5e dim. ordinaire (8/2) : Commentaire
Ce dimanche pourrait être appelé le dimanche du témoignage : l’évangile nous déclare sel de la terre et lumière du monde. Paul nous dit comment témoigner, en prêchant la folie d’un Messie crucifié (deuxième lecture) : quant au prophète il nous demande de témoigner par nos actes : partage (première lecture).
Première lecture : Is 58,7-10
Ces versets sont attribués à un anonyme qui vécut à Jérusalem après le retour d’exil (vers 520 av. J.-C.) et qui s’était donné comme tâche de secouer et de réconforter les revenants déçus. On pratiquait une religion de façade. Un jeûne stérile, les gestes de menace, la parole malfaisante, l’égoïsme qui se dérobe... gâtaient tout.
Il invite donc à partager le pain avec celui qui a faim, à recueillir le sans-abri, à couvrir celui que tu verras sans vêtement (on remarque, au passage, les trois cas de misère, à l’époque, les plus répandus).
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, non ta lumière personnelle, mais la gloire du Seigneur qui t’accompagne... Ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi.
Si je vis ma foi dans les actes, elle m’illumine de l’intérieur et me fait rayonner Dieu.
Seigneur, préserve notre communauté d’une liturgie qui se dérobe.
Ce thème de la lumière va être repris par l’évangile : "Vous êtes la lumière du monde."
Psaume : Ps 111
Ce portrait de l’homme de bien (première lecture), Seigneur, tu me le donnes à imiter. Que je sois homme de justice, de tendresse, de pitié. Que je partage. Qu’à pleines mains je donne aux pauvres.
Heureux serai-je alors, mon cœur sera ferme, confiant, car je m’appuie sur le Seigneur.
Je serai cette lumière que tu me demandes d’être et qui se lève dans les ténèbres, la “lumière du monde” (évangile).
Deuxième lecture : 1 Co 2,1-5
Aux Corinthiens, sensibles au prestige d’un prédicateur, Paul rappelle comment lui-même, quand il est venu chez eux, ce n’est pas avec le prestige humain qu’il a annoncé l’Evangile (qu’il désigne ici sous le beau nom de mystère de Dieu, dont l’expérience est inépuisable). Non, il ne l’a pas voulu, intentionnellement. L’échec d’Athènes, où il y était allé de sa rhétorique (), l’avait-il douché ? Ou était-il encore mal-en-point, faible, craintif, tout tremblant ? Plus profondément, il a voulu renoncer au langage d’une sagesse qui veut convaincre, parce qu’il prêchait une folie : le Christ crucifié.
Oui ! Quelle folie de prêcher aux Grecs, épris de beauté et d’harmonie, un pendu ! Pour prêcher à notre temps, épris de réussite, l’échec du Crucifié, il faut être fou. Mais c’est alors que se manifeste l’Esprit et sa puissance, car alors naît la foi qui ne peut reposer sur la sagesse des hommes. La conversion ne sera jamais le fruit de l’habileté humaine, mais de la puissance de Dieu.
Nous avons domestiqué, apprivoisé le mystère de Dieu ; nous l’avons dilué, adouci ou habillé d’un lourd et raide manteau de théologie. Quoi d’étonnant si “ça ne passe plus” ? Quant au “fidèle”, il a les oreilles bouchées pour le mystère, parce qu’il n’écoute que ce qu’il aime entendre. Ah ! Que l’on enlève fards et bouchons, afin que soit entendu Jésus le crucifié - et rien d’autre !
• Quand j’écoute une lecture, une homélie... je puis être charmé par le beau discours ou agacé parce que le lecteur, le prédicateur s’y prennent mal. Dépassons l’homme, écoutons le Christ.
• Jésus s’est incarné dans le peuple juif. L’Eglise doit s’incarner dans notre temps. Il faut donc trouver un langage qui “parle”. La grâce ne dispense pas de l’effort humain. Mais ce ne restera toujours que de l’ordre des moyens. Il faut qu’à travers ce langage parle le crucifié. Sinon c’est pour le chat.
Évangile : Mt 5,13-16
Deux titres de noblesse nous sont ici donnés : vous êtes le sel de la terre - vous êtes la lumière du monde. Cela pourrait sonner triomphaliste. Dans le contexte, ces titres font suite à la dernière béatitude : heureux êtes-vous, si on vous insulte, si l’on vous persécute... (voir dimanche dernier). A ces chrétiens déjà persécutés, insultés - donc plutôt guettés par un complexe et tentés de se retirer dans leur coquille, Jésus rappelle leur dignité - et leur responsabilité.
Vous êtes le sel de la terre. L’usage du sel est multiple : il donne du goût, il purifie, il conserve les aliments. Dans l’antiquité, on en mettait en terre avec le fumier pour servir d’engrais, d’où peut-être l’origine de cette image insolite : sel de la terre. Le rôle du chrétien est donc d’empêcher le monde de se banaliser. Il doit lui donner le vrai goût de vivre, en lui donnant le goût de Dieu. Il doit lui donner cette sagesse supérieure (le sel n’est-il pas symbole de sagesse ?) qui empêche l’homme de se dénaturer, de s’affadir. Nous sommes appelés à préserver l’homme d’aujourd’hui de l’absurdité de sa condition. A l’empêcher de pourrir ! On frémit devant une telle vocation et une telle responsabilité.
Mais si le sel se dénature, s’il s’affadit, si nous ne sommes plus différents des autres, si nous faisons comme tout le monde, chrétiens incolores, inodores et sans saveur, nous ne sommes plus bons à rien, nous avons perdu notre raison d’être. Alors on nous jette dehors, comme le sel dénaturé. Nous nous excluons du groupe des disciples de Jésus, a moins que ce “être jeté dehors” aille jusqu’à signifier la damnation. Quant aux “gens”, ils nous méprisent, ils nous piétinent comme le sel affadi.
Vous êtes la lumière du monde. Autre titre de noblesse, en plus grandiose. Israël avait souvent été décrit sous l’éblouissante image de "lumière des nations". Nous venons d’entendre une de ces descriptions dans la première lecture. C’est vous maintenant, dit Jésus, qui avez pris le relais, vous êtes la vraie lumière du monde. Notre monde si intelligent, notre nouveau siècle des lumières se débat dans le noir du cœur. Jamais idéologies plus sombres, plus désespérantes, plus absurdes n’ont été proprement cultivées. C’est à vous, petites gens, que Jésus dit : "Allez les illuminer. Non de votre lumière qui n’est guère meilleure, mais de ma lumière dont je vous demande d’être les reflets." Suis-je lumineux ? Je n’ai pas besoin d’être une lumière, comme on dit. Mais est-ce que je brille de cette lumière intérieure qui rayonne sans beaucoup de mots ? J’ai honte de répondre.
Rarement comme aujourd’hui me sont rappelés et mes titres de noblesse et leurs exigences. Avec un tel évangile, je pourrais me décourager et, comme les premiers chrétiens, être tenté par la fausse humilité, la dérobade. Aussi Jésus prévient-il la tentation : ne cache pas la lumière que tu as reçue. Une lampe - on pense aux lampes à huile d’alors - ne se met pas sous le boisseau, mais sur le lampadaire, un piédestal, une colonnette, assez haut pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes. Tu as reçu, tu dois donner.
D’ailleurs, même si tu le voulais, tu ne pourrais te dérober. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Jésus a-t-il fait allusion à la ville de Safed que l’on voyait de partout, et jusque de la dépression du lac de Galilée ? Tu es comme cette ville, tu es exposé, on te sait chrétien. Que tu le veuilles ou non, ta conduite se voit. Elle sera témoignage ou contre-témoignage. Prenons conscience de notre dignité, sans triomphalisme ; de notre responsabilité, sans pessimisme.
Alors les hommes voyant ce que vous faites de bien - et ils vous observent - rendront gloire à leur tour, à votre Père qui est aux cieux.
• Nos parents ont reçu à notre baptême un cierge, et le prêtre leur a dit : recevez la lumière du Christ. Le jour de notre première communion, en portant le cierge, nous avons acquiescé. Tous les dimanches, nous recevons le corps du Christ. Ne mettons pas cette lumière sous le boisseau, laissons rayonner le Seigneur là où nous aimons, où nous travaillons, où nous réjouissons, où nous peinons. Ce n’est pas de discours brillants qu’il s’agit, mais de folie de la croix (deuxième lecture). La première lecture ne nous disait-elle pas : "si tu partages ton pain... ta lumière jaillira comme l’aurore ; si tu fais disparaître la parole malfaisante, ton obscurité sera comme la lumière de midi" ?
Prêtre du diocèse de Luxembourg.
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