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Christ, Roi de l’univers (22/11) : Homélie

1. Un jugement dernier bizarre. Tous les habitants de la terre, toutes les nations, du passé et du présent, seront là devant le juge dans l’attente de son verdict. Pour séparer les justes des maudits, il ne met dans la balance que les gestes bien modestes accomplis à l’égard des hommes qui ont faim de pain, d’eau, d’accueil, de considération. Pas de grandes pénitences. Pas de grandes professions de foi. Ces petits gestes, de les avoir faits ou non, quelle que soit la croyance d’un chacun, séparera les bénis des maudits, conduira les uns à la vie éternelle, les autres au feu éternel qui ne se consume pas, qui ne consume pas. Les critères invoqués sont bien ténus pour décider de ces futurs éternels. Où est donc cette miséricorde paternelle dont Jésus nous a entretenus si souvent pour que nous la partagions entre nous ? Il faut en convenir : cette narration relève du style théâtral qui fait amplifier l’entrée en scène pour attirer l’attention et en sortir de façon grandiose. Il faut chercher ailleurs le sens ailleurs que dans un jugement final.

2. Ce sens est donné par deux fois à l’intérieur de cette comparaison antithétique : ce que vous avez fait ou que vous n’avez pas fait, c’est à moi que vous l’avez ou ne l’avez pas fait. Jésus n’a cessé de montrer sa proximité avec ceux qui étaient considérés ou presque comme des « sous-hommes ». Qu’ils étaient lui et que lui était eux. Y-a-t’il incarnation plus forte de sa part que celle de se fondre en ceux qui souffrent par manque d’humanité de leurs semblables. Et si le « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » ne disait rien d’autre que cette présence visible, audible et palpable en tout homme souffrant. S’il est un homme qui perçut cela au plus haut degré, ce fut bien saint Camille de Lellis qui se mit à soigner les pauvres abandonnés dans les hôpitaux de Rome comme s’il soignait le Christ. A ceux qu’il avait regroupé autour de lui sous le nom de Serviteurs des Malades, dénommés par la suite Camilliens, qui se disaient découragés par la rudesse de la tâche, il répond : « Rappelez-vous que les malades sont la pupille et le cœur de Dieu et que ce qui est fait à ces pauvres est fait à Dieu. » Saint Vincent de Paul, cofondateur des Sœurs de la Charité, l’aumônier des galériens, ne leur disait rien d’autre : « Une sœur ira dix fois par jour voir les malades, et dix fois par jour, elle y trouvera Dieu… Allez voir de pauvres forçats à la chaîne, vous y trouverez Dieu. »

3. Il nous est bien difficile de leur ressembler, de voir le visage du Christ sous les apparences de la pauvreté, de la mendicité, du dénuement, de la maltraitance qui affectent tant d’hommes de notre temps, tant les épreuves qu’ils subissent l’y défigurent. Nous avons besoin d’une conversion intérieure pour voir que ces petits gestes d’humanité, de bienveillance à l’égard du prochain, si modestes soient-ils, prennent une valeur, une hauteur que nous ne pouvions imaginer. Cette dimension verticale que prend notre engagement horizontal nous sauve de la tentation qui peut nous faire penser « à quoi bon » et nous faire baisser les bras. Le contraste entre la modestie des actes de miséricorde cités et les conséquences éternelles sans mesure avec eux doivent nous rendre attentifs à la valeur du temps présent qui passe et ne revient pas. « Restez éveillés, tenez vos lampes allumées. » Le récit ne veut pas dire un futur mais le chemin à suivre pour le temps présent. Chacun de nos actes nous rapproche ou nous éloigne du Christ et du Règne de Dieu. Ne sommes-nous pas nos propres juges ?

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 22/11/2020