LogoAppli mobile

12e dim. ordinaire (20/6) : Piste pour l’homélie

Que Jésus guérisse un aveugle ou un malade, on veut encore bien l’accepter, mais qu’il marche sur les eaux ou calme la tempête, ne trouvez-vous pas que cela devient un peu difficile à avaler ?
Or curieusement les passages d’évangile les plus difficiles à accepter sont souvent les plus intéressants. De ce récit, Marc a voulu faire un condensé de la mort et la résurrection de Jésus. Pour le comprendre il faut donc en déchiffrer toute la symbolique.
Jésus invite ses disciples à « passer sur l’autre rive ». L’autre rive du lac c’est le pays des païens. Jésus s’engage dans une nouvelle aventure, annoncer la Bonne Nouvelle aux païens.
« En cours de route Jésus s’endort. » Dans les Ecritures le sommeil est considéré comme le symbole de la mort. Ne disons-nous pas encore « il s’est endormi dans la mort » ?
Dans cette histoire nous allons donc assister à une sorte de mime de la mort de Jésus et ensuite un mime de sa résurrection.
Marc écrit ces pages bien après la mort et la résurrection de Jésus. En racontant que Jésus dort, il y voit sa mise à mort au milieu des flots déchaînés de la haine. On comprend que devant ce « sommeil - mort » de leur maître, les disciples sombrent en plein désarroi. Ici comme à la croix, leur manque de foi est flagrant.
Ils réveillent donc Jésus. Or nous savons que c’est le même mot « réveil » qui sera utilisé pour signifier la résurrection.
Si nous poursuivons notre lecture nous en arrivons à l’expression « Le vent et la mer lui obéissent. » Que symbolisent les mots « vent » et « mer » ?
Pour les Juifs, le mot « vent » signifie « l’esprit ». Ce sera d’ailleurs le même symbole qui sera repris à la Pentecôte.
Tandis que « la mer » représente « les puissances du mal ». Avec la mer ce sont les puissances du mal qui s’agitent violemment sous l’effet du vent, entendons « l’esprit mauvais ».
C’est donc Jésus « réveillé » c.-à-d. ressuscité qui va vaincre les forces du mal.

Pourquoi Marc écrit-il ce récit de manière aussi symbolique ?
Simplement pour répondre aux besoins de l’Eglise de son temps. En effet, à cette époque les chrétiens de Rome sont pris dans la tourmente des persécutions et comme les disciples dans la barque ballottée par la tempête, ils sont prisonniers de leurs peurs et au milieu de cette tempête Jésus semble dormir. Cette « absence apparente » de Jésus au cœur des événements tragiques des persécutions fait naître le doute en eux : « que fait donc le Seigneur pour nous arracher à une mort tragique ? »

De même que les vagues se sont abattues sur la barque des apôtres et sur celles des premiers chrétiens, elles continuent aujourd’hui encore avec autant de force et le Christ toujours présent semble encore dormir.
Comme au temps de Job dont on parlait dans la première lecture, il nous arrive aussi de questionner Dieu, de l’interpeller, nous étonner et réclamer des explications et des comptes : « Pourquoi ces massacres d’innocents, ces guerres, ces ravages causés par l’injustice, les catastrophes, les maladies ? »

Et bien, nous dit Marc, c’est très clair : Nous ne devons pas attendre d’autres miracles que celui du Christ mort et ressuscité. Et ce miracle n’a jamais cessé depuis lors. En effet chaque fois que le pardon supplante la haine, que l’égoïsme cède la place à la générosité, chaque fois que le courage balaye toutes nos peurs et nos lâchetés, chaque fois que l’amour triomphe de la haine… oui, chaque fois c’est une tempête qui est apaisée, chaque fois nous voyons des traces de résurrection, nous voyons Jésus présent. C’est la résurrection qui se perpétue.

La même homélie mais sous forme d’interview !

Question : Bonjour Mr. l’abbé.
Suite aux lectures j’aurais besoin de quelques éclaircissements : Que Jésus guérisse un aveugle ou un malade, on veut encore bien l’accepter mais qu’il marche sur les eaux ou calme la tempête ne trouvez-vous pas que cela devient un peu difficile à avaler ?
Réponse : Oui, c’est bien vrai mais curieusement les passages d’évangile les plus difficiles à accepter sont souvent les plus intéressants. De ce récit, Marc a voulu faire un condensé de la mort et la résurrection de Jésus. Pour le comprendre il faut donc en déchiffrer toute la symbolique. Ainsi par exemple Jésus invite ses disciples à « passer sur l’autre rive ». Tout le monde connaît cette expression : « Passer sur l’autre rive » et qui signifie entrer dans la mort.
Q : Oui, je comprends, ainsi par exemple, lorsque l’Evangile dit : « Jésus s’endort », ce « sommeil » de Jésus n’est-il pas symbole de sa mort ?
Rép : C’est très juste, ne disons-nous pas encore « il s’est endormi dans la mort » ?
Dans cette histoire nous allons donc assister à une sorte de mime de la mort de Jésus et ensuite un mime de sa résurrection. En racontant que Jésus dort, Marc voit sa mise à mort au milieu des flots déchaînés de la haine. On comprend naturellement que devant ce « sommeil-mort » de Jésus les apôtres sombrent dans le désarroi. Ici, comme lorsqu’ils verront leur maître crucifié, les apôtres sont terrifiés, perdus, leur manque de foi est flagrant.
Question : Pourtant ce sont eux, les apôtres qui le réveillent !
Rép : Oui et ns savons que c’est le même mot « réveil » que les apôtres utiliseront pour signifier la résurrection.
Question : Mais maintenant si nous poursuivons notre lecture nous en arrivons à l’expression : « Le vent et la mer lui obéissent. » Que symbolisent les mots « vent » et « mer » ?
Rép : Pour les Juifs, le mot « vent » signifie « l’esprit ». Ce sera d’ailleurs le même symbole qui sera repris à la Pentecôte.
Tandis que « la mer » représente « les puissances du mal ». Avec la mer ce sont les puissances du mal qui s’agitent violemment sous l’effet du vent, entendons « l’esprit mauvais ».
C’est donc Jésus « réveillé » c.-à-d. ressuscité qui va vaincre les forces du mal.
Question : Mais pourquoi donc Marc écrit-il ce récit de manière symbolique ?

Rép : Simplement pour répondre aux besoins de l’Eglise de son temps. En effet à cette époque les chrétiens de Rome sont pris dans la tourmente des persécutions et comme les disciples dans la barque ballottée par la tempête, ils sont prisonniers de leurs peurs et au milieu de cette tempête Jésus semble dormir. Cette « absence apparente » de Jésus au cœur des événements tragiques des persécutions fait naître le doute en eux : « que fait donc le Seigneur pour nous arracher à une mort tragique ? »

Question : Cette situation tragique des premiers chrétiens, ne continue-t-elle pas aujourd’hui avec autant de force… et le Christ ne semble-t-il pas encore dormir ?
R : Oui, et il nous arrive aussi de questionner Dieu, comme Job, de l’interpeller, nous étonner et réclamer des explications et des comptes : « Pourquoi ces massacres d’innocents, guerres, catastrophes, maladies… et innombrables autres causes de souffrance ? »

Eh bien, la réponse de Marc aujourd’hui est très claire : nous ne devons pas attendre d’autres miracles que celui du Christ mort et ressuscité. Et ce miracle n’a jamais cessé depuis lors. En effet chaque fois que le pardon supplante la haine, que l’égoïsme cède la place à la générosité, chaque fois que le courage balaye toutes nos peurs et nos lâchetés, chaque fois que l’amour triomphe de la haine… oui, chaque fois c’est une tempête qui est apaisée, chaque fois nous voyons des traces de résurrection. C’est la vie qui est vainqueur de toutes les petites morts quotidiennes. C’est la résurrection qui se perpétue.

Conclusion : Grand merci pour ces éclaircissements. Ils nous aident, grâce au langage symbolique, à lire l’Evangile de façon nouvelle, riche de sens et cela représente un trésor inestimable pour notre vie d’aujourd’hui.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 20/04/2021