autres plus de miséricorde que d’exigences. Comme les parents savent le faire avec leurs enfants. On ne peut être exigeant qu’avec ceux que l’on aime. Ils ne peuvent se relever que s’ils se savent aimés.

Veille encore à la sainteté très grande de ceux et celles qui croient ne pas me connaître. Souviens-toi que j’ai dit d’un centurion romain païen que je n’avais jamais vu foi plus belle que la sienne dans tout Israël. Et à la Cananéenne païenne que sa foi était grande. N’oublie pas que seul l’amour est digne de foi ! Et que « qui aime, connaît Dieu », même s’il dit ne pas le connaître !

Veille à retrouver chaque dimanche tes frères dans la foi. Chaque dimanche sera pour toi petite résurrection. Dans ma Parole et le don de ma vie, tu trouveras la force d’aller plus loin dans la vie selon l’Esprit ! Mes sacrements sont nos rencontres : nous avons besoin, toi de moi et moi de toi ! Appelle tes enfants et tes amis à vivre le bon temps des rencontres de Dieu : elles sont sources de vie pour toi et pour le monde !

Veille enfin à manifester autour de toi ton humble fierté d’être chrétien. Tu crois être d’un tout petit peuple ; tu crois faire partie d’un tout petit reste ? Rappelle-toi que notre Père à tous est un très bon cuisinier : il sait faire les plats les plus savoureux pour ce monde avec les petits restes.

Oh oui, veille ! Quand le maître de la maison reviendra, à l’heure où tu ne l’attendras pas, il te dira pour toujours : « Entre dans la joie de ton Maître ! »

 
François GARNIER

Archevêque de Cambrai, France

(re)publié: 03/10/2017