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1er dim. de Carême (21/2) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Est-il encore utile de relire ces vieux récits de l’Ancien Testament ? Qu’est-ce que ces anciennes histoires peuvent encore apporter aux humains du 21e siècle ? A cela nous pouvons répondre que l’histoire qui nous précède peut nous aider à comprendre aujourd’hui notre propre histoire et à traverser les moments de crise.
Si nous jetons un coup d’œil en arrière, nous verrons qu’à toutes les époques les hommes ont vécu des drames, ont été victimes de la violence des autres ou écrasés par les plus puissants. Souvent ils ont cru que c’en était fini, aucun espoir de changement.
Nous avons, ce dimanche, un bel exemple dans l’histoire de Noé. Pour la comprendre il faut savoir qu’il s’agit d’un récit mythique écrit par un cercle de prêtres, emmenés en exil à Babylone avec des Israélites survivants. Au cœur de leur détresse tous ces déportés commençaient à douter de l’efficacité de leur Dieu par rapport aux dieux babyloniens. Pour eux c’était la fin du monde : un peuple presque exterminé, un pays englouti par la guerre. Ils ne pourraient jamais s’en remettre. C’est donc au cœur de cette débâcle que les prêtres vont essayer de rendre espoir et confiance en Yahvé en racontant l’histoire de Noé. Par ce récit imagé, le peuple comprendra que Dieu n’abandonne jamais les siens mais les relève toujours.
Ce sera une nouvelle création dans laquelle les hommes et les femmes auront un rôle à jouer pour gérer et mettre une limite à leur violence.
Faisons maintenant un bond de quelques siècles pour retomber à l’époque de Jésus. Nous y retrouvons aussi une situation peu brillante. Le peuple est sous le joug des Romains. Il est exploité et comme toujours dans ces cas-là, ce sont les plus petits qui en payent les frais.
Même pour Jésus ça commence mal, celui qui annonçait sa venue, Jean-Baptiste, vient d’être arrêté. C’est dans ce contexte, sur fond de violence, que Jésus entame sa mission. C’est à croire qu’une bonne nouvelle ne peut germer, ne peut être reçue que dans une situation désespérée et douloureuse comme un déluge.
21 siècles plus tard, aujourd’hui, nous sommes bien obligés de constater que c’est toujours pareil.
Nous avons chaque jour devant nous un bien triste spectacle du monde. Le déluge a pris beaucoup de visages que l’on nomme : guerre, immigration, maladie, exploitation, chômage…
Pour beaucoup cela ressemble aussi à une fin du monde ! On touche le fond de l’horreur, « nous n’en sortirons jamais » !
C’est sur ce fond de désespérance que Jésus nous redit pourtant : « Le règne de Dieu s’est approché, convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle. »
Le règne de Dieu s’est approché, c’est plus qu’une imminence, il est déjà là, c’est aujourd’hui que commence la création nouvelle. Le monde nouveau ne se fera pas sans nous : « Convertissez-vous » dit Jésus.
Il ne dit pas : allez convertir le monde ou les autres, mais que chacun commence par se convertir lui-même, alors le déluge cessera, l’espérance d’un monde nouveau germera.
Puisse-donc le temps de carême que nous commençons, être pour chacun un temps de désert, de conversion, c’est-à-dire un temps de retournement, de recommencement. Alors l’espérance sera à nouveau possible, c’est sûr qu’au bout jaillira la joie de Pâques.

Piste 2

Nous n’avons chacun qu’un seul visage mais capable, à lui seul, d’exprimer toutes nos émotions, nos sentiments… Nous n’avons qu’un visage mais il change continuellement : il peut se durcir, s’attendrir, s’émerveiller, s’étonner, s’effrayer… ce qui permet aux autres de deviner plus ou moins bien ce que nous sommes.
Depuis les temps les plus anciens, les humains ont essayé de reconnaître le visage de Dieu à travers les événements de leur histoire. Ils voyaient en Dieu les mêmes sentiments que les leurs. Selon que les événements étaient violents, douloureux, ils y voyaient un Dieu vengeur, destructeur, faisant la guerre… Si tout allait pour le mieux ils y reconnaissaient un Dieu proche, sauveur, vulnérable, libérateur, doux…

L’histoire sainte est en quelque sorte l’histoire de ce peuple qui progressivement découvre Dieu ou, plus exactement, c’est Dieu qui, par l’entremise des prophètes, corrige les fausses représentations que les hommes et les femmes se faisaient de lui.
Petit à petit, Dieu va faire comprendre à son peuple que son plus beau rêve est de sceller avec lui une alliance d’amour. Mais, comme nous aurons l’occasion de le voir, le chemin à parcourir sera long, très long !
C’est en quelque sorte le même parcours, la même progression que nous sommes appelés à faire tout au long de ce carême. Et nous le ferons en appliquant notre attention à la 1re lecture qui est toujours extraite de l’Ancien Testament.

Aujourd’hui c’est l’histoire de Noé. Tout autant que le récit de la création il s’agit ici d’un récit mythique, c’est-à-dire une parole, un message valable pour tous les hommes de tous les temps.
Ce récit nous montre la 1re évolution, les 1rs pas de l’homme dans sa façon de découvrir Dieu.
Dans le déluge, Dieu apparaît comme un Dieu destructeur, dévastateur, qui se venge sur les hommes qui n’ont pas respecté ses ordres.

Une image de Dieu qui est encore courante aujourd’hui. Lorsqu’un accident, une maladie, un deuil nous atteint ne sommes-nous pas parfois tentés d’y voir une malédiction de Dieu, une punition ? N’est-ce pas parce que nous n’avons pas toujours été très droits ? C’est donc Dieu qui se venge !
Pourtant ce récit très ancien de la Genèse nous montre que déjà à l’époque les hommes prenaient conscience que Dieu n’était pas méchant mais sauveur, un Dieu qui ne rêve que d’une chose : sceller une alliance de paix. Et comme signe, Dieu dépose son arme, il retourne son arc dans le ciel pour que les hommes se souviennent en voyant ce signe, que Dieu veut la paix. Pour le peuple c’est une nouvelle histoire qui va commencer.

N’est-ce pas aussi un peu le sens de ce carême, un nouveau commencement dans notre histoire avec Dieu, un nouveau commencement dans nos relations ? Chaque jour, puissions-nous relire les événements de notre propre histoire et nous verrons que Dieu ne cesse encore de renouveler son alliance et de nous redire son amour.

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 21/12/2020