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19e dim. ordinaire (8/8) : Commentaire

Le pain dont nous parle Jésus pendant plusieurs dimanches est aujourd’hui préfiguré par le pain inespéré que mange le prophète épuisé (première lecture). Il ne peut être pris que si nous avons foi au Christ, que si nous nous laissons attirer par le Père et conduire par Jésus (évangile). Que si nous suivons les inspirations de l’Esprit Saint avec un cœur plein de tendresse et de pardon envers nos frères (deuxième lecture). La foi et l’eucharistie ne sont reçues que dans l’exigence.

Première lecture : 1 R 19,4-8

Le prophète Elie, dans son zèle, a tué des prêtres païens ; il doit fuir l’hostilité mortelle de la reine Jézabel. Au bout d’une journée de marche dans le désert, il n’en peut plus. Fatigué, il vient s’asseoir à l’ombre d’un buisson. Découragé, il crie : C’en est trop, j’aime mieux mourir, reprends ma vie ! D’ailleurs je n’ai pas mieux réussi que les autres, je ne vaux pas mieux que mes pères. Le cafard à mourir.

Et voici qu’un ange (expression pour Dieu lui-même) le toucha : Lève-toi, ne reste pas là à démissionner. Prends des forces, mange. Il regarda, il y avait un pain... une cruche d’eau. Fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits - un temps qui rappelle les quarante ans du peuple au désert - jusqu’à l’Horeb (le Sinaï), la montagne de Dieu, où celui-ci était apparu à Moïse.

Le récit d’Elie, réconforté par cette nourriture providentielle, prépare l’évangile où Jésus dira : « Si quelqu’un mange de ce pain que moi je donne, il ne mourra pas (dans le désert de la vie), il vivra éternellement ».

Qui de nous ne se reconnaît dans cet Elie découragé au point de demander la mort ? Entendons alors la voix : Lève-toi, mange le Corps du Christ.

On gagnera à lire la suite, le récit de l’expérience mystique d’Elie, expérience qui le poussera à reprendre sa mission, un moment interrompue par son cafard. (1 R 19,9-15).

Psaume : Ps 33

Je bénirai le Seigneur en tout temps, sans cesse, mais particulièrement pendant cette eucharistie. Que tous ceux qui ont un cœur de pauvre soient en fête ! Oui, magnifions, exaltons ensemble le Seigneur ! Moi, qui étais découragé comme Elie, il m’a délivré de mes frayeurs. Comme à lui, il m’a envoyé son ange pour me libérer, me rendre des forces par le pain de sa Parole et de son Corps sacré. Goûtez cette nourriture ! Voyez comme est bon le Seigneur !

Deuxième lecture : Ep 4,30-5,2

Ces versets continuent la méditation de dimanche dernier. Mais alors que Paul parlait de relations de la communauté avec l’extérieur (le monde païen), il traite ici des relations à l’intérieur de celle-ci. Comme à son habitude, l’Apôtre base son petit traité de morale sur une vue de foi dont la « morale » ne sera que la conséquence.

Vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu. La marque, littéralement le sceau que l’on imprimait sur les objets et jusque les personnes (les esclaves en particulier) en signe de propriété. Nous appartenons à Dieu. Cette marque nous a été imprimée au baptême. Ce sceau n’est pas statique. L’Esprit lui-même est en quelque sorte ce sceau vital, il fait mûrir cette appartenance à Dieu en vue du jour final de notre délivrance, quand notre libération sera totale. Ne contristons donc pas l’Esprit par une vie contraire à notre dignité.

Les défauts ici nommés sont tous contre la vie de communauté : amertume, emportement... insultes. L’Apôtre leur oppose générosité, tendresse, pardon mutuel.

Comme l’artiste rejoue son thème sur un autre registre, Paul reprend : Puisque vous êtes les enfants bien-aimés de Dieu, donc frères et sœurs en Christ, vivez dans l’amour. Regardez le Christ qui nous en a donné l’exemple, lui qui s’est livré pour nous.

Quelle communauté ne s’interrogera pas et sur la dignité de ses membres marqués de l’Esprit Saint, enfants de Dieu - et sur l’amour, le pardon mutuel qui en sont la belle conséquence !

Evangile : Jn 6,41-51

Les Juifs. Jean ne parle plus à la foule comme il le faisait encore quelques versets plus haut ; on dirait que cette foule a viré, qu’elle s’est muée en ces Juifs, mot que l’évangéliste utilise pour désigner ses opposants, particulièrement les chefs du peuple.

L’inouï de l’affirmation de Jésus : « Je suis le pain de vie descendu du ciel » (Jn 6,33) ces Juifs l’ont bien saisi maintenant. Car les voilà qui récriminent contre lui, ils murmurent, comme autrefois, au désert, le peuple révolté murmura contre Moïse et contre Dieu (Ex 15-17 ; Nb 14-17). Pour eux, l’énormité de la prétention d’être le pain descendu du ciel ne convient pas à ce fils de Joseph. Il descend du ciel ? Eh ! nous connaissons bien son père et sa mère ! Nazareth n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres. Nous retrouvons la même réaction dans la synagogue de Capharnaüm que dans celle de Nazareth (Mc 6,3). Cet homme ! Sentez-vous leur mépris ?

Il est vrai, le seul bon sens cale ici. Pour atteindre le surnaturel, la nature n’a pas d’échelle. Il faut une aide, une grâce. Il faut que le Père lui-même nous attire vers Jésus. Lui qui l’a fait descendre, qui l’a envoyé du ciel par l’Esprit quand il recouvrit la Vierge de la « nuée » de sa présence créatrice, lui encore crée la foi, le lien au Christ. Non, ce n’est pas œuvre humaine. Pour comprendre, laissez votre raisonnement. Dieu lui-même vous instruira, comme il est écrit dans les prophètes (la citation est libre, elle s’inspire d’Isaïe Is 54,13 et de Jérémie Je 31,34).

Non que Dieu force notre liberté en nous attirant ainsi ; seul celui qui écoute les enseignements du Père reçoit la foi, est attiré, vient à moi.

Mais comment entendre le Père nous parler ? Personne n’a jamais vu le Père. Il parle par Jésus. Lui qui, seul, a vu le Père ; lui qui, seul, vient de Dieu, il peut, seul, en parler. On n’arrive à Jésus que par le Père, et le Père ne parle que par Jésus. Cercle vicieux ? Non pas. Car les deux sont à ce point unis qu’écouter le Fils, c’est entendre le Père et que toucher l’un, c’est atteindre l’autre.

Après cette magnifique digression sur les chemins de la foi, Jésus réaffirme la foi elle-même. A nouveau retentit le solennel Amen, Amen. Celui qui croit à la vie éternelle. Il l’a, cette vie qui frémit entre le Père et le Fils, il y participe. J’ai en moi la vie de Dieu. Est-ce que je réalise cet inouï ? Normalement, nous devrions en être troublés : Comment peut-il dire chose pareille ! Seigneur préserve-moi de m’habituer à toi !

La pensée de Jésus va maintenant se développer jusque dans sa conséquence dernière :
Jésus parle de vie, mais de vie éternelle. A la différence de la manne qui n’a pas empêché vos pères de mourir, ce pain préservera le croyant de la seconde mort dont parle l’Apocalypse (Ap 20,6). Il ne mourra pas définitivement, il vivra éternellement. Je le ressusciterai au dernier jour. L’homme de foi, s’il a déjà la vie éternelle, ne l’a, pour l’instant, qu’en germe. Il vit dans « le déjà et le pas encore », la caractéristique de l’espérance chrétienne.

Le dernier verset appartient déjà, et clairement, à la deuxième partie de ce grand discours, à la partie eucharistique. Déjà, les thèmes de la dernière Cène se font entendre :
Ma chair, mon corps donné, livré pour vous pour que le monde ait la vie. Mais les deux volets du discours s’appellent. Je ne peux communier que si j’ai la vie de la foi : mais inversement la communion nourrit la foi.

Un évangile dense. Jean ne se lit pas comme un roman dont il suffirait de tourner les pages. Essayez. Vous ne saurez plus, à la sixième phrase, ce que disait la première. Ces versets font l’effet de gouttes d’eau lourde qu’il faut laisser tomber lentement dans le creux du cœur pour les savourer. Alors se sera la divine rencontre.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 08/06/2021