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Année B

11e dim. ordinaire (17/6) : Commentaire

Nous qui sommes parfois - et même souvent - timides, en voyant notre communauté si petite, enfouie, passant comme inaperçue (évangile), venons, pendant cette eucharistie, apprendre à patienter, à cheminer sans voir (deuxième lecture). La semence germe et grandit, l’arbre deviendra magnifique (évangile et première lecture).

Première lecture (Ez 17,22-24)

Israël était un grand cèdre, mais, hélas !, voué à la destruction par l’invasion assyrienne, Cependant, Dieu ne le laissera pas tomber complètement. Il cueillera à sa cime un jeune rameau, pas grand chose, c’est tout ce qui en restera. Ce petit reste d’Israël se développera en un cèdre magnifique, où habiteront toutes sortes d’oiseaux, d’autres peuples, venus de partout.
Les arbres des champs, entendez : tous les grands de la terre, sauront que c’est moi qui élève et renverse (thème dont s’inspirera le Magnificat). Je guide mon peuple, tous les peuples, selon mon plan sauveur.
Ce texte a été choisi parce que Jésus semble s’inspirer de son image pour décrire l’Église. N’est-elle pas sortie comme un jeune rameau du grand cèdre qu’est l’Église juive ? Ne s’est-elle pas développée pour faire habiter dans ses branches tous les peuples du monde ?

Et moi-même, planté par le Seigneur comme un petit rameau, porterai-je du fruit, deviendrai-je un cèdre magnifique ? Ou tomberai-je, renversé, arbre sec ?

Psaume (Ps 91)

Le psaume reprend l’image de l’arbre pour l’appliquer à chacun de nous qui sommes “le juste”, celui que le Seigneur a rendu juste : en harmonie avec lui.

Ah ! Seigneur, que je sois juste comme les saints, ces palmiers, ces cèdres magnifiques ! Toi qui m’as planté dans tes parvis, dans ta maison, dans ton Église, fais-moi grandir. Et que, au cours de ma vie, je garde ma sève et ma verdeur, mon élan spirituel. Que, même vieillissant, je fructifie encore !

Deuxième lecture (2 Co 5,6-10)

Depuis que Paul a fait l’expérience du Christ à Damas, il désire le voir ; il se sait en exil, loin du Seigneur. Il aimerait mieux habiter chez le Seigneur. De plus, l’apôtre a des ennuis dans son ministère, mais cela ne l’empêche pas d’avoir pleine confiance, il accepte sa vie avec ses déboires. Finalement, ce qui compte, c’est de plaire au Seigneur. L’important n’est pas d’être ici ou là, chez nous ou en exil.

Plaire au Seigneur - voilà son ambition. Une ambition grave, car il se sait responsable : il nous faudra paraître à découvert devant le tribunal de Dieu.

Ne nous imaginons pas l’apôtre cueillir des roses. Que n’a-t-il eu comme ennuis ! Et, au milieu des ennuis, le sentiment que Dieu est loin : nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir. Mais ce n’est pas un indifférent : il se sent en exil, il désire rejoindre son Christ. Et ce n’est pas un défaitiste : nous avons pleine confiance. Ni évadé de l’existence, ni prisonnier du terrestre. Quel modèle !

Évangile (Mc 4,26-34)

Marc a groupé des paraboles en un discours que, par un procédé rédactionnel alors fréquent, il compresse artificiellement en une journée (Mc 4,35). Il situe le discours au bord du lac de Génésareth. Jésus, assis dans une barque (Mc 4,1), s’adresse à la foule qui se presse autour de la crique. De ces paraboles, nous méditons les deux dernières.

Jésus compare le règne de Dieu, terme global qui embrasse tout le plan de Dieu, commencé en Jésus et achevé à la fin des temps, à un homme qui jette le grain dans son champ. Puis, dirait-on, rien ne se passe ; le paysan a l’air de se désintéresser de la semence. Ainsi Dieu paraît loin et inactif, l’Église et l’action du Seigneur sont comme enfouies. Pourtant, nuit et jour, la semence germe et grandit. Nous ne savons comment : la terre produit d’elle-même, sans que nous y soyons pour rien. C’est vrai, l’action de Dieu en nous, dans l’Église, dans le monde, reste un ’’mystère’’. Mais quand le grain sera mûr, à la fin des temps, aura lieu le jugement dernier que les prophètes évoquaient en termes de moisson.

À quoi pouvons-nous encore comparer le règne de Dieu ? Jésus pose la question comme pour souligner la difficulté de se faire comprendre. À une graine de moutarde. C’était, pour les gens de Palestine, la plus petite de toutes les semences du monde, et voilà qu’elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères si bien que (ici Jésus fait référence à une vision d’Ezékiel annonçant la restauration d’Israël : Ez 17,23, voir première lecture), les oiseaux du ciel peuvent y faire leur nid.

La première parabole soulignait l’action invisible de la grâce dans le monde, la seconde a sa pointe dans la disproportion entre les débuts insignifiants du Royaume et sa vaste extension à la fin des temps.

Marc les a rapportées toutes deux pour préserver ses lecteurs (sans doute les chrétiens de Rome, ébranlés par la persécution, communauté insignifiante dans cette ville tentaculaire) du découragement et du défaitisme. Il les invite à faire confiance à Dieu, même si celui-ci a l’air de se désintéresser du devenir de sa communauté. Ces paraboles sont une réponse (dans la foi, bien sûr !) à ceux qui se demandent : si Dieu existe, pourquoi n’intervient-il pas ? Si Jésus est ressuscité, pourquoi y a-t-il si peu de changé depuis ? Elles nous invitent à ne pas céder au pessimisme, elles nous délivrent de l’angoisse désespérée. Dieu agit. Il n’y a là aucune invitation à se tourner les pouces au soleil. Travaillons au Royaume, mais ne nous prenons pas pour la mouche du coche.

Marc conclut son discours des paraboles avec une “photo-éclair” de Jésus : par de nombreuses paraboles semblables, Jésus annonçait la Parole. Voilà son grand œuvre. Jésus est le prophète par excellence, celui qui annonce une Parole vivante. C’est ainsi que le représentent le plus volontiers les grandes icônes : assis comme maître qui enseigne, le rouleau des Ecritures dans la main.

Marc expose encore la méthode pastorale de Jésus : son enseignement à deux niveaux. Un premier, où Jésus emploie la parabole dans la mesure où ils étaient capables de comprendre ; c’est une première imprégnation du terrain qui n’est pas encore prêt à accepter ce que son messages a de trop fort, de scandaleux. À un deuxième niveau, Jésus expliquait tout à ses disciples : ici, dans un terrain mieux préparé, pouvait pénétrer l’annonce inouïe de sa messianité, de sa croix, de sa gloire.


René LUDMANN, cssr
 
(re)publié: 17/04/2018