Sainte Trinité (31/5) : Commentaire
A une époque où l’on avait un peu oublié que chaque messe (sa prière eucharistique en particulier) était une prière au Père par Jésus dans son Esprit, s’imposa une fête de la Trinité. Elle se répandit à partir de 1030 et fut officialisée pour l’Église universelle en 1334. On ne sait exactement pourquoi elle fut placée au dimanche suivant la Pentecôte ; probablement voulut-on synthétiser l’œuvre des trois personnes divines après avoir, pendant le Temps pascal, célébré l’action de chacune.
L’intention était bonne : réveiller chez les fidèles le sens d’un Dieu qui s’est révélé de trois manières éminemment personnalisées. Or ce besoin est tout aussi actuel aujourd’hui où les uns s’adressent au dieu plat de Voltaire, le créateur du monde, et où les autres naviguent entre trois dieux dont ils ne savent exactement comment, malgré tout, en faire un seul.
Notre temps a cependant un atout : plus sensible à l’Écriture qu’aux abstractions du Moyen Âge finissant, il peut, à l’occasion de cette fête, retrouver Dieu tel que le décrit la Bible et que la liturgie le célèbre : le Père qui envoie son Fils réaliser un plan d’amour que l’Esprit de Jésus nous communique aujourd’hui dans l’Eglise. Bible et liturgie nous parlent d’un Dieu qui vient à nous de trois manières éminemment personnalisées. Celles-ci, à leur tour, nous font pressentir que Dieu n’est pas le “célibataire qui s’ennuie derrière les étoiles”, mais que, à l’intérieur de lui-même, il y a une richesse de vie, un échange, un toi-et-moi qui nous font retenir le souffle avant de nous en faire chanter l’admirable accord. C’est ce que nous appelons le mystère de la Trinité, un seul Dieu en trois personnes, ce mot ‘personne’ n’ayant pas le sens actuel de trois individus. Tertullien emploie le mot latin persona en pensant aux masques utilisés dans le théâtre ancien comme amplificateurs. Mais les mots humains sont tous piégés.
Ce que la liturgie nous donne au long de son année en doses homéopathiques est donc, aujourd’hui, célébré dans toute sa richesse. Même si le peuple chrétien ne saisit pas tout avec précision (et quel théologien oserait y prétendre !), une espèce d’instinct surnaturel lui a toujours fait aimer cette fête qui lui réjouit le cœur.
L’amour est le thème majeur qui parcourt les lectures. Ici pas de vérités abstraites ni de concepts théologiques. Le texte inspiré nous aide à pénétrer avec émerveillement dans ce que l’on appelle le mystère : non le mystérieux, l’obscur, mais l’éclat si violent que notre cœur ne peut le capter entièrement, un peu comme nos yeux ne sauraient sonder le soleil. Laissons-nous prendre par l’amour qui vibre à l’intérieur de Dieu pour, à notre tour, le répandre dans un don de nous-mêmes qui en sera le reflet.
Première lecture : Ex 34,4b-6.8-9
Une des plus belles et des plus importantes pages de la Bible. Sur la prière audacieuse de Moïse : "Fais-moi, de grâce, voir ta gloire" (), Dieu descendit dans la nuée. La nuée, signe de sa présence, mais d’une présence voilée, car on ne peut voir Dieu de face. Alors Dieu se “révèle” (il enlève le voile) ! Il proclame son nom, moins son identité profonde - nous ne saurions la comprendre - que ses “attributs”, son attitude envers nous. Il proclame, mot-à-mot il crie. Ce n’est pas une parole gentille et anodine, c’est la voix « de ton tonnerre en son roulement » (), c’est sa parole "plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles" ().
Il proclama son nom : YAHVE. Etymologiquement il semble qu’il faille y voir une forme archaïque du verbe être. Je suis. Moins l’Etre suprême, à la manière de Voltaire, que le "Je suis près de toi", aussitôt précisé par : Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour et de fidélité.
C’est la moelle de la Bible. Celle-ci ne connaît pas de Dieu lointain et encore moins abstrait. Voici un Dieu qui vient se placer auprès de nous. Et Moïse de commenter : Oui, bien que nous soyons un peuple à la tête dure, tu pardonnes nos fautes et nos péchés, tu fais alliance avec nous, tu te compromets, tu feras de nous un peuple qui t’appartienne.
Haute spiritualité qui nous apprend à naviguer entre les deux écueils que sont la peur et le sans gêne, dans le respect amoureux de ce Dieu qui marche au milieu de nous.
Cantique
Nous avons ici une ‘beraka’, une bénédiction : Béni sois-tu, Seigneur. Une action de grâce dont s’inspirera l’action de grâce par excellence, l’eucharistie chrétienne.
Tu es béni, Dieu unique, seul Seigneur. Tous les autres dieux (Argent, Pouvoir...) sont des faux.
Toi dont le nom est Saint, le tout autre.
Toi qui habites le temple saint de ta gloire, inaccessible.
Toi dont nous ne pouvons regarder la gloire trop éclatante pour nos faibles yeux.
Toi qui es au-dessus des forces et des puissances appelées keroubim.
Et cependant sois béni parce que tu es aussi tout proche de nous, tu es le Dieu de nos pères, tu es venu à nous en Jésus ton Fils, tu es présent dans notre communauté par ton Esprit.
Deuxième lecture : 2 Co 13,11-13
La fin de la lettre a été choisie à cause de son souhait trinitaire qui est devenu une des salutations liturgiques au début de nos messes. Sans trop forcer la précision des termes (ainsi l’amour attribué au Père peut aussi l’être à l’Esprit), Paul relie aux trois personnes tout ce que Dieu a fait pour nous Jésus nous a mérité la grâce de la rédemption dont l’amour du Père est la source, et l’Esprit nous y fait communier.
Cette interconnexion des trois personnes divines à notre égard nous invite à pratiquer l’accord entre nous ; le baiser infini du Père et du Fils qu’est l’Esprit Saint, échangeons-le dans une communion d’amour et de paix. Vivre l’échange trinitaire, c’est encore la meilleure façon d’y croire. Alors nous serons dans la joie.
Évangile : Jn 3,16-18
Dieu, le Père, a tant aimé le monde. Il nous aime tant, nous, tous les hommes, moi personnellement. Quand je me sais aimé, je m’épanouis. Pourquoi l’amour que Dieu me porte ne m’émeut-il pas ? Parce que je suis un inconscient. Si je savais ! Mais regarde donc ce qu’il a fait pour toi : il t’a tant aimé qu’il a donné son Fils unique. Il l’a sacrifié. Regarde donc la croix, contemple, réalise ! Tu n’es pas un fruit du hasard, tu es aimé de Dieu. Et à quel prix !
Dieu, le Père, a envoyé son Fils non pas pour juger le monde, mais en témoin de l’amour, pour que, par lui, le monde soit sauvé. Que s’est-il donc passe “à l’intérieur de Dieu” ? Le Père et le Fils ont parlé de nous, de moi. Les deux m’aiment et le Fils est venu pour me sauver de l’absurde dans lequel je patauge.
Dans ce texte il n’est pas fait mention explicite de l’Esprit Saint, mais nous savons, par d’autres versets, qu’il est le commun Esprit du Père et du Fils. Il est le vivant dialogue dans lequel la décision de nous sauver a été prise. Il est aussi la voix qui, au fond de moi, crie le merci de l’amour ().
Gloire au Père qui a fait le plan d’amour, au Fils qui l’a réalisé, à l’Esprit qui nous le communique.
Une note sombre : Celui qui ne veut pas croire. Dieu nous aime tant, respecte tellement notre liberté qu’il ne nous enlève pas le terrible pouvoir de lui dire non, de refuser son amour. C’est nous qui décidons de notre avenir définitif. Dieu ne condamne pas, Jésus n’est pas venu pour juger. Celui qui se détache de Dieu tombe par là-même dans le vide, il est déjà jugé. On ne badine pas avec l’amour.
Prêtre du diocèse de Luxembourg.
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