4e dimanche du temps ordinaire A
1. Ce récit appelé sermon sur la montagne est considéré comme un sommet de la révélation chrétienne. Gandhi, dans son autobiographie, explique qu’il lui était allé droit au cœur et en fut tellement impressionné qu’il a songé à devenir chrétien et en avoir été inspiré toute sa vie. Mais récit clivant aussi pour ceux qui le regardent comme des paroles de consolation pour supporter les temps difficiles. Est-il possible de se réjouir avec les larmes dans les yeux ? Est-il possible de parler de bonheur à ceux qui souffrent, qui sont persécutés ? Ces paroles sont-elles des paroles de consolation, de résignation pour supporter les malheurs de ce monde dans l’attente d’un autre, futur, à l’instar du philosophe allemand Nietzsche pour qui ce texte véhicule une morale du renoncement, « un grand cordial pour les désespérés mourant de fatigue dans le désert », un opium du peuple, et pour qui « la compassion, c’est une faiblesse car elle augmente la souffrance dans le monde » ?
2. Mais Jésus parle au présent, pour le maintenant. « Bienheureux êtes-vous » et non « bienheureux serez-vous ». De son présent d’abord. Son bonheur à lui fut de s’asseoir à la table de ceux qu’on ne fréquentait pas pour leur dire qu’ils étaient tous les enfants d’un Père, de son Père. Son bonheur à lui fut d’appeler cet aveugle assis au bord du chemin - il s’appelait Bartimée - qu’on voulait empêcher de l’approcher. Son bonheur fut de toucher ces lépreux, ces intouchables, pour qu’ils trouvent le chemin de la guérison. Son bonheur fut de compatir à la peine de cette veuve qui avait perdu son fils unique.
3. Tous ceux qui l’écoutaient voyaient combien l’ambition, la jalousie, l’esprit de vengeance, l’intolérance, la recherche du pouvoir, de l’argent, pouvaient faire du mal. Pour en sortir ne fallait-il pas prendre les mêmes chemins, user des mêmes moyens ? Comme ils ne les avaient pas, leur malheur n’en était que plus profond. Il ne restait qu’à demander l’intervention de Dieu pour punir le méchant sur le champ. L’auteur du psaume 3 écrit : « Mes adversaires sont nombreux, nombreux à se lever contre moi… Lève-toi, Seigneur. Sauve-moi, toi qui frappes tous mes ennemis à la mâchoire et casses les dents des méchants. » () Ce n’est pas le langage de Jésus. C’est même tout le contraire : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Où Jésus mettait-il le bonheur ? Il y répond aujourd’hui. Ecoutons-le.
4. Heureux êtes-vous, si vous savez reconnaître la pauvreté de votre cœur : elle vous conduira à vous faire mendiant de ce qui lui manque.
Heureux êtes-vous si la tendresse habite votre maison : on s’y pressera de toutes parts.
Heureux êtes-vous si vous savez pleurer avec ceux qui pleurent, compatir avec ceux qui sont dans la peine. Vos larmes deviendront leur consolation et sécheront les vôtres.
Heureux êtes-vous si la miséricorde coule de votre cœur : elle deviendra huile de guérison.
Heureux êtes-vous si vous êtes des hommes, des femmes de paix, si vous savez vous défaire des armes de la jalousie qui change le regard, de l’ambition qui écrase, de la rancune qui brûle le cœur. Parce que seul le temps de la paix est du beau temps.
Heureux êtes-vous, parce qu’agissant ainsi, leurs croix et la vôtre deviendront moins pesantes parce que vous les porterez ensemble.
Heureux êtes-vous aussi si vous me garder votre confiance dans les épreuves du dedans comme du dehors.
Alors, oui, réjouissez-vous, car vous avez trouvé le trésor enfoui, la perle cachée et votre joie ne vous sera pas enlevée.

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

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