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Pentecôte (31/5) : Commentaire

INTRODUCTION A LA FÊTE

Pentecôte c’est encore Pâques - et plus que jamais. C’est Pâques à son dernier sommet. Car du dernier jour de la grande Fête éclate avec magnificence ce qui s’était accompli dans le divin silence du matin de la Résurrection.

Le Je viendrai à vous, commencé presque discrètement par les apparitions pascales dans le secret de la chambre-haute, au crépuscule du soir à Emmaüs, sur le rivage solitaire du lac, ce Je viendrai se réalise maintenant dans le tourbillon et le feu.

Votre cœur se réjouira. Cette joie amorcée a Pâques - encore timidement, ils n’osaient y croire, ils se retranchaient dans leurs maisons - voici que cette joie fuse en un enthousiasme tel qu’on croit les disciples pris de vin.

Vous me verrez vivant et vous connaîtrez (expérimenterez) que je suis à mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous (Jn 14,20). Voilà que cette lente expérience va devenir une foi inébranlable. Les apôtres vont être littéralement “habités” , la communauté elle-même et non plus le temple de Jérusalem sera le lieu de la présence divine. Cette foi, cette expérience, cette présence, ils vont les communiquer aux quatre coins du monde.

Après la naissance pascale, voici la maturité spirituelle. Ce qui est né dans les eaux du baptême, la Nuit de Pâques, va être, au grand jour, affermi, confirmé dans le feu.

C’est toujours Pâques, c’est l’accomplissement pascal. Et le soleil du matin de la résurrection brille maintenant à son midi.

Inversement, Pâques était déjà une fête de l’Esprit. L’Esprit de Jésus était déjà venu et l’envoi missionnaire déjà ordonné le soir du premier jour (Jn 20,19-22).

Mais comment s’exprimer : Jésus lui-même, le Jésus pascal est un Christ dans l’Esprit Saint. L’Esprit a transformé le corps mortel du Christ en un corps glorifié, ressuscité (Rm 8,11 ; 1 Co 15,45), Jésus est rempli de l’Esprit du Père.

Ne nous imaginons pas l’Esprit à la manière d’un troisième personnage dont on ne saurait le rôle exact, mais comme le feu présent dans le fer rougi. On ne peut prendre un fer rougi sans aussi prendre son feu. De même on ne peut atteindre le Christ sans avoir aussi son Esprit et inversement. C’est donc mal connaître le Christ que d’ignorer qu’il est de feu, qu’il est de l’Esprit. Et comme il est étrange, alors qu’ils sont inséparables, de chercher le Christ en ignorant son Esprit !

Pâques et Pentecôte ne sont donc pas, à proprement parler, deux fêtes différentes, elles célèbrent le Ressuscité transformé par l’Esprit et l’Esprit envoyé par le Ressuscité. Non deux étapes à la manière d’un train qui rejoint des endroits où il n’était pas encore, il faudrait plutôt parler de mûrissement : tout est déjà dans le bourgeon pascal, mais le bourgeon a gonflé, maintenant il éclate.

Cinquante jours pour une seule grande fête pascale dominée par l’Esprit, fête étalée dont c’est aujourd’hui le dernier jour !

Mais un dernier jour qui est, lui aussi, un sommet : « Dieu, tu accomplis le mystère pascal dans l’événement de la Pentecôte » (Oraison, messe de la veille au soir). Et l’Eglise, sortie du Christ en croix comme un enfant du sein de sa mère, la voici debout, dans sa mûre jeunesse, déjà le pied sur le seuil pour annoncer au monde les merveilles dont elle a été le témoin.

Cette imbrication de Pâques et de Pentecôte nous aidera à ne pas dissocier le Christ et son Esprit. Comme si le Christ était le Dieu de Pâques et l’Esprit celui de Pentecôte ! Un seul Dieu se manifeste de manières diversifiées, éminemment personnalisées. Le Christ m’envoie son Esprit et l’Esprit me met en communion avec Jésus.

Saint Jean condense le mystère pascal en un seul épisode. Il en a une vue globale, encore plus serrée. Pour lui, tout est accompli déjà sur la Croix (Jn 19,30). Jean voit la Résurrection déjà réalisée avec la mort de Jésus ; avec un de ces jeux de mots dont il a le secret, il dit que le Fils de l’Homme doit être élevé ; ce mot, qui fait penser à l’élévation en Croix, signifie aussi l’élévation dans la gloire, puisqu’alors Il attirera tout à lui (Jn 12,32). Autre mot génial au double sens : Jésus sur la croix remit l’esprit (Jn 19,30.34) : Il remet son esprit au Père, Il donne l’Esprit au monde.

Ici Croix, Résurrection et Pentecôte sont vues comme en un seul acte : Pour notre “éducation”, saint Luc - et la liturgie avec lui - l’étalent dans le temps.

Historique

Pentecôte - du grec : pentecostè, cinquante - le cinquantième jour après Pâques, était, chez les Juifs, avec Pâques et la fête des Tentes, une des trois grandes fêtes de pèlerinage. Une fête de la récolte du blé, plus tard commémoration de l’Alliance du Sinaï. Certains éléments de la fête juive ont été retenus par la liturgie ; ainsi le thème de l’Alliance, à la messe du samedi soir (2e lecture). Mais, alors que Pâques et Pentecôte n’avaient pas de rapport direct dans le culte juif, la liturgie chrétienne les a unies.

Pendant les premiers siècles, on n’a jamais considéré le jour de la Pentecôte comme une fête à part, mais comme le dernier jour de la grande fête de Pâques. Peu à peu cependant, Pentecôte se détacha du cycle pascal pour constituer finalement, assez tard d’ailleurs, un cycle particulier de huit jours, en imitation de l’octave de Pâques dont elle avait repris certains traits.

La réforme conciliaire a fort heureusement rétabli l’ancien ordre. Le lien avec Pâques est particulièrement visible dans l’évangile du jour qui rapporte une apparition le soir de Pâques.

Quelque-uns déplorent la suppression de l’octave, craignant que la dévotion à l’Esprit Saint y perde encore de son impact déjà faible. C’est oublier que tout le temps pascal est le temps fort de l’Esprit.

C’est le dernier jour où brûle le cierge pascal pendant la messe.

MESSE DU JOUR

Comme les apôtres rassemblés dans la chambre haute, nous voici rassemblés, attendant l’Esprit de Jésus. Le moment est particulièrement solennel. Nous voici Église comme jamais, et l’Esprit veut nous le faire devenir encore davantage. L’Esprit veut nous “confirmer”, nous affermir, nous unir avant de nous envoyer aux frontières. C’est le maximum de concentration avant le grandiose éclatement.

Nous nous sentons aujourd’hui, plus qu’à l’ordinaire, l’Eglise : une et sainte unie et sanctifiée par l’Esprit. Catholique : universelle, composée de ces hommes issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Apostolique : fondée sur le roc des apôtres et, comme eux, envoyée aux quatre coins du monde (première lecture).

Il vient maintenant, pendant cette eucharistie, l’Esprit que Jésus avait promis à la dernière Cène, puis communique aux apôtres dès le jour de Pâques (évangile). C’est dans l’eucharistie que nous recevons, avec le plus de réalisme et d’intensité, le “Christ spirituel” : Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint (prière eucharistique III).

L’ayant reçu, vivons-en et développons en nous les fruits de l’Esprit que nous détaille Paul dans la deuxième lecture.

Viens, Esprit Saint. Remplis le cœur de tes fidèles (Séquence).

Une de ces liturgies riches et denses qu’il nous faut vraiment “célébrer”, vivre intensément, et jusque dans le rouge-feu des couleurs liturgiques, la profusion des lumières, le langage des fleurs, les variations du chant tantôt grave, mystique, tantôt impétueusement joyeux, et surtout dans la chaleureuse participation d’un chacun.

Première lecture : Ac 2,1-11

Une méditation d’une portée extraordinaire, bien que fort éloignée d’un reportage sensationnel. Il importe de dépasser la description matérielle pour saisir sa signification spirituelle.

Voici donc les frères, non seulement les apôtres mais toute la communauté, réunis tous ensemble. Le texte insiste : la communauté, l’Eglise, tous furent remplis de l’Esprit Saint.

Cette Pentecôte, réalité spirituelle impossible a photographier, est traduite en des signes visibles :
- Le violent coup de vent qui renverse les routines, les barrières légalistes, qui nous entraîne et nous emporte dans le dynamisme de la foi.
- Le feu de l’amour qui purifie les motivations et embrase le cœur. Le feu semble actuellement le moins bien partagé, en regard d’un essoufflement, d’une espèce de fatigue généralisée. L’Esprit est bouillonnement, effervescence, parole brûlante.
- Les langues : le feu se partagea en langues et se posa sur chacun d’eux alors ils se mirent a parler en langues. Ne t’arrête pas au côté spectaculaire de l’événement. Ce dont il s’agit pour toi, c’est de recevoir de l’Esprit le don du “langage” qui puisse atteindre le cœur et le remuer. Sans ce don pas, d’évangélisation. Les différentes langues expriment encore l’universalité de l’Eglise faisant craquer les cadres racistes et nationaux.

L’effet de cette plénitude de l’Esprit Saint est visible : les frères, jusque-là timides, se mirent a parler, à proclamer les merveilles de Dieu, chacun selon le don particulier de l’Esprit. Ils n’ont pas reçu ce don uniquement pour eux-mêmes, mais pour proclamer les merveilles. Inversement, on ne donne que ce que l’on a, on ne peut rayonner Dieu que si on en est rempli.

Il se réalise aux débuts de l’Eglise ce qui s’était déjà accompli aux débuts de la mission de Jésus. Alors l’Esprit Saint était venu sur lui pendant son baptême (Lc 3,22), alors Jésus disait, dans son premier grand sermon : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, il m’a envoyé proclamer la bonne nouvelle » (Lc 4,18). Maintenant les apôtres sont baptisés dans le feu de l’Esprit, ils sont envoyés. Le rapprochement montre à l’évidence que les nôtres doivent continuer l’œuvre du Christ, et l’Esprit agit en eux de la même manière qu’en Jésus.

C’est bien d’un baptême qu’il s’agit dans cette Pentecôte, d’un baptême d’envoi. J’ai reçu ce baptême de l’Esprit par les sacrements du baptême et de la confirmation. Simples rites ou baptême de feu ? Ce feu couve sous la cendre. Viens, Esprit Saint, ranime à nouveau le feu de ton amour !

Psaume : Ps 103

Hymne au Dieu créateur.

Bénis le Seigneur, ô mon âme ! Fais action de grâce. Quelle profusion dans tes œuvres dont la plus merveilleuse est la résurrection de Jésus et l’envoi de ton Esprit ! La terre qu’est ton Église s’emplit de tes biens, des dons de ton Esprit. Toi qui as créé le monde par ton souffle, envoie ce souffle pour recréer, renouveler la terre qu’est ta communauté. Elle est usée. Rends-la fraîche. Jeune. Fais du neuf en elle.

Deuxième lecture : 1 Co 12,3b-7.12-13

La communauté de Corinthe bouillonnait, avec un goût prononcé pour l’extraordinaire : transes, extases... pas toujours faciles à distinguer de l’autosuggestion ou de phénomènes païens analogues. Le problème reste actuel. Les critères que donne Paul sont excellents pour apprécier les phénomènes mystiques, la créativité, les enthousiasmes parfois extatiques d’aujourd’hui.

Ces expériences viennent de l’Esprit de Dieu :
- Si elles sont portées par une grande foi au Christ, une vie qui se laisse guider par Jésus, le Ressuscité, le Seigneur. Là on est sur terrain sûr. Une vie de foi profonde ne peut venir que de l’Esprit. Sans le Saint Esprit, personne n’est capable de dire : « Jésus est le Seigneur ».
- Si ces manifestations, ces dons, ces activités ne s’opposent pas à ce qui se fait de valable dans la communauté. Les uns et les autres, pour autant qu’ils sont vrais, viennent d’un seul et même Esprit, d’un seul et même Seigneur, d’un seul et même Dieu, et ne sauraient donc se neutraliser.
- Si elles sont en vue du bien de tous, et favorisent l’unité : pour former un seul corps. Ce qui divise, disperse, ne vient pas de l’Esprit.

Paul opte donc résolument pour la créativité, le flair, la diversité. Pour lui, l’Eglise est autre chose qu’une institution poussiéreuse et figée : le corps du Christ est vivant. Paul est pour les expériences nouvelles, même si elles paraissent osées. Mais, pour éviter le désordre, il veut que ces initiatives se soumettent au discernement de l’Esprit. L’Esprit, qui fait l’Eglise vivante, la garde dans l’unité d’un seul corps et l’empêche de se dissoudre en sectes et groupuscules.

Ces vues me permettent de me situer dans l’Eglise, d’y trouver ma place dans le respect de celle des autres, dans un seul corps du Christ. Ni numéroté, ni marginalisé.

Séquence

Une séquence est une suite chantée (dont le Moyen Âge faisait un abondant usage). Elle est à l’origine de nos cantiques populaires. La liturgie conciliaire en a gardé le Victimae pascali de Pâques, le Lauda Sion de la Fête-Dieu, le Dies irae...

La séquence de Pentecôte Veni Sancte Spiritus est une extension du cri initial : Viens Esprit Saint. Sa manière simple mais chaleureuse, sa fraîcheur et son feu, sa force et sa douceur fait d’elle la prière préférée et parfois journalière de beaucoup.

Évangile : Jn 20,19-23

En ce jour de la Pentecôte, nous lisons un événement qui s’est passé le soir de Pâques, du premier jour de la semaine juive. Que le choix de cet évangile est heureux ! Il montre, avec une éclatante évidence, que Pentecôte commence à Pâques.

Jésus était là, au milieu d’eux. Une paix triomphale rayonne de lui. Il ne leur souhaite pas cette paix, il la leur donne. A ces pauvres qui avaient verrouillé la porte par peur, il dit : la paix soit avec vous. Pour leur prouver qu’il n’est pas un fantôme, qu’il est vraiment ressuscite, il leur montra ses mains et son côté, les marques désormais glorieuses de sa passion.

Il répandit sur eux son souffle, hébraïsme pour : il leur communiqua ce (celui) qu’il avait en lui : Recevez l’Esprit Saint.

Ils le reçoivent pour le donner. De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis. Remettre les péchés dépasse largement le sacrement de la réconciliation. Il s’agit plutôt de la grande réconciliation avec Dieu, de la conversion de l’homme, de son retournement complet, moment qui implique toute l’activité de l’Eglise.

Une véritable Pentecôte - le soir de Pâques. Le souffle de l’Esprit leur est communiqué. Ils sont envoyés.

Je suis envoyé. Parce que j’ai reçu du feu. Comment avoir du feu sans le rayonner ?

On aime dire que l’Eglise est née le jour de la Pentecôte. Cet évangile semble le contredire, puisque Jésus lui-même la fait naître à Pâques et lui donne, ce jour-là, tous ses éléments constitutifs :
- une communauté de foi.
- l’Esprit qui envoie et les pouvoirs pour exercer la mission.
- un minimum de structure hiérarchique, en la personne des apôtres.

Alors, si la Pentecôte a déjà lieu le soir de Pâques, pourquoi encore une fête de la Pentecôte, cinquante jours plus tard ? Mais cette dernière n’est pas une fête “en plus” ; c’est la même fête de Pâques qui s’étale, grandit, s’amplifie : à Pâques, c’est encore l’enfant dans le sein de sa mère, comme caché aux yeux du monde ; à la Pentecôte, il naît à ce monde. Mais c’est le même enfant, c’est la même Église.


Sans l’Esprit Dans l’Esprit
Le Christ reste du passé. Le Christ devient présent, actualisé.
L’Evangile reste un livre mort. L’Evangile devient une force vitale.
L’Eglise reste une organisation. L’Eglise devient un signe de la “communion”.
L’autorité reste un pouvoir. L’autorité devient un service.
La mission reste une propagande. La mission devient une Pentecôte.
La liturgie reste un regard sur le passé. La liturgie nous actualise, nous rend présents les mystères célébrés.
L’agir reste une morale d’esclave. L’agir découle spontanément de la conviction.

(d’après le patriarche Athénagoras)

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 31/03/2020