11e dim. ordinaire (14/6) : Commentaire
Nous venons à la messe pour recevoir le Christ non pour le garder - pour le rayonner. Jésus nous envoie dans sa mission et nous donne pouvoir (évangile). Tous nous sommes prêtres, une nation sainte (première lecture), appelés à dire à tous les hommes et femmes qui cherchent : Dieu vous aime. La preuve, Christ est mort pour nous (deuxième lecture).
Première lecture : Ex 19,2-6a
Dans l’épreuve de l’exil, le peuple, qui a perdu toute confiance en lui-même, est revigoré par le souvenir du grand événement de son élection au Sinaï, quand Moïse monta vers Dieu sur la montagne et qu’il transmit au peuple la proclamation de sa dignité :
Moi, le Seigneur, je vous aime d’un amour particulier parmi toutes les nations, puisque je vous ai délivrés de l’esclavage d’Égypte, je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle pour vous amener jusqu’à moi, dans ma plus intime proximité. Puis résonnent les paroles de l’anoblissement : vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, et vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte.
Toute l’Église - nouvel Israël, nouvelle maison de Jacob - est sacerdotale, appelée à être le prêtre de l’humanité pour la conduire à Dieu. L’Église est une nation sainte, mise à part, appartenant à Dieu d’une façon particulière. Cette dignité, nous l’avons reçue au baptême où la prière de l’onction nous dit prophète, prêtre et roi.
Un peu de fierté me ferait grand bien. Je peux critiquer la "pelure" de l’Église, mais sa pulpe, son noyau sont de Dieu, saints.
Ce passage prépare excellemment l’évangile de l’appel des Douze, mais en nous rappelant que toute l’Église (et non seulement les prêtres) est appelée à proclamer le Royaume. A condition que nous entendions la voix de Dieu et gardions son alliance : on ne donne que ce que l’on a. Ai-je entendu la voix de Dieu, assez profondément pour la transmettre ? Est-ce que je garde l’alliance, de telle sorte que ma vie la rayonne ?
Psaume : Ps 99
Terre entière, vous tous les peuples du monde, acclamez le Seigneur. Mais toi, le peuple particulier, son troupeau, toi, la nation sainte (première lecture), toi, Église, toi, communauté maintenant rassemblée, viens à lui avec des chants de joie. Fête et proclame son alliance, sa fidélité, son amour qui sont éternels. Proclame-les dans cette eucharistie, proclame-les, par toute ta vie, à la terre entière.
Deuxième lecture : Rm 5,6-11
Pour savourer ce chant de la gratuité de l’amour, il nous faut être conscients de notre néant devant Dieu et avoir expérimenté le Christ dans la forte douceur de sa présence.
Mais qui d’entre nous - sincèrement - se croit coupable, pécheur, capable de rien ? L’homme est capable : il peut jeter des ponts audacieux, se promener dans le cosmos, saisir l’infiniment petit... Et pourtant ! Vienne la mort, et tout est néant. Quelques penseurs ont saisi l’absurde de la condition humaine. Et puis, il y a l’affreux de nos refus. Les saints en étaient prostrés. Bref, nous ne sommes pas grand-chose, et ce pas grand-chose est encore blessé.
Eh bien ! Le Christ est mort pour nous, alors que, froidement parlant, il n’y avait pas intérêt. A la rigueur, on accepte de mourir pour un homme juste, peut-être un homme de bien - encore que ce soit difficile. Si donc le Christ est ainsi mort pour nous qui sommes suffisants, et coupables ! - n’est-ce pas que son motif est l’amour ? Là, gratuit. Cette mort pour des coupables, n’est-ce pas la preuve que Dieu nous aime ? La mort du Christ ne le prouve-t-elle pas éloquemment ?
Mais si le Christ a fait cette folie alors que nous étions encore pécheurs, que ne va-t-il faire pour nous, maintenant que nous lui sommes précieux, que son sang versé nous a fait devenir justes, en harmonie avec Dieu, que nous sommes réconciliés avec lui ! A plus forte raison donc pouvons-nous regarder avec confiance vers le Jour de la colère de Dieu (expression biblique pour le Jugement dernier), dont nous serons sauvés par le Christ. A plus forte raison donc entrerons-nous dans la vie éternelle du Christ ressuscité ! Mais oui, tu es sûr d’être sauvé définitivement, toi qui dès aujourd’hui as tant de preuves que Dieu t’aime !
En fin de compte, nous n’avons, de nous-mêmes, aucun titre à faire valoir, mais nous pouvons miser sur l’amour que Dieu nous porte, nous pouvons mettre notre orgueil en Dieu. Grâce à Jésus qui nous a sauvés.
Voilà ton seul et vrai titre de gloire. Si tu le réalisais, tu n’en finirais pas de t’étonner, de t’extasier et de rendre grâce. Saisis-tu, au moins un peu, pourquoi nous avons un pressant besoin de faire action de grâce tous les dimanches ?
Évangile : Mt 9,36-10,8
Matthieu aime regrouper les discours de Jésus autour d’un thème commun. Depuis le quatrième dimanche de cette année A, nous avons ainsi médité un ensemble gravitant autour du programme de Jésus le "sermon sur la montagne". Aujourd’hui, nous abordons un nouveau paquet rassemblant des réflexions sur la mission des apôtres.
Cette mission a sa source dans un regard de Jésus : voyant les foules, (l’humanité tout entière dont elles sont comme un échantillon), il eut pitié d’elles, littéralement il fut remué aux entrailles, (un mouvement quasi maternel). Parce qu’elles étaient fatiguées et abattues, épuisées par une vaine recherche du bonheur, ne trouvant pas de sens à leur vie, désorientées comme des brebis sans berger. Nous ne serons motivés que si nous avons le regard lucide et ému de Jésus, comme lui "pris aux entrailles" devant la misère humaine, le vide affreux des existences...
Il dit alors à ses disciples : la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. La moisson est prête, il y aurait tant à faire ! Sous les dehors blasés, il y a la faim inassouvie, le désir inavoué de Dieu. Mais qui s’occupera de cette moisson quand je serai parti ? ) - semble insinuer Jésus.
Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Si le Père a tant pitié des hommes, pourquoi attend-il notre prière pour agir ? C’est que, si je prie sincèrement, je m’ouvre à son appel et je reçois de lui la force de m’engager. Il est donc malhonnête de prier pour qu’y aillent les autres. Si j’avais le regard de Dieu, si j’étais remué, je prierais : Envoie-moi ! Donne-moi ton Esprit !
Alors Jésus appelle ses douze disciples de choix, auxquels Matthieu donne, un verset plus bas, le nom d’apôtres, mot que les évangélistes réserveront aux Douze. La structure de l’Église n’est pas une invention postérieure à Jésus. Dès le début de son ministère, Jésus lui-même donne à l’Église un minimum de consistance, une hiérarchie - les apôtres - dont nos évêques sont le prolongement. Nous sommes, comme l’affirme le Credo, l’Église apostolique.
Pour bien montrer que l’Église est sa propre continuation, Jésus donne aux Douze ses propres pouvoirs : expulser les esprits mauvais, guérir toute maladie et infirmité et, bien sûr, proclamer que le Royaume des cieux est proche. Parler et agir, prêcher et transformer. Toute la "pastorale" y est.
Qu’ils soient douze montre à l’évidence que Jésus entend faire de son Église le nouvel Israël (l’ancien était bâti sur la structure des douze tribus). Que Matthieu nomme les Douze deux par deux peut venir du fait qu’ils sont appelés à témoigner, et que, à l’époque, un témoignage ne valait que s’il était porté par au moins deux hommes. Que nous ayons quatre listes des Apôtres (trois chez les synoptiques, une dans les Actes) montre l’importance que l’on attachait, dans l’Église primitive, aux Douze, leur place hiérarchique, en particulier celle de Pierre, dit le premier. Qu’on ne tombât pas, pour autant, dans le culte de la personnalité se devine dans le fait que Matthieu est dit l’ancien publicain, et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.
Jésus leur donne les instructions suivantes :
N’allez pas chez les païens et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Plus tard Jésus dira : "Allez enseigner toutes les nations" (), et encore "Vous serez mes témoins en Samarie" (). Mais, pour l’instant, Jésus veut ménager les forces et entend procéder avec méthode, une méthode basée sur les promesses faites par Yahvé à Israël. Il serait le premier à recevoir le Messie. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.
Proclamez que le Royaume des cieux (expression très vaste qui englobe Dieu et toute la grâce qu’il apporte) est tout proche. A prendre au sens fort : le temps de l’attente est terminé, le Messie est là. Pour nous c’est une mise en demeure. Dieu est là, devant ta porte. Il veut entrer maintenant, tout de suite.
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons : faites ce que j’ai fait, continuez mon oeuvre ; je vous en donne le pouvoir. Il nous faut donc guérir, libérer, pardonner. Si des choses extraordinaires n’ont pas lieu dans notre ministère, c’est que nous ne sommes pas assez pris. Mais, dès que surgit un saint, l’extraordinaire fleurit, des malades guérissent, les démons s’enfuient. Un peu de ferveur, et nous réussirons des choses "incroyables" !
Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne cherchez pas votre intérêt personnel et, surtout, pas question de sous !
Ne nous décourageons pas devant un tel envoi. Les Apôtres n’étaient pas meilleurs. On y compte quelques pécheurs, dont Pierre (qui aura son moment de faiblesse), Matthieu un ex-publicain, d’anciens maquisards, Judas le traître... Appuyons-nous sur Jésus qui nous donne sa force, son pouvoir.
Prêtre du diocèse de Luxembourg.
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