16e dim. ordinaire (19/7) : Pistes pour l’homélie

Pour résumer ce long article en utilisant l'Intelligence artificielle de Mistral AI, Paris, France, d'abord une vérification que vous êtes un être humain...

Piste 1

Même si nous admettons qu’en chacun il y a une part d’ivraie et une part de bon grain, nous sommes quand même tentés de croire que globalement le bon grain c’est nous et l’ivraie les autres !
Mais comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, l’Evangile et particulièrement cette parabole, de même que les paraboles entendues les dimanches précédents, nous parlent d’abord de Dieu, un Dieu d’une très grande patience et d’une admirable tolérance. Deux qualités, qui pour nous humains, ne sont pas tout à fait spontanées.
Ne classons-nous pas volontiers la patience dans les vertus paresseuses, elle est bonne pour les inactifs, les naïfs ? Et celui qui est tolérant ne le qualifions-nous pas facilement de lâche, de faible ? Or voici que l’Evangile les élève au rang de qualité divine.
La patience n’est pas une qualité évidente, surtout à l’heure actuelle où nous aimons l’efficacité dans la rapidité, le bonheur dans l’immédiat et la facilité. Par contre la tolérance est honorée dans une société multiculturelle où nous devons apprendre à vivre avec des personnes qui ne pensent et ne vivent pas comme nous.
Paradoxalement ceux qui se considèrent comme le « bon grain » sont souvent intolérants tout simplement parce qu’ils s’estiment au dessus des autres ; ce sont des purs, ils sont pour la rigueur, l’obéissance stricte aux commandements, ils choisissent l’observance minutieuse des rubriques, ils rejettent toute compromission avec le mal. Ils ne font pas dans le sentiment ni la douceur, ils sont catégoriques, intransigeants jusqu’à céder à la violence. Ils n’ont de respect pour rien ni pour personne lorsqu’il s’agit d’éradiquer les mauvais éléments.
En fait, les intolérants sont des gens qui ont peur et qui ont besoin de balises claires et nettes pour vivre. D’où leur volonté de déblayer tout ce qui les empêche d’imposer aux autres leurs vérités, de s’imposer eux-mêmes.
Or démêler le bon grain de l’ivraie, non seulement n’est pas chose facile, mais c’est carrément impossible. Dieu lui-même ne peut le faire et n’a d’autres moyens que de recourir à la patience. Pour parvenir à cette patience dont Jésus fait l’éloge, il n’y a d’autre chemin que celui de la confiance.
« La confiance » qu’est ce que c’est au juste ?
Elle est contraire à la fatalité. « C’est écrit » disent certains, signifiant par là que tout est programmé à l’avance, je ne peux rien y changer.
Faire confiance, au contraire, c’est reconnaître que j’ai un avenir qui n’est pas déterminé, il dépend de moi ; c’est moi qui donne l’orientation à ma vie même dans les événements qui s’imposent à moi.
Et « faire confiance » c’est vaincre la peur. C’est savoir que je ne suis pas seul, livré à moi-même, je sais que je suis aimé par quelqu’un qui veut mon bonheur, quelqu’un en qui je peux m’abandonner parce qu’avec lui je sais que je peux atteindre le but de ma vie.

La patience est sans doute la vertu première de l’amour. Les parents, comme tous ceux qui aiment…en savent quelque chose.

Piste 2

L’autre jour, j’ai eu l’occasion de visiter un jardin accompagné d’un guide qui nous donnait des explications très intéressantes. Dans son préambule il disait : « Dans un jardin comme dans la nature, il n’existe pas de mauvaises herbes, il n’existe que des herbes sauvages. » Il voulait dire par là que toutes les plantes, quelles qu’elles soient, ont un rôle à jouer dans l’équilibre naturel. Si certaines plantes nous conviennent peut-être davantage, les autres n’en sont pas moins utiles.
Tout bon jardinier sait que - sans recourir aux produits chimiques- les légumes pour être beaux, exigent la présence d’autres herbes, qu’on appelle « mauvaises ».

Il est vrai que dans l’existence, la distinction entre le bien et le mal est souvent arbitraire. J’appelle « bon » ce qui me convient et me plaît, j’appelle « mauvais » ce qui me contrarie.
Nous savons également que le bien et le mal dépendent soit de notre éducation, notre culture, notre environnement, notre projet de vie … Ce qui est bien pour moi est peut-être mauvais pour l’autre, c’est bon aujourd’hui et ce sera mal demain ou réciproquement ! Comme il est étonnant aussi parfois de constater comment une bonne intention, ou un acte de générosité peut avoir des effets pervers inattendus.
L’Evangile de l’ivraie, comme déjà l’Evangile de dimanche passé nous montre que nous sommes absolument incapables de dire de façon absolue ou définitive « ceci est bien, ceci est mal »…
Personne donc n’est habilité à arracher l’ivraie, car le bien et le mal sont si entremêlés qu’ils sont inséparables. Même Dieu ne veut pas s’ériger en juge, car pour lui rien n’est jamais définitif, irrémédiable mais peut toujours être repris et sauvé.
Nous savons aussi que tout au long de son histoire, l’Eglise a souvent été tentée de faire le nettoyage par le vide. Il suffit de se rappeler les croisades, les guerres saintes, l’inquisition, la conquête et la soi-disante conversion des Amériques…
Encore aujourd’hui nous faisons l’expérience
 Du fanatisme de ceux qui s’estiment être des purs,
 Du soupçon de ceux qui prétendent détenir toute la vérité.
 De l’intolérance de ceux qui se croient être intègres et justes, c.-à-d. du bon grain.

Comment d’ailleurs pourrions-nous séparer le bon grain de l’ivraie chez les autres alors que tous les deux croissent au cœur même de notre propre vie ?
Il n’existe pas de champ de blé sans ivraie, il n’existe pas de gens sans faiblesse.
Autrement dit : il nous faut apprendre à vivre avec elles, en nous et autour de nous, avec l’espoir de voir lentement croître le blé au point de supplanter l’ivraie.

Piste 3

Il n’est pas nécessaire de faire le relevé de toutes les souffrances et les malheurs du monde pour être persuadé que le mal existe. C’est une évidence ! Non seulement il existe mais il reste la question sur laquelle la pensée et la réflexion de l’homme ont toujours buté. Pourquoi le mal ? D’où vient-il ? Comment le combattre ? Même les religions n’ont jamais pu nous convaincre avec leurs réponses. Pourquoi Dieu n’empêche-t-il pas le mal ?
La parabole de Jésus, du « bon grain et l’ivraie » nous aide cependant, non pas à tout comprendre, mais au comment réagir.
« Un homme, dit-il, a semé du bon grain dans son champ.. » Après cela le semeur s’en retourne chez lui se reposer, heureux d’avoir semé son bon grain.
Cette parole me fait penser à ces mots du livre de la Genèse lorsque Dieu crée le monde : « Et Dieu vit que cela était bon. » Ensuite Dieu se retire et se repose le 7e jour.
Or, continue la parabole, « pendant que les gens dormaient, son ennemi survint, il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla ».
Le semeur n’a donc pas la totale maîtrise de son champ comme nous le montrait déjà la parabole de la semaine dernière, lorsqu’il sème partout, dans la bonne terre mais aussi dans les rocailles et les épines.
Ici également, il ne domine pas tout : pendant qu’il se repose, un ennemi survient.
Qui est-il ? Nous ne le savons que par son activité nocturne : il est celui qui sème de l’ivraie !
En grec « ivraie » se dit « zizania ». L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie.
Certains iront jusqu’à dire que cet ennemi c’est le diable.
Mais une lecture plus théologique et précise de la Bible ne nous permet plus de nous focaliser sur la nature du diable comme étant un être spirituel opposé à Dieu, Le « diable » est plutôt une personnification littéraire de tout ce qui divise, nous disperse, tout ce qui sème en nous la zizanie.
Le mot « diable » venant du mot « diabolos » signifie, celui qui divise, empêche la communion. Est « diable » dans notre vie, tout ce qui nuit à la qualité de nos relations, nous détourne de la fraternité.
Jésus l’exprime très bien dans la parabole lorsqu’il parle de « l’ennemi ». Il n’a pas de nom, pas d’identité. D’ailleurs après son forfait commis dans la nuit, l’obscurité, « il s’éloigne » précise Jésus. Il s’éloigne parce qu’il ne peut pas s’approcher, en effet s’approcher c’est « se faire proche », c’est entrer en relation, se faire le prochain ! Tout le contraire de la zizanie.

Tous nos projets, si bons et si beaux soient-ils, sont toujours « visités » par l’un ou l’autre ennemi mystérieux qui y sème la zizanie. Comme les serviteurs de la parabole, nous sommes tentés d’arracher cette ivraie, mais nous risquons de faire pire que mieux.
Il n’y a pas de remède, semble dire la parabole, il faut « vivre avec » mais avec la conviction, la certitude qu’elle n’empêchera pas le bon grain d’arriver à maturation et de porter du fruit.
En fin de compte la bonne semence aura le dessus, c’est avec cette certitude qu’il nous faut persévérer, patienter. Dieu, lui, ne semble pas pressé.
Pourtant ils sont nombreux ceux qui, aujourd’hui, succombent à la tentation de débarrasser le monde de tout ce mal, de nettoyer cette saleté au karcher. Il y a tant de fanatiques, de doctrinaires qui n’hésitent pas à déclarer la guerre sainte et à commettre des attentats pour nettoyer le jardin du monde.
Plus subtilement il existe une version plus personnelle de purification que l’on appelle « la morale ». La morale n’est-elle pas aussi parfois semblable à une entreprise de désherbage ? Au nom de la morale on exclut, on condamne, on méprise…
Ce qui ne signifie pas que la morale soit inutile, mais à condition qu’elle ne devienne pas une obsession au point de vouloir tout purifier.
Au lieu de voir l’ivraie dans le champ du monde, nous sommes invités à nous réjouir de ce qu’il y grandit de bien et de beau.
De même chez nous, n’avons-nous pas parfois des difficultés à nous réjouir de ce qui est en train de se lever dans nos vies ? Ne soyons pas obsédés par ce qui ne va pas mais réjouissons-nous de voir notre propre champ d’existence grandir, et sentir déjà se profiler le temps de la moisson. C’est cela aussi qu’on appelle l’espérance !

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

Publié: 19/06/2026