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Année B

14e dim. ordinaire (8/7) : Commentaire

Un dimanche plus sombre, mais où nous nous retrouvons aisément, quand rien ne va plus. Le prophète sait qu’il va au-devant des contradictions (première lecture), Jésus essuie un cuisant échec dans son propre village (évangile) et Paul raconte comment il a été humilié. Cette eucharistie veut m’aider à accepter mes échecs, humblement et avec confiance, car lorsque je suis faible, c’est alors que, avec Jésus, je suis fort (deuxième lecture).

Première lecture : Ez 2,2-5

Etre prophète n’avait rien d’agréable. Plus d’un tenta de se dérober. Et cependant, ils furent saisis, empoignés par Dieu, comme Ezékiel auquel le Seigneur prédit l’insuccès, tel que le Christ le rencontrera dans son village natal (évangile).

Ezékiel est comme prostré. Dieu l’appelle, son esprit vient en lui, et le voilà debout, affermi intérieurement. Puis Dieu l’envoie, alors qu’il n’est qu’un fils d’homme, pas grand chose. Il aura besoin de toutes les forces de l’esprit pour aller vers les fils d’Israël qui se sont révoltés contre Dieu ; leur cœur est obstiné.

Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu... Tu transmettras uniquement ce que je te dis, sans te fier à tes propres idées. (Le pointillé semble indiquer une lacune, comme s’il manquait le contenu du message ; mais celui-ci est amplement détaillé dans le reste du livre d’Ezékiel).

Le peuple sera libre de t’écouter ou, ce qui est plus probable, - car c’est une engeance de rebelles - de s’y refuser. Mais, de toute façon, ils auront été touchés par ma volonté de les sauver ; ils n’auront pas d’excuses, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux.

Qu’il est redoutable de refuser Dieu ! Qu’il est éprouvant d’être son porte-parole ! Qu’il est admirable que Dieu ne cesse de nous parler, même quand nous refusons de l’entendre !

Psaume : Ps 122

Le prêtre, l’envoyé en mission, prient ainsi :
Vers toi, Seigneur, j’ai mes yeux levés, toi qui m’as appelé à ton service. Je suis attentif à tes appels comme l’esclave est attentif à un signe de la main de son maître, comme les yeux de la servante sont levés vers sa maîtresse.

Mais que ton service est parfois difficile, ingrat ! On ne nous écoute guère, et notre âme est rassasiée de mépris. Je n’en peux plus, c’en est trop !

Deuxième lecture : 2 Co 12,7-10

Devant les accusations malveillantes de quelques Corinthiens, Paul doit faire son apologie personnelle. La lettre en est parsemée, mais trois chapitres (10-13) en sont remplis.

On est impressionné devant tout ce que Paul a entrepris et enduré. On est soufflé devant les grâces, en particulier les révélations, tellement exceptionnelles que lui-même aurait pu être tenté de se surestimer. Mais, pour l’en empêcher, Dieu permet à l’envoyé de Satan (auquel est attribué tout mal, maladie comprise) de le gifler, de l’humilier. Paul sent une écharde dans sa chair. On a beaucoup épilogué sur ce genre d’épreuve, allant du bégaiement à l’épilepsie - sans autre indice qu’un verset de Galates 4,13 où il parle d’une ’’maladie qui inspirait le dégoût’’. Le genre d’épreuve est moins important que le sens que l’Apôtre lui donne.

Il a bien prié le Seigneur d’écarter cette épreuve - et cela par trois fois, expression hébraïque pour : souvent. Mais le Seigneur m’a déclaré : ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. L’épreuve doit donc le garder humble et laisser éclater la puissance du Christ qui habite en lui.

Alors, au lieu de se lamenter davantage, il met son orgueil dans sa faiblesse et il accepte de grand cœur... faiblesses, insultes... persécutions... Ainsi, l’Evangile se répand-il mieux, car il ne repose plus sur l’homme, mais sur la puissance du Christ !

Le constat de nos limites nous fait souvent baisser les bras. Cette ’’humilité’’ est paralysante. L’humilité chrétienne, la vraie, est faite de confiance en un Dieu qui agit au travers de nos faiblesses - si nous le laissons agir. Quand, au contraire, nous surestimons nos capacités, c’est un mur que nous dressons devant l’agir de Dieu. Acceptons-nous nos faiblesses - de grand cœur - et pour le Christ ?

Evangile : Mc 6,1-6

Jésus est parti pour son pays, Nazareth, et ses disciples le suivent. Ils vont faire une expérience pénible, ils vont voir l’envers de cette foi qu’ils venaient de constater chez Jaïre le chef de synagogue et chez la femme atteinte de flux de sang (dimanche précédent).

Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Rien d’inhabituel en soi, chaque laïc (les prêtres n’exerçaient qu’au temple, à Jérusalem) pouvait dire une parole d’édification. Mais l’enseignement de Jésus tranche sur le commun. Les auditeurs - nombreux (la curiosité !) - sont frappés d’étonnement. Ils constatent sa sagesse extraordinaire, ses grands miracles. Mais d’où cela lui vient-il ? Au fond, qui est Jésus ?

Au lieu de s’ouvrir aux signes comme l’ont fait le lépreux, le paralysé, ils se bloquent sur ce que, eux, croient savoir de Jésus. L’étonnement tourne à l’aigre : n’est-il pas le charpentier ? De quoi se mêle-t-il ? Nous le connaissons pourtant bien, le fils de Marie ! Expression inhabituelle en milieu juif où l’on nomme toujours le père. Marc a-t-il choisi cette tournure pour rappeler à ses lecteurs chrétiens que Jésus n’a pas de père humain ? N’est-il pas le frère de Jacques, de José... Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Par des passages parallèles (Mc 15,40 ; Jn 19,25-27) nous savons que ceux-ci sont d’une autre mère que la Vierge ; il s’agit donc de cousins.

Eux, qui prétendent le connaître le mieux, le connaissent le plus mal. Ils ont des yeux et ne voient pas. Et ils étaient profondément choqués à cause de lui, littéralement ’’scandalisés’’ au sens ancien : ils butent sur un obstacle qui les empêche d’aller plus loin.

Oui, l’humanité de Jésus choque, est un obstacle. Tout comme l’Eglise - on connaît ! Ce n’est que ça !

Jésus est triste de se voir refusé dans son propre village. Un proverbe, et l’expérience semblable du prophète Jérémie (11,18-23) lui viennent à l’esprit : un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison.

Il s’étonna de leur manque de foi, non qu’il fût tellement surpris, après que la famille lui eut manifesté sa résistance, mais il souffre, désemparé de ce que l’homme puisse ainsi refuser la bonté de Dieu. Il est là, impuissant ; il ne pouvait accomplir aucun miracle. Il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Contradiction ? Peut-être a-t-il pu guérir les quelques malades qui lui apportaient un minimum de foi. Peut-être n’a-t-il pu guérir que le corps, impuissant à guérir le cœur.

En montrant Jésus qui parcourait les villages et alentours en enseignant, Marc veut inviter le missionnaire à ne pas caler sur un échec momentané. ’’Si une localité ne vous accueille pas, partez de là (Mc 6,11), allez enseigner ailleurs.’’

Encore une fois, qui est Jésus ? La suite de nos lectures dominicales nous le dit : c’est celui qui a le pouvoir de pardonner les péchés (7e dimanche), c’est l’époux messianique (8e), le maître du sabbat (9e), le dominateur de Satan (10e), celui qui commande à la tempête (12e), et jusqu’à la mort (13e) - mais tout cela voilé, caché dans un homme qui ne paraît être qu’un charpentier. Qui est Jésus ? Dieu caché, l’inconnu, le refusé.

Nous voici donc interpellés, nous qui sommes du pays, de la famille, de la maison de Jésus, sa parenté, ses frères et sœurs par le baptême. Serions-nous tellement habitués au Christ que nous ne le verrions plus avec des yeux neufs ? Ce n’est pas le refus direct, c’est l’épaisse couche d’accoutumance. La différence n’est pas énorme. Familiarité du sacristain, sans-gêne qui banalisent le mystère. Un Jésus neutralisé, qui ne peut plus accomplir de miracles en nous ?


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 08/05/2018