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1er dim. de Carême (21/2) : Commentaire

Voici maintenant le temps privilégié. De toute l’année le plus important. Avec, on s’en doute, des lectures plus denses et plus riches. Après les évangiles des deux premiers dimanches qui sont des classiques du Carême, et qui figurent au début des trois années du cycle - la tentation du Christ et la transfiguration - l’année B s’orientera, les trois derniers dimanches, sur la méditation du Mystère pascal : la mort et la résurrection du Christ. Evangile et deuxième lecture en feront leur préoccupation majeure.

La première lecture court sur son rail propre ; elle détaille les grandes étapes de l’Histoire sainte dans l’Ancien Testament ; étapes qui aboutiront, elles aussi, à la nouvelle Alliance, scellée dans le sang du Christ et débouchant dans la liberté des ressuscités que nous sommes - ou devrions être.

Méditer les textes, c’est trop peu dire. Célébrer les mystères pas plus, si l’on se cantonne la célébration à l’église. Il nous faut célébrer en mourant et en ressuscitant à notre tour. En clair il nous faut mourir à nos égoïsmes, nos paresses..., en vivant “autrement”, plus attentifs à Dieu, aux autres.

D’où l’effort quadragésimal. Quarante jours, c’est beaucoup et c’est peu. Commençons tout de suite, sans traîner les pieds. Joyeusement.


L’homme est cassé, méchant. Le monde est mal fait. Les méditations du Carême commencent donc par la racine, le problème du mal. Mais aussi avec un retournement à la racine : le Christ vainc ce mal profond. Et dès le début de son ministère, quand il affronte Satan, le prince du Mal (évangile de la tentation). Le ton est grave, mais à l’optimisme : la victoire de Pâques est au bout de la misère humaine. D’où la vision pacifique de la première lecture qui raconte la première alliance de Dieu avec les hommes en Noé, tandis que Paul nous rappelle que nous sommes déjà sauvés, “maintenant” (deuxième lecture).

Première lecture : Gn 9,8-15

A l’origine du récit du déluge (on en connaît de semblables dans la littérature babylonienne) se situent des inondations catastrophiques qui ont ébranlé les générations d’alors. Beaucoup plus tard, les Juifs, quand ils furent secoués par la terrible épreuve de la déportation, ont remédité ce récit. Dieu les a-t-il abandonnés ? La réponse aboutit à un grand acte de foi. Dieu est fidèle à ses alliances.

Après le déluge, Dieu dit à Noé et à ses fils : J’établis mon alliance avec vous, avec tous vos descendants. C’est la première fois que, dans la Bible, il est question d’alliance entre Dieu et les hommes. Pour l’instant, elle est encore d’ordre naturel, pourrait-on dire. Elle s’étend à tous les êtres vivants. Il n’y aura plus de déluge pour détruire ainsi. La religion de cette époque est encore fruste, mais elle a déjà compris que Dieu patiente avec l’homme et qu’il ne le détruira pas. Le signe de cette alliance, cette religion primitive l’a vu dans l’arc au milieu des nuages, l’arc-en-ciel. Cette première alliance, universelle, se précisera par cercles concentriques, dans l’Alliance avec Abraham (2e dimanche), dans celle du Sinaï (3e), dans la fidélité même quand Israël brisera l’alliance (4e), enfin dans l’annonce de la nouvelle alliance messianique (5e) qui sera réalisée dans la Pâque du Christ, “l’Alliance nouvelle et éternelle”.

Dieu est fidèle. Et toi, pendant ce carême, cesse d’être infidèle.

Psaume : Ps 24

Tu es parfois déroutant, Seigneur, et je ne trouve plus mon chemin quand je vois la souffrance, le mal, les catastrophes. Fais-moi connaître tes chemins, enseigne-moi ta vérité, la tienne, bien différente de la nôtre, la folie de ta croix, méditée en ce carême, sagesse supérieure. Que je sois humble pour t’écouter.

Oublie mes révoltes, ne m’oublie pas, même si moi, je t’ai oublié.

Sauve-moi, souviens-toi de moi dans mes angoisses, ma misère. Je crois en ta miséricorde, ton amour, ta bonté, car tu es fidèle, tu ne rompras pas l’alliance que j’ai hélas ! brisée.

Deuxième lecture : 1 P 3,18-22

Ce texte nous intéresse doublement :
- Il est, en filigrane, un Credo baptismal. On y proclame Jésus mort pour les péchés, descendu aux enfers (il est allé chez les prisonniers de la mort), ressuscité, rendu à la vie, monté au ciel à la droite de Dieu.
- Il y est question du baptême dont l’arche, grâce à laquelle Noé fut sauvé à travers l’eau, était une image. Comme l’arche a sauvé Noé, le baptême nous sauve maintenant. L’alliance d’alors (première lecture), il veut la refaire avec nous. Et Pierre de donner une définition dynamique du baptême : être baptisé, c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite. Ce que fait le catéchumène, ce que nous avons fait par la profession de foi. Beau programme pour le carême : revivre nos promesses baptismales en nous engageant. Nous participons ainsi à la résurrection de Jésus Christ.

Evangile : Mc 1,12-15

Chaque année en ce premier dimanche du Carême, la liturgie nous fait prendre le Christ comme modèle et compagnon pour ces quarante jours de préparation pascale, en nous faisant méditer sa tentation au désert.

Dans l’année B nous lisons la version de Marc. Surprise : alors que Matthieu et Luc sont prolixes de détails, Marc est bref et l’on reste sur sa faim. Cependant, Marc dit l’essentiel.

L’épisode se situe aussitôt après que Jésus fut baptisé. L’Esprit qui était descendu sur lui au baptême le pousse au désert. L’Esprit le poussera encore à prêcher, à mourir (à Pierre qui voulait l’en empêcher, Jésus dira : Tu n’as pas les vues de Dieu). C’est l’Esprit du Père qui est toujours avec lui.

Le désert est décrit négativement comme le lieu du danger et des démons symbolisés par les bêtes sauvages, et, positivement, comme le lieu de la proximité de Dieu signifié par les anges qui le servaient. Jésus y est tenté.

Marc ne nous livre pas le contenu de la tentation, pas plus qu’il ne s’attardera au contenu de sa prédication. Mais sa lutte avec les pharisiens tout au long de son ministère sera comme l’étalement douloureux de sa lutte au désert.

Puis le décor change et Marc, tout aussi brièvement, mais avec un sens inné pour ce qui est important, résume le ministère de Jésus : Il proclame : Le Règne de Dieu est là, les temps sont accomplis. Cette seule phrase suffirait à montrer que Jésus avait nettement conscience d’être le dernier prophète, celui qui accomplirait les temps messianiques.

Et pas de neutralité ! Convertissez-vous (littéralement : changez de direction), détournez-vous de ce qui vous tient enchaînés. Croyez : attachez-vous au Christ, le Règne, la Bonne Nouvelle personnifiés. Chacun sait ce que, en pratique, cela veut dire pour lui. Nous ferons mieux ce double pas quand nous aurons compris que le Christ, loin de faire de nous des gens tristement sérieux, des dévots peu engageants, veut, au contraire, être notre Bonne Nouvelle, nous épanouir. C’est à la joie pascale que nous sommes conviés. Dans la Nuit de Pâques nous ferons ce double pas avec plus de solennité. Nous professerons de nous convertir (je renonce) et de nous attacher (je crois) au Christ.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 21/12/2020