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Homélies

5ème dimanche de Pâques : « Qui m’a vu, a vu le Père »

1. Jésus leur avait parlé tellement de son Père. Non pas d’un Père, créateur du ciel et de la terre, mais d’un Père très aimant, soucieux de ses enfants, inquiet de celui qui est parti au loin. Dans le récit de ce jour nous l’avons entendu nommer 14 fois, et c’est à 122 reprises dans l’évangile de Jean que Jésus parle de Dieu comme de son Père, dont il est le Fils, dans la maison duquel il retourne. On comprend que l’apôtre Philippe finisse par lui demander : « Montre-nous le Père, cela nous suffit. » La réponse de Jésus a dû les surprendre : « Celui qui m’a vu a vu le Père ! » Au mont Sinaï, Moïse avait demandé son nom à celui qui lui parlait du milieu du buisson ardent. Il n’avait eu qu’une réponse : « Je suis Celui qui suis. » Sans donner de nom par lequel on pourrait le nommer, le distinguer comme on nomme et on distingue toutes les créatures de la terre. Dieu n’est pas l’une d’elle. Et depuis ce temps-là, le croyant juif ne prononce jamais le mot Dieu caché derrière quatre lettres hébraïques qui le désigne. Aujourd’hui encore, si vous lisez un texte d’auteur juif, vous ne verrez qu’un grand D suivi d’un point pour écrire Dieu.

2. En déclarant « Celui qui m’a vu a vu le Père » Jésus donne un visage de Dieu à voir, des paroles de Dieu à entendre, des gestes de Dieu à observer. « Une image du Dieu invisible » dira Paul. Cela reste pour notre raison un grand mystère que d’imaginer Dieu, l’Eternel, l’infiniment grand, le Tout Puissant, sous le visage de Jésus que la mort détruira, sans même qu’il ait levé le petit doigt pour montrer sa toute puissance. Voilà qui a tant scandalisé ses compatriotes, ceux qui ramassèrent un jour des pierres pour le lapider « parce que, lui disaient-ils, toi qui es un homme, tu te fais Dieu » (Jn 10,31-33). Jésus s’est bien rendu compte du scandale qu’il provoquait. Il ajoute donc : « Si vous ne me croyez pas, croyez au moins à cause des œuvres elles-mêmes. Parce que dit-il « le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres » car « le Père aime le Fils et a remis toutes choses entre ses mains » (Jn 3,35). Mais ses œuvres que l’on doit voir, quelles sont-elles ?

3. Peut-être, pensons-nous, ce sont les miracles, les faits extraordinaires comme l’eau de Cana transformée en vin, la marche sur les eaux, la multiplication des pains, la pêche miraculeuse ? Mais Jésus les a récusés. Il n’a jamais voulu passer pour un faiseur de miracles, un thaumaturge. Il a imposé le silence au lépreux guéri qui n’en a pas tenu compte (Mc 1,45). Il a refusé des signes venus du ciel demandés par les chefs religieux. Il a échappé à la foule qui voulait le faire roi après la multiplication des pains. Alors vers quelles œuvres faut-il regarder ?

4. Jésus nous met sur le chemin : regarder dans le cœur des hommes, changé dès qu’ils l’ont rencontré. Le cœur de Zachée, le collecteur des impôts honni, a changé en voyant Jésus lui demander de demeurer chez lui et la générosité en a débordé. Le cœur de cet aveugle assis au bord du chemin a changé lorsqu’il a entendu Jésus l’appeler et s’est mis à le suivre. Le cœur de celle qu’on appelait pécheresse a changé lorsqu’elle a senti la miséricorde l’envelopper. Le cœur de ce Samaritain lépreux a changé et l’a fait revenir sur ses pas pour remercier Jésus. Tous ont senti passer sur eux un regard qui allait au fond d’eux-mêmes, tous ont senti leur cœur percé de cet amour qu’il irradiait. Telles sont les œuvres du Père accomplies par Jésus. « En lui j’ai mis tout mon amour » entendra Jean le Baptiste lors du baptême (Mt 3,17). C’est pourquoi le Fils, lui qui est né de Dieu-Amour, sèmera l’amour à la volée, en paroles et en actes, dans les ronces et sur les chemins pierreux, sur les places publiques et dans les endroits cachés.

5. Aujourd’hui la question de Philippe est toujours posée au croyant  : « Où est ton Dieu ? » St Augustin s’en fait l’écho : « A force d’entendre chaque jour : ‘Où est ton Dieu ?’ et de me nourrir chaque jour de mes larmes j’ai médité jour et nuit cette parole : « Où est ton Dieu ? » et à mon tour j’ai cherché mon Dieu, afin d’essayer si je ne pourrais point seulement croire, mais encore voir quelque chose. » Nous pourrions répondre : « Notre Père est aux Cieux » comme le dit notre prière, on ne peut pas le voir. On oublie la suite qui dit qu’on le verra sur terre dès lors que sa volonté sera faite. St Augustin trouva la réponse : Dieu est en toi et c’est à toi de le faire voir. Le Père se fait voir en toi chaque fois que tu as accompli un geste d’amour, chaque fois que tu as porté un regard de bienveillance, chaque fois que tu as donné une parole de réconfort, chaque fois que tu as posé un geste de solidarité, chaque fois que tu as engagé un combat pour la justice. Dieu se laisse voir dans le cœur de tout homme qui suit ce chemin-là, qu’il soit chrétien ou non, croyant ou non. En prenant le risque d’être crucifié d’une manière ou d’une autre. Là où est l’amour, l’amour avec un grand A, là est Dieu. Parce que l’amour ne vient pas des hommes mais de Dieu et il est passé par Jésus. Amen


Méditation : St Augustin commente la première épître de St Jean.

Une fois donc t’est donné ce court précepte : Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour ;
Si tu parles, parle par amour
Si tu corriges, corrige par amour
Si tu pardonnes, pardonne par amour
Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sortir que de bon….
Dieu est Amour.
Personne n’a jamais vu Dieu (1Jn 4,12) Dieu est une réalité invisible :
ce n’est pas avec les yeux mais avec le cœur qu’il faut le chercher...
Si tu veux voir Dieu tu as de quoi t’en faire une idée : « Dieu est amour. »
Quel visage a l’amour ? Quelle forme a-t-il ? Quelle stature ? Quels pieds ? Quelles mains ?
Personne ne peut le dire. Il a pourtant des pieds, car ils mènent à l’église. Il a des mains, car il donne aux pauvres. Il a des yeux car ils lui permettent de prendre souci de l’indigent. Il a des oreilles dont le Seigneur dit : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » Ce ne sont pas des membres découpés dans l’espace : non, celui qui a la charité voit tout en même temps par la pensée. Habite en elle, et elle habitera en toi ; demeure en elle, et elle demeurera en toi.

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 14/05/2017