Menu
Année B

13e dim. ordinaire (1/7) : Commentaire

Le Seigneur ne veut pas notre mort définitive, il nous a créés pour une existence impérissable (première lecture). Le Christ nous en donne un signe par la résurrection de la fille de Jaïre (évangile). Ayant tant reçu par le Christ qui s’est fait pauvre pour nous enrichir, soyons donc généreux à notre tour (deuxième lecture).

Première lecture : Sg 1,13-15.2,23-24

On est un peu soufflé de voir l’auteur (un Juif cultivé et pieux, habitant en Egypte vers 150 avant le Christ) minimiser - apparemment du moins - des réalités comme la méchanceté, le mal, la mort : Tout ce qui naît dans le monde est bienfaisant, on n’y trouve pas le poison qui fait mourir. Pour l’auteur, le mal ne peut venir de Dieu. La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon. Dieu, lui, a créé l’homme pour une existence impérissable. Le mal et la mort sont donc des accidents passagers. Ils n’auront pas le dernier mot. En ce sens, rendre le souffle n’est pas vraiment mourir. Pour Jésus, c’est sommeiller : « Elle (la jeune fille) n’est pas morte (définitivement), elle dort », dira Jésus dans l’évangile.

Dieu a fait de toi une image de ce qu’il est en lui-même. Tu ne peux donc périr, à moins que tu ne détruises cette image en toi, en te rangeant dans le parti du démon.

Par delà un langage qui nous est étrange, retenons le message qui prépare celui de l’évangile du jour : Dieu ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable.

Psaume : Ps 29

Nous descendions dans la fosse du néant, mais par ta résurrection, ô Seigneur, tu nous as fait revivre, remonter de l’abîme. Tu as changé notre deuil en une danse d’action de grâce, et mes habits funèbres, tu les as remplacés par la parure de la joie baptismale.

Aussi vous, ses fidèles, fêtez-le, rendez grâce. Que mon cœur ne se taise pas, que sans fin il te rende grâce.

Deuxième lecture : 2 Co 8,7.9,13-15

Paul s’était engagé au ’’concile de Jérusalem’’ à venir en aide aux Eglises pauvres de Palestine (Ga 2,10). Il avait lancé l’action, dès sa première Lettre aux Corinthiens (16,1-4), dans toute la Grèce (1 Co 1-4). Mais à Corinthe, l’affaire avait traîné, peut-être à cause des tensions dans la communauté. Maintenant que le calme semble revenu, il la relance. Cette quête occupera les chapitres 8 et 9.

Paul veut motiver la communauté. Habilement, il lui rappelle qu’elle a reçu largement tous les dons, des dons surpassant, et de loin, toute valeur matérielle : la foi, la parole et la connaissance de Dieu - et, bien sûr aussi, l’ardeur, le cœur généreux et l’amour qui portent à aider le frère. Puisque donc vous avez largement reçu, que le geste de la quête en faveur des frères démunis soit large, lui aussi. Il avance alors un argument plus décisif encore : l’exemple du Christ qui, de riche, est devenu pauvre à cause de vous (par son incarnation et sa mort en croix), pour que vous deveniez riches de la grâce.

Alors qu’il vient de leur rappeler comment les Macédoniens en donnaient plus que ne l’exigeaient leurs faibles moyens (8,1-5), il ne veut pas leur demander de se mettre ainsi dans la gêne. Il ne demande que ce qu’ils ont de trop, juste de quoi faire l’égalité : ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils (les chrétiens de Palestine) ont en moins. Et de citer l’Ecriture qui montre comment une certaine égalité s’était réalisée à propos de la manne au désert (Ex 16,18) où celui qui avait ramassé beaucoup n’a eu rien de plus, et celui qui avait ramassé peu n’a manqué de rien.

Ce texte nous donne de précieuses indications sur l’organisation des Eglises primitives. Assez indépendantes de structure, elles vivaient cependant en étroite communion par des visites, des lettres et par l’entraide matérielle.

Notre entraide s’enracine dans la conscience d’être une seule grande famille de par le monde. Des abus, des détournements de fonds dans les Eglises du Tiers-Monde peuvent inciter à contrôler l’usage des dons, jamais à les refuser. Nous restons les riches Corinthiens en face des pauvres de Jérusalem, les Eglises pauvres nous donnant leur richesse spirituelle comme Jérusalem avait passé la foi aux Gréco-Romains (argument développé en Rm 15,25-27).

Evangile : Mc 5,21-43

Dimanche dernier, nous avions laissé Jésus sur la rive païenne du lac, après qu’il se fut manifesté comme le maître de la tempête. Le voici qui regagne en barque l’autre rive, la juive. Comme toujours, une grande foule l’entoure.

Arrive un homme grandement éprouvé. Marc, avec son goût du détail, donne son nom, Jaïre, comme plus loin il précisera qu’une femme souffre depuis douze ans, comme il donnera l’âge de la fillette. Ce Jaïre est un chef de synagogue. Il a donc une position officielle et, par les temps qui courent, il lui faut un certain courage pour approcher Jésus : Jérusalem a fait une enquête défavorable sur celui-ci, les pharisiens ont décidé de le faire mourir.

Voyant Jésus, il tombe à ses pieds en marque de vénération et de confiance. Il le supplie instamment : Ma petite fille est à toute extrémité, viens lui imposer les mains (geste qui semble être particulier à Jésus) pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. Il faut donc l’arracher à la mort !

Jésus part avec lui, la foule suit, si nombreuse qu’elle l’écrasait. Ce dernier détail introduit l’épisode de la femme hémorroïsse qui profite de cette bousculade, pour approcher Jésus. Marc emboîte ici deux récits (il l’a déjà fait avec la double demande de la famille de Jésus et des scribes, Mc 3,20-35). Comme alors l’imbrication des deux événements trahissait une hostilité commune, il veut montrer ici, par le même procédé, que les deux miracles sont obtenus par une même foi.

L’évangéliste souligne la gravité du mal : cette femme souffre de pertes de sang depuis douze ans - non sans un féroce coup de patte aux nombreux médecins qui avaient mangé toute sa fortune, alors que son état n’avait fait qu’empirer.

Cette femme donc vint par derrière dans la foule. Il lui fallait agir sans être remarquée ; souffrant de pertes de sang, elle était rituellement impure. De par la loi, elle n’avait pas à se trouver là ; elle tremblait d’être découverte, mais elle se disait : Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. N’est-ce pas une foi un peu magique ? On pourrait le croire, mais Jésus, tout au contraire, loue la foi de cette femme et la fait accéder à une foi encore plus profonde. La foi est avant la guérison comme sa condition, mais la guérison augmente la foi comme sa confirmation : Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal.

Comme Jésus parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : Ta fille est morte. A quoi bon encore déranger le Maître ? On dirait qu’ils ont comme une satisfaction secrète à lui dire : Voilà le résultat de ta confiance en Jésus !

A cet homme effondré Jésus dit : Ne crains pas. Crois seulement. Mot central de tout cet évangile. Vraiment, il lui demande beaucoup : de croire à l’impossible, à une résurrection. Mais il l’aide dans sa foi : Ne crains pas. Il faudra, effectivement, beaucoup de courage au pauvre homme. Déjà, il entend les gens qui pleurent et poussent les grands cris ; bientôt, il entendra les gens se moquer de Jésus - et de lui-même.

Pourquoi Jésus met-il tout le monde dehors, pourquoi ne prend-il avec lui que le père et la mère de l’enfant, ainsi que Pierre, Jacques et Jean, les trois que nous retrouverons, ainsi sélectionnés, à la transfiguration et à l’agonie ? Pourquoi Jésus minimise-t-il le cas en disant : « L’enfant n’est pas morte, elle dort. » Pourquoi, après le miracle, recommande-t-il, et avec insistance, que personne ne le sache ? Nous retrouvons ici le fameux secret messianique : la foule n’est pas encore capable ’’d’avaler’’ l’impossible message de la résurrection. Quelques-uns seulement seront les témoins du récit du réveil de la petite, avant-coureur de la propre résurrection de Jésus d’entre les morts.

Le miracle lui-même est d’une étonnante sobriété. Marc cite en araméen les mots de Jésus : Talitha koum, mot à mot : fillette, debout. Mais pour ses lecteurs il prend soin de l’interpréter avec le mot technique ’’se lever’’, utilisé pour décrire la résurrection de Jésus : Lève-toi. C’est bien de la résurrection du Christ et de la nôtre que ce miracle veut être le signe.

L’hémorroïsse - Jaïre : deux personnages pour aujourd’hui.

EN ELLE, qui a couru de médecin en médecin, j’aime voir notre génération qui court de systèmes en théories, de maîtres à gourous, sans guérir de son mal profond, le mal de cœur, le désir d’absolu, de son besoin de paix intérieure. Au contraire, son état a plutôt empiré, y perdant tout son sang. Si cette génération vient avec foi toucher le vêtement du Christ, son Evangile, son Eglise, elle pourra ressentir le frisson de sa guérison profonde.

EN LUI, assailli par les siens qui lui disent : à quoi bon !, et qui, finalement, se moquent de lui, j’aime voir l’homme de foi en butte aux sourires et aux railleries (il y croit encore !). Mais il s’entend dire par Jésus : « Ne crains pas, crois seulement. » Il croit, il fait confiance au maître de l’impossible. Et il a raison. Car il n’y a pas d’autre issue positive au désespoir de l’homme. « A qui irions-nous ? Toi seul as la vie. » (Jn 6,68)


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 01/05/2018