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Homélies

3ème dimanche de Carême : Jésus et la Samaritaine

1. « Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi ». Midi, l’heure la plus chaude de la journée. Un puits et de l’eau. Qui n’éprouve ce bonheur de trouver de l’eau lorsqu’une une grande soif vous prend. Sans eau, point de vie.
2. Cette femme, en quête d’eau, est aussi en quête de bonheur. Elle a puisé à plusieurs sources, cinq maris déjà et ce sixième qui n’est pas son mari. Ces chiffres ne sont pas sans signification dans l’évangile de Jean si attentif au symbolisme des nombres. On interprétait alors le chiffre 5 comme celui de l’inachevé et le chiffre 6 comme celui de la création achevée. En sa recherche de l’eau à un puits lointain, la Samaritaine est en quête, symboliquement, de ce bonheur durable, définitif, dont la soif gît au plus profond d’un chacun.
3. « Donne-moi à boire » demande Jésus assis au bord du puits. C’est une prière qu’il lui adresse. On devine bien qu’il s’agit d’autre chose que l’eau du puits. Elle ne le sait pas encore, cette femme qui en reste à ce qu’elle venait chercher, de l’eau au puits. Mais, même celle-là, elle ne saurait la donner puisqu’il ne pouvait y avoir « rien de commun » entre Juifs et Samaritains et que le seul contact avec la cruche de la Samaritaine entraînerait à coup sûr pour tout Juif pratiquant une impureté rituelle. Il n’a pas de cruche, elle ne peut utiliser la sienne. Elle ne savait pas encore qu’à côté de ce puits il y avait une autre source.
4. Alors Jésus de poursuivre : « Si tu savais le Don de Dieu ! » On sent derrière cette parole une peine de l’âme. Que Jésus ressentira au cours de toute sa mission : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23,37). « Si tu savais »…. C’est aussi un appel discret, une demande voilée, une invitation à aller plus loin que Jésus adresse à cette femme venue puiser son eau, tant il souhaite l’entendre lui demander ce qui lui brûle les lèvres comme un feu, celui dont il disait qu’il était venu l’apporter sur terre et dont il avait hâte qu’il ne soit allumé. (Lc 12,49). Un feu qui le consumera jusqu’à ce cri jusqu’à cet ultime cri sur la croix : « J’ai soif ! ». « Grande fut la soif corporelle qu’éprouva Jésus-Christ dans ses derniers moments, écrira Alphonse de Liguori, bien plus grande fut sa soif d’amour », d’amour à donner, d’amour à recevoir.
5. « Si tu savais le Don de Dieu ! » A cette femme à laquelle il avait demandé à boire de cette eau qu’il faut remonter du fonds du puits, voici maintenant que Jésus parle de don. D’un don pour lequel il n’y aurait rien à donner en échange, aucun puits à chercher, aucun effort à fournir pour l’obtenir. Don de Dieu. Qui ne viendrait donc pas d’en bas, mais d’en haut. Et s’il vient d’en haut, où le trouver ? Dans quel temple faut-il se rendre, celui du mont Garizim ou celui de Jérusalem ?
6. « Ni à l’un, ni à l’autre » répond Jésus. Parce que le don de Dieu, il est là, devant elle. Elle ne le reconnaît pas tout de suite. Mais à la manière dont parle cet homme, il se pourrait bien qu’il en soit un, qu’il sait quelque chose sur cette grande attente de l’époque, la venue glorieuse du Messie, reconnu de tous. « Serais-tu le Messie ? » Et la réponse tombe définitive, sans ambiguïté : « Moi qui te parle, je le suis ! ». « Alors la femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : Venez voir cet homme ? » De sourde aux paroles de Jésus qu’elle ne comprenait pas, elle est devenue la première messagère de la Bonne Nouvelle en ce pays étranger.
7. Et la cruche reste là, vide. Une tradition juive lisait dans le nom hébreu de la cruche le nombre 24, soit la totalité des livres de la bible hébraïque. Une source d’eau vive nouvelle viendrait donc se substituer à l’eau du puits de Jacob, à l’Ecriture ancienne. C’est bien ce que comprendront les disciples plus tard si l’on en croit l’évangéliste Jean lorsqu’il rapporte que « Le dernier jour de la fête des Tentes, qui est aussi le plus solennel, Jésus, debout, se mit à proclamer : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi ; …de son sein couleront des fleuves d’eau vive. » (Jn 7,37-38).
Ainsi s’achève l’histoire de cette femme en recherche de bonheur et qui vient d’en trouver la source : Jésus.

 Seigneur Jésus, nous sommes venus en cette église nous asseoir comme auprès d’un puits,
 Avec nos préoccupations, nos soucis, nos envies de bonheur,
 Avec l’espoir de trouver cette eau qui nous donnera de vivre le présent plus sereinement,
 Seigneur, Toi qui sais si bien nous parler du Don de Dieu, retiens-nous.
 Montre-nous la source qui ne tarit pas, verse en nos cœurs de cette eau qui ne donne plus soif.
 Fais-nous lever les yeux au-dessus de nos inquiétudes quotidiennes.
 Fais-nous regarder là d’où vient le soleil et la cascade d’en-haut
 Donne-nous de repartir ayant rempli nos vases d’argile du bonheur de t’avoir rencontré,
 Comblés de savoir que tu es avec nous chaque jour que le Père nous donne.

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 19/03/2017
1ère public.: 19/03/2017