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Année B

1er dim. de l’Avent (3/12) : Commentaire

Déception pour les romantiques : ce dimanche ne dit rien de Noël qui est pourtant dans un mois. Mais bénie soit la liturgie qui nous apprend mieux !

Avec Isaïe, Jean Baptiste et Paul elle porte notre regard sur l’avènement final du Christ, avènement qu’il nous faut préparer. Aujourd’hui.

Alors que nous aimerions rêver de la crèche, voici qu’elle nous invite à négliger, pour l’instant, le souvenir. A nous concentrer sur l’humble venue du Christ de l’Aujourd’hui et à nous préparer au grand Demain de l’avènement final. C’est peut-être moins gentil, mais c’est plus tonique, plus adulte, plus vrai.

Le désir de Dieu (première lecture), la certitude de n’être pas déçu (deuxième lecture) et l’appel à la vigilance (évangile) font les composantes de notre méditation en ce premier dimanche de l’Avent.

Première lecture : Is 63,16b-17.19b ; 64,2b-7

Voici une prière admirable où la logique du cœur fait alterner les sentiments les plus contradictoires. Pour une plus facile approche du texte, nous intervertissons quelques versets.

Un pieux Juif, abandonné et déporté par la faute de ses pères, s’adresse à son Dieu, son vrai père (mot rare dans l’Ancien Testament et qui revient ici deux fois).

En homme d’une profonde foi il s’accroche à Dieu : Tu es notre père, notre rédempteur (libérateur). Je le crois, mais je ne te comprends plus : Pourquoi nous laisses-tu errer ? Passe encore que nous soyons déportés ou éprouvés par la malchance, la maladie. Mais errer hors de ton chemin, loin de toi ? Pourquoi laisses-tu nos communautés chrétiennes glisser dans l’indifférence, insensibles à ta crainte ? Cette Église qui doute... et cet athéisme massif autour de nous !

Reviens ! Si tu nous aimes. Pour l’amour de ceux qui t’appartiennent. N’es-tu pas notre père ? Ah ! si tu déchirais les cieux ! Ah ! Ce ciel bouché !

Mais il se ravise : Si tu nous as caché ton visage, c’était à cause de notre obstination dans le péché. Notre foi n’avait plus de saveur, nous étions desséchés comme des feuilles mortes... personne n’invoquait ton nom.

Et voici que Dieu exauce sa prière : Tu es descendu parmi nous, en Jésus. C’est extraordinaire. Incroyable. Jamais on n’a entendu ou vu un autre dieu que toi (nos mythes du progrès, de la science...) agir ainsi.

Mais tu viens à notre rencontre, à une condition : de nous voir pratiquer la justice - et avec joie ! et suivre ton chemin, celui que tu nous as montré dans l’Evangile.

Alors, qu’attendons-nous pour voir ton visage ?

Psaume : Ps 79

Psaume de lamentation. Nos extraits en ont retenu les deux images du troupeau dispersé et de la vigne dévastée qui prolongent la description d’Israël pécheur (première lecture).

Comme Isaïe, la liturgie s’épanche en prières de supplication : toi le pasteur, le berger de ta communauté, viens, révèle-toi ! Viens pour nous sauver. Regarde du ciel vers nous et agis avec puissance.

L’antienne n’attend pas seulement que Dieu vienne, mais demande que nous revenions à lui : fais-nous revenir ! Nous voulons, de notre côté, ne plus jamais aller loin de toi !

Deuxième lecture : 1 Co 1,3-9

Au début de sa lettre, Paul salue ses chers Corinthiens avec un souhait que la liturgie a repris pour le début de nos assemblées : Que la grâce et la paix soient avec vous. Pas n’importe lesquelles, celles qui nous viennent de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ, le Seigneur, le Ressuscité. Beau souhait de paix en vue de Noël.

Puis l’apôtre nous invite à rendre grâce pour toutes les richesses que nous avons reçues. Il les concentre sur la Parole, sur Dieu qui a parlé, s’est révélé (dévoilé), montré en son Fils. Celui-ci est la Parole même, le Verbe, l’expression de Dieu. Dieu ne pouvait nous donner davantage. En avons-nous conscience ? Comprenons-nous un peu pourquoi tous les dimanches nous nous retrouvons pour faire action de grâce ? Cette Parole fait naître en nous la connaissance de Dieu. Connaître au sens d’expérimenter, puisque Dieu nous a appelés à vivre en communion avec Jésus.

Mais cette expérience de Dieu est encore en devenir, elle est appelée à s’épanouir complètement : nous attendons de voir se révéler - en gloire - notre Seigneur Jésus Christ. Malgré les difficultés de croire, la fatigue, les épreuves de la vie, il nous fera tenir solidement jusqu’au bout, jusqu’au jour de notre Seigneur, le jour biblique où Christ viendra juger le monde et nous prendre dans sa gloire. Car Dieu est fidèle, il ne décevra pas notre attente sincère. Notre espérance est sûre, ardente, joyeuse. Aussi l’Avent est-il ardent, joyeux, plein d’action de grâce.

Voyez le “déjà” (vous avez reçu) et le “pas encore”, (vous attendez), sur lesquels fleurit l’espérance. Elle est sereine, sûre par le “déjà”. Elle est obscure, douloureuse dans le “pas encore”.

Évangile : Mc 13,33-37

Avec le premier dimanche de l’Avent commence une nouvelle année du cycle liturgique triennal, l’année B. Au cours de cette année, nous lirons l’évangile de Marc. Les dimanches ordinaires en feront une lecture cursive. L’Avent, temps particulier, choisit les extraits en fonction de l’attente et de la venue du Christ.

Le Christ viendra, mais nous ne savons quand. Et dire que les sectes, elles, le savent. Quand rien ne se passe à la date indiquée, elles en trouvent une autre. La mort, la fin des temps, nous n’en savons pas le moment, et elles peuvent nous prendre à l’improviste.

Il importe donc de veiller (le mot revient quatre fois) d’une vigilance active. Car l’homme parti en voyage (le Christ qui nous a quittés pour un temps aussi imprécis que les voyages d’alors) a donné tout pouvoir à ses serviteurs : il a fixé à chacun son travail. Au portier est particulièrement recommandé de veiller ; il peut s’agir ici de Pierre et des évêques (du mot ‘épiscopos’ : sur - veillant) qui doivent veiller encore plus que les autres.

Pendant cette “absence” il semble bien que nous sommes laissés à nous-mêmes. Dieu est si loin ! Alors, nous risquons de nous endormir. Il faut donc veiller. Veillez le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin (quatre moments qui correspondent aux antiques quatre veilles de la nuit), c’est-à-dire toute la nuit de notre vie où nous pataugeons dans l’obscurité. Nous ne pouvons penser tout le temps à notre mort et à l’avènement du Christ. Jésus vient d’ailleurs de nous recommander d’être à notre travail. C’est le cœur qui doit rester en éveil, notre foi ne doit pas s’assoupir.

En quoi consiste ce “veillez” ? Dans une certaine distance vis-à-vis de l’argent, du “tout avoir”, de l’avancement à tout prix. Dans le regard attentif aux urgences de notre temps, aux humbles besoins de notre entourage. Dans une prière qui fait voir les choses “autrement” et aiguise le désir.


Convertissez-vous !

L’Avent - et le Carême bien sûr - sont deux temps favorables pour une révision de vie, pour corriger la trajectoire et, peut-être, nous convertir : changer de direction. L’effort sera plus facilement consenti si nous le voyons libérateur.

L’un acceptera un engagement depuis longtemps sollicité ; l’autre devra maîtriser ses amertumes, retrouver son calme ; un troisième reprendre une vie de prière vraie... Donnons-nous le temps de nous asseoir pour y penser.

Si quelqu’un ne se trouvait rien à redresser, qu’il interroge donc un membre de sa famille, un collègue de travail, un voisin. Ceux-ci n’auront guère de peine à lui trouver des “grains de beauté”.


 
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 03/10/2017