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16e dim. ordinaire (22/7) : Commentaire

La liturgie de de ce jour nous offre du Christ une icône à trois volets :
- le Berger annoncé par Jérémie (première lecture), qui rassemble les brebis à l’abandon (évangile)
- le Maître qui nous instruit
- l’Homme nouveau de la paix (deuxième lecture).
Laissons-nous donc rassembler, enseigner, pacifier.

Première lecture : Jr 23,1-6

Si le métier de berger s’est pratiquement perdu, nous n’avons pas de peine à découvrir dans le berger les responsables de société, civils et religieux, qui conduisent le peuple. Au temps de Jérémie (début du 6e siècle avant J-C.), ils ne font plus leur devoir. Le prophète est chargé de leur transmettre le jugement de Dieu : Ainsi parle le Seigneur : A cause de vous, les brebis se sont égarées, dispersées. Vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Misérables bergers ! La prophétie se réalisera en 587 quand Nabuchodonosor détruira Jérusalem et déportera la population. Alors Dieu dit : Eh bien, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis, de tous les pays où elles étaient dispersées. Je leur donnerai de bons pasteurs, qui les conduiront, et aucune ne sera perdue.

Puis le regard de Dieu se porte, pour ainsi dire, au loin : Voici venir des jours où je donnerai à David (à sa maison, à son peuple) un Germe, un successeur juste... Il exercera le droit et la justice... Juda sera sauvé... habitera en sécurité. Le nom même de ce nouveau pasteur « Le Seigneur est notre justice » dit avec évidence qu’il incarnera l’action de Dieu lui-même.

Texte prophétique où l’Eglise reconnaît Jésus, le vrai berger du peuple de Dieu, dont Marc dira dans l’évangile de ce jour : « Il fut saisi de pitié envers eux, car ils étaient comme des brebis sans berger. »

Psaume : Ps 22

Le psaume du bon pasteur a été considéré par l’Eglise des premiers siècles comme une synthèse des sacrements majeurs. Il a tenu une place importante dans le rite baptismal primitif où la confirmation et l’eucharistie étaient données en même temps que le baptême.

Assemblée eucharistique, chante : Le Seigneur est mon berger. Avec lui je ne manque de rien, il m’a tout donné : Tu m’as mené vers les eaux du baptême ; par l’onction tu as répandu le parfum sur ma tête, l’Esprit Saint ; tu m’as préparé la table de l’eucharistie. Tu me guides par le chemin de ta grâce. Tu seras avec moi quand je traverserai les ravins de la mort et tu me feras habiter ta maison céleste, pour la durée sans fin de mes jours !

Deuxième lecture : Ep 2,13-18

Paul parle de deux catégories d’hommes entre lesquels s’élevait un mur... qui les séparait : ceux du Dieu de l’Alliance, les Juifs, et ceux qui en sont loin, les païens. Un véritable mur de la haine, des Juifs surtout, envers ces païens qui occupaient leur pays et avaient tenté, plus d’une fois, de violenter leurs convictions les plus sacrées.

Ces deux opposants sont le symbole des divisions humaines, de ces murs entre Nord et Sud, entre classes sociales, entre autochtones et travailleurs étrangers, entre chrétiens eux-mêmes si divisés... et ces murs parfois plus épais encore que sont le silence et la haine secrète dans une même famille.

L’Apôtre a la joie de constater que, dans les communautés chrétiennes, le Christ a fait tomber ce mur ; des deux, des Juifs et des païens, il a fait un seul peuple.

Comment cela ? Par sa chair (son humanité) crucifiée. Le Christ était de race juive. Par sa mort, il s’est comme dévêtu de cette limite et il est devenu, dans sa résurrection, un Homme nouveau qui n’est plus soumis aux différences de race, de langue... Jésus ressuscité est l’homme universel. Il a ainsi tué la haine, il a supprimé les prescriptions raciales de la loi de Moïse, de sorte que nous sommes à notre tour en lui un seul Homme nouveau. Cette unité a ses racines et son terme dans la merveilleuse interaction des trois Personnes divines : par Jésus, nous avons accès auprès du Père dans un seul Esprit.
Cette page est volontiers méditée aux réunions œcuméniques. Mais elle a valeur universelle. Qui ne souffre de la désunion, de la division ? Ah ! Seigneur, fais tomber les murs, fais de nous l’Homme nouveau !

Evangile : Mc 6,30-34

Après leur première mission, mots ajoutés par le lectionnaire pour raccrocher le texte à son point de départ, les apôtres se réunissent auprès de Jésus. C’est le seul endroit où Marc donne aux Douze le titre d’apôtres - et avec justesse, puisqu’ils viennent d’être envoyés (c’est le sens littéral du grec ’apostoloi’). Les voici qui viennent maintenant rendre compte de leur mission. Ils rapportent à Jésus tout ce qu’ils ont fait et enseigné. Remarquez le double aspect de leur mission : faire (chasser les démons, guérir les malades) et enseigner (proclamer la conversion). Leur apostolat est donc exactement calqué sur celui du Maître, dont les évangiles font constamment alterner le discours (enseigner) et les œuvres (faire), le « faire » préparant à l’« enseigner » et celui-ci éclairant le « faire ».

Mais cette réunion intime est continuellement dérangée par les arrivants et partants, venus voir Jésus, qui étaient si nombreux, qu’on n’avait même pas le temps de manger. Alors Jésus leur dit : Venez à l’écart dans un endroit désert. Ils étaient à bout, ils avaient besoin de se reposer un peu. Jésus n’aime pas le stress. Mais s’il parle d’un endroit désert, c’est qu’il veut encore autre chose que le repos physique, il veut que ses Douze puissent parler au Père comme il le fait lui-même, chaque fois qu’il s’isole (Mc 1,35). La tournure : Venez à l’écart, Jésus l’emploie volontiers quand il veut faire entrer ses disciples plus avant dans le mystère de sa personne. Le silence, le « retrait du monde », la prière... sont plus que des temps pour se requinquer ; ils sont une activité à un niveau supérieur, tantôt un combat, tantôt un « se perdre en lui ». Aucune autre activité ne saurait nous en dispenser, et chaque chrétien doit trouver de ces moments à l’écart, dans un endroit désert.

Mais, cette fois-ci, le jeu ne réussit pas : ils partent bien dans une barque, mais ils sont repérés. Les gens les virent... les reconnurent. Alors, sans que l’on sache exactement comment ils s’y sont pris - à pied, ils coururent et arrivèrent avant eux.

En débarquant, Jésus vit une grande foule. Quelle sera sa réaction ? Nous, quand un importun vient couper notre repos, pourtant légitime, nous l’envoyons volontiers promener. Jésus, lui, reste disponible ; il n’a pas le temps de manger, il est mangé. Et il ne peut se refuser à ces gens, il est saisi de pitié, mot à mot : pris aux entrailles (l’hébreu correspondant vient de matrice, il évoque les sentiments d’une mère). Pourquoi ? Parce qu’il sent que cette foule, avide de Dieu, est abandonnée comme des brebis sans berger. Alors, oubliant de se reposer, Jésus se mit à les instruire longuement.

Qui est Jésus ? La question, ici encore, reparaît avec un nouvel élément de réponse :
Jésus est le bon pasteur, celui qui ne regarde pas à lui-même, à sa tranquillité, qui se dévouera jusqu’à la croix, où il étendra les bras « pour que soient réunis dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 22/05/2018